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Les martiens [The Martians - fr]

Электронная книга - «Les martiens [The Martians - fr]». Краткое содержание книги:

D’une mission d’entraînement en Antarctique aux terrifiantes tempêtes de sable qui balaient les canyons désolés de la planète rouge, Les Martiens met en scène toute une galerie de personnages ayant joué un rôle dans cette histoire de la colonisation de la planète soeur magistralement décrite par Kim Stanley Robinson dans sa trilogie martienne, d’ores et déjà saluée comme l’un des grands classiques de la science-fiction.
Depuis l’épopée des Cent — les premiers explorateurs —, ce sont des générations d’hommes et de femmes qui ont transformé en colonie durable ce qui n’était au départ qu’un avant-poste à l’existence bien ténue. Les expéditions internationales qui se sont succédé ont débouché sur la création d’un monde. Celui-ci a connu une évolution inéluctable, avec son cortège de luttes politiques, de révolutions et de conflits armés.
A une époque où la longévité est de l’ordre d’un siècle et demi, Les Martiens raconte l’épopée de générations d’humains vivant aux limites de la frontière ultime, où les paysages façonnés par les hommes sont sans cesse en butte aux monstrueux caprices de la nature.
Les Martiens, c’est la chronique épique d’une planète qui représente l’un des recours les plus plausibles de l’humanité. A l’horizon 2050, autrement dit demain…
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Mais ils ne savaient rien. Il était là, assis dans ce grand fauteuil confortable, en train de s’endormir. Il n’y avait rien à savoir.

Les deux vieillards ratatinés vaquaient silencieusement à leurs occupations dans la pénombre de la pièce. De vieilles têtes de tortues, tapies dans l’obscurité de leur caverne. Ils avaient aimé Phyllis. Tous les deux. Comme des amis. Ou peut-être que ce n’était pas ça. Peut-être que ce n’était pas si simple. Quelle que soit la façon dont ça s’était passé, ils faisaient équipe, maintenant. Allez savoir si ça avait toujours été le cas… Ça n’avait peut-être pas toujours été rose entre les Cent Premiers. Phyllis paraissait être un piètre recours. Tant mieux, qui sait ? Qui pouvait dire ce qui s’était passé au début ? Le passé était un mystère. Même pour ceux qui étaient là, qui l’avaient vécu. D’autant que, même à l’époque, rien de tout ça n’avait de sens, pas le genre de sens dont les gens parlaient par la suite. Maintenant, ils ruminaient dans l’ombre. Il sentit retomber sur lui l’épuisement de cette longue, cette interminable course.

Laissons-le dormir.

On devrait lui dire.

Non.

Pourquoi pas ?

À quoi bon ? Tout le monde le saura bien assez tôt.

Quand les choses commenceront à mourir. Phyllis n’aurait pas voulu ça.

Mais ils l’ont tuée. Et elle n’est plus là pour les sauver.

Alors ils n’ont que ce qu’ils méritent ? Que tout meure ?

Tout ne mourra pas.

Ça mourra si on les laisse faire. Elle n’aurait pas voulu ça.

Nous n’avions pas le choix. Tu le sais. Ils nous auraient tués.

Tu crois vraiment ? Je n’en suis pas si sûr. Je pense que tu voulais ce qui est arrivé. Ils ont tué Phyllis, et maintenant, nous…

Nous n’avions pas le choix, je te dis ! Allons. Ils auraient pu trouver l’endroit dans les dossiers. Et qui peut dire qu’ils avaient tort, de toute façon ?

Vengeance.

D’accord. Vengeance. On n’a qu’à dire ça. Bien fait pour eux. Ça n’a jamais été leur planète.

Beaucoup plus tard, Nirgal se réveilla en sursaut, le cou tordu, et se rendit compte qu’il avait froid. Les vieillards étaient avachis sur la table de cuisine, le nez dans leurs livres, aussi immobiles que des statues de cire. L’un d’eux dormait, rêvant les rêves de l’autre. Qui regardait dans le vide. Le feu était réduit à des cendres grisâtres. Nirgal marmonna qu’il devait repartir. Il se leva, sortit dans le froid qui précède l’aube, marcha un peu et se remit à courir dans la sombre futaie, à courir comme s’il fuyait quelque chose.

Le sauvetage du barrage de Noctis

Le barrage de Noctis n’était pas une bonne idée. Et pour tout arranger, ils avaient saboté l’ingénierie. Ils avaient érigé le barrage à l’embouchure du canyon le plus au sud de Noctis, à l’endroit où le bord est une calotte de basalte reposant sur du vieux grès. Évidemment, dès que le réservoir a commencé à se remplir, le grès s’est gorgé d’eau, ce qui a affaibli les fondations du barrage. Ensuite, le seul trop-plein prévu en cas d’urgence était un gros regard par lequel l’eau s’écoulait dans un tunnel creusé sur le côté et s’évacuait dans le cours supérieur de l’Ius, en contrebas. Le tunnel avait été bétonné, évidemment, mais sous le béton, c’était du grès. Bref, quand le temps se fâcha et que nous vîmes les premières super-tempêtes, le barrage n’était pas conçu pour absorber de tels débordements. Le niveau du réservoir montait très vite. J’étais là l’une des premières fois où ça s’est produit. J’ai tout vu. Eh bien, c’était un sacré spectacle. Nous avions ouvert le regard au moment où on nous avait annoncé des précipitations, mais la différence n’était pas flagrante. Et la roche derrière le béton était déjà tellement minée par les infiltrations que les affouillements ont dû disloquer le béton. Les capteurs du tunnel ont cessé d’envoyer des mesures, et puis on a vu le béton jaillir du trou, au fond, dans les eaux peu profondes du cours supérieur. L’eau cessait parfois complètement de couler pendant une minute ou deux, puis des blocs de béton plus gros que des maisons volaient à des centaines de mètres, comme s’ils avaient été projetés par un canon. C’était une vision très inquiétante pour nous.

L’eau qui coulait dans le tunnel allait évidemment commencer à arracher le grès, et il n’y aurait bientôt plus rien en dessous de nous pour soutenir le côté sud du barrage.

Nous n’avions donc pas le choix : il fallait fermer le regard par en haut. Une chance que nous ayons encore cette possibilité. Mais après, il n’y aurait plus aucun moyen d’évacuer l’eau du réservoir. Et nous n’avions jamais vu des pluies aussi violentes. On aurait dit qu’on avait ensemencé les nuages. Or Noctis Labyrinthus est un bassin hydrographique gigantesque ; à lui seul, le quart sud-est, qui se déversait dans le réservoir, était déjà immense.

Le niveau du réservoir commença par monter de deux mètres à l’heure, puis trois. À cette allure-là, d’ici quelques heures, l’eau allait arriver en haut du barrage et commencer à se déverser par-dessus, après quoi le sommet céderait forcément à un endroit ou à un autre, et le barrage, d’une hauteur de trois cent trente mètres, se désagrégerait, s’il ne s’effondrait pas d’un seul coup, ce qui était encore plus probable. Les bords, juste en arrière du barrage, s’écrouleraient vraisemblablement aussi. Provoquant une inondation qui emporterait toutes les colonies installées dans le fond des cratères d’Oudemans et de Marineris, peut-être jusqu’à Mêlas Chasma.

Pendant un moment, après la fermeture du regard, nous nous demandâmes, assez désemparés, ce que nous allions bien pouvoir faire. Mary avait évidemment appelé les services d’urgence du Caire pour qu’ils avertissent les gens d’Oudemans et d’Ius Chasma et leur disent de quitter le cratère et le canyon, ou au moins de monter aussi haut que possible sur les parois, puisqu’il n’y avait pas moyen d’évacuer rapidement autant de gens. Mais au-delà de ça, nous n’avions pas une idée très claire de ce qu’il fallait faire. Nous faisions frénétiquement l’aller et retour entre le poste de commande et le barrage. Nous regardions monter l’eau, puis nous retournions au poste de commande pour vérifier les bulletins météo, tout ça sous une pluie battante. Les bulletins nous donnaient des raisons d’espérer que la pluie allait bientôt s’arrêter – ce qu’elle avait déjà fait en amont, dans l’aire d’alimentation, et plus loin à l’ouest. Et la dernière bourrasque avait surtout apporté de la grêle. Des grêlons gros comme des oranges, qui nous avaient obligés à nous réfugier dans le poste, mais présentaient l’avantage de rester là où ils étaient, par terre, au moins tant qu’ils n’auraient pas fondu. Ce qui nous donnait aussi un peu d’espoir.

Cela dit, les relevés effectués dans le courant, en amont du poste, et les simulations de l’IA étaient sans ambiguïté : le réservoir allait monter plus haut que le barrage, de deux ou trois mètres. Des calculs sommaires m’amenèrent à la conclusion que le haut du barrage ne supporterait pas la violence de l’eau qui se déverserait par-dessus. J’informai les autres de cette inquiétante conclusion.

— Trois mètres ! s’exclama enfin Mary.

Elle exprima alors le regret que le barrage ne fasse pas seulement quatre mètres de plus en hauteur. Ce qui aurait été sûrement bien utile.

Sans vraiment réfléchir, je dis :

— Nous pourrions peut-être le surélever de quatre mètres.

— Comment ça ? demandèrent-ils d’une seule voix.

— Eh bien, dis-je, la pression, en haut, ne devrait pas être trop importante. Il se pourrait qu’une simple barrière de contreplaqué fasse l’affaire.

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