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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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— Sur quel bateau voyagera Moiraine ?

— Aucun, mon enfant… Elle est partie il y a deux jours, et la Chaire d’Amyrlin n’est pas contente du tout. Pour commencer, Moiraine s’est éclipsée avec Lan, puis Liandrin a suivi le mouvement, et Verin n’a pas tardé à l’imiter. Et tous ces gens ont filé sans un mot d’explication. Verin n’a même pas emmené Tomas, son Champion, qui est bien entendu mort d’inquiétude. (L’Aes Sedai leva les yeux vers le firmament sans nuages où la lune montante brillait fièrement.) Nous allons devoir invoquer les vents, et la Chaire d’Amyrlin n’en sera pas ravie non plus… Elle veut que nous soyons en route pour Tar Valon dans une heure, et elle n’est pas d’humeur à supporter un retard. Je ne voudrais pas être à la place de Moiraine, Liandrin ou Verin quand elles devront comparaître devant la Chaire d’Amyrlin. Elles regretteront de ne pas être des novices… Mais que voulais-tu à Moiraine, mon enfant ?

Moiraine, partie ? C’est impossible ! Il faut que je parle à quelqu’un qui ne se moquera pas de moi.

Anaiya était tout à fait le genre de femme qu’on pouvait imaginer à Champ d’Emond, écoutant les problèmes de sa fille. Oui, cette Aes Sedai devait pouvoir convenir…

— Anaiya Sedai, Rand a des ennuis…

— Le grand jeune homme de ton village ? Il te manque déjà, c’est ça ? Franchement, je ne suis pas étonnée qu’il ait des ennuis. À cet âge-là, les hommes adorent se fourrer dans la mouise. Pourtant, c’était plutôt son ami – Mat, c’est ça ? – qui semblait dans de sales draps. Bon, mon enfant, je ne voudrais surtout pas te donner l’impression de me moquer de toi, ni de prendre à la légère tes soucis. Quel type d’ennuis, et comment le sais-tu ? Le groupe d’Ingtar doit déjà avoir retrouvé le Cor. Sinon, ces guerriers devront s’enfoncer dans la Flétrissure, et personne ne peut rien contre ça…

— Je… Je ne crois pas qu’ils soient dans la Flétrissure. Ni de retour à Fal Dara. En réalité, j’ai fait un rêve…

Dit ainsi, ça paraissait idiot, mais ce cauchemar avait paru si réel, comme s’il s’était plutôt agi d’une vision.

Cela avait commencé par l’image d’un homme portant un masque dont les fentes laissaient apercevoir des flammes là où auraient dû être ses yeux. Bien que son visage fût invisible, Egwene aurait juré que l’inconnu était surpris de la voir. Terrifiée par cette apparition, elle avait eu peur de se briser les os à force de trembler, mais l’homme masqué avait disparu, cédant la place à Rand. Enveloppé dans une cape, il dormait sur le sol sous le regard d’une femme debout devant lui. Alors que le visage de l’étrange silhouette restait dans l’ombre, la jeune fille avait quand même capté la lueur qui brillait dans son regard – et compris d’instinct qu’il s’agissait d’une émissaire du mal. Soudain, un éclair aveuglant avait jailli de nulle part. Et après, il n’y avait plus trace de Rand ni de la femme.

À chaque instant, comme en toile de fond, le danger avait plané sur la scène. À croire qu’un piège aux mâchoires mortelles menaçait de broyer les os d’un agneau libre et insouciant. Comme si le temps ralentissait, Egwene avait vu les crocs d’acier du piège s’approcher les uns des autres à mesure que sa gueule se refermait. Contrairement à un rêve normal, ce cauchemar ne s’était pas dissipé au matin. Toujours aussi angoissée, Egwene résistait difficilement au réflexe de regarder dans son dos. Une réaction stupide, puisqu’elle savait que le danger visait Rand et pas elle.

La femme du songe était-elle Moiraine ? Quelle mauvaise pensée, vraiment ! Liandrin semblait beaucoup mieux taillée pour ce rôle. Voire Alanna, qui avait elle aussi fait montre d’un grand intérêt pour Rand.

Comment raconter tout ça à Anaiya ? Comprenant qu’elle en serait incapable, Egwene adopta un autre angle d’approche :

— Anaiya Sedai, je sais que ça paraît absurde, mais je sens que Rand est en danger. J’en suis sûre, si improbable que ça paraisse.

Anaiya se rembrunit.

— Eh bien, il y a une explication possible, mais je parie que personne n’y a pensé. Egwene, tu es peut-être une Rêveuse. Il y a une minuscule chance, mais… Rends-toi compte : nous n’en avons plus eu depuis quatre ou cinq siècles. Le don du rêve est très proche de la divination, petite. Tu es donc peut-être une voyante. Quelle gifle pour l’Ajah Rouge !

» Mais il peut aussi s’agir d’un cauchemar ordinaire. La conséquence d’un voyage difficile, de repas froids trop rapidement avalés et d’un manque chronique de sommeil. Sans parler de ton jeune homme, dont tu te languis tant ! Cette hypothèse est beaucoup plus plausible. Je sais, je sais, tu te ronges les sangs pour lui. Tes songes nous en apprennent-ils plus long sur la nature du danger ?

Egwene secoua la tête.

— Non. Rand disparaît et j’ai une sensation de péril. En fait, je l’éprouve avant même qu’il disparaisse, et je la sens encore en ce moment…

Frissonnant, Egwene se frotta vigoureusement les mains.

— Nous en reparlerons plus longuement sur la Reine de la Rivière. Si tu es une Rêveuse, je m’assurerai que tu reçoives la formation que Moiraine devrait te dispenser, si elle n’était pas absente…

Anaiya tourna soudain la tête :

— Hé ! toi, tu as fini de tirer au flanc ?

Un grand type assis sur un tonneau de vin se leva d’un bond. Autour de lui, tous les dockers accélérèrent leur rythme de travail.

— Ce tonneau doit être embarqué, ce n’est pas un fauteuil réservé à ton postérieur ! Attends, crétin ! Tu ne peux pas le porter tout seul ! Veux-tu t’estropier à jamais ?

» Mon enfant, nous parlerons sur le bateau…

Anaiya entreprit d’arpenter le quai en accablant les pauvres villageois d’un chapelet d’insultes qu’on n’aurait pas crues inscrites à son répertoire, à la voir comme ça…

Egwene sonda la nuit en direction du sud. Rand y était, elle en aurait mis sa main au feu. Il n’avait pas regagné Fal Dara et il n’errait pas dans la Flétrissure. Elle le savait, même si elle ignorait comment.

Fais attention à toi, jeune crétin présomptueux ! Si tu te fais tuer avant que je te tire de ce mauvais pas, je t’écorcherai de mes propres mains !

Alors qu’elle était en partance pour Tar Valon, comment Egwene aurait-elle pu tirer Rand de quoi que ce fût ? Bizarrement, cette idée ne lui traversa pas l’esprit.

Resserrant sur son torse les pans de sa cape de voyage, elle se mit en quête d’un canot qui la conduirait jusqu’à la Reine de la Rivière.

13

De Pierre en Pierre

Quand la lumière du soleil levant réveilla Rand, il se demanda s’il rêvait. S’asseyant lentement, il regarda autour de lui : tout avait changé – enfin, presque tout. Le soleil et le ciel sans nuages correspondaient à ce qu’il s’attendait à voir, mais dans une version plus blafarde. Loial et Hurin dormaient toujours sur ses flancs, enroulés dans leur couverture, et leurs chevaux étaient toujours entravés à quelques pas de là. Mais, à part ça, tous les autres avaient disparu. Les soldats, les chevaux, ses deux amis… Il ne restait personne.

La cuvette aussi avait changé. Pour commencer, ils étaient installés au milieu, pas contre un versant. Près de la tête de Rand se dressait un cylindre de pierre grise de neuf pieds de hauteur et trois de diamètre. Sur sa surface, gravés avec une précision remarquable, couraient des diagrammes et des inscriptions rédigées dans une langue que le jeune homme ne connaissait pas. Le fond de la cuvette était à présent un dallage de marbre blanc si poli qu’il en brillait presque. Un grand escalier aux sept hautes marches montait jusqu’au bord de la cuvette en un colimaçon composé de pierres de différentes couleurs. Tout autour de la dépression, les arbres noircis et ratatinés semblaient avoir été ravagés par une tempête de feu.

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