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Marianne, une étoile pour Napoléon

Электронная книга - «Marianne, une étoile pour Napoléon». Краткое содержание книги:

La vie prodigieuse de Marianne d'Asselnat de Villeneuve commence en Angleterre, dans le paisible domaine de sa tante Ellis Selton qui l'a recueillie après la mort de ses parents, guillotinés sous la Terreur. Son adolescence prend fin brutalement le jour même où elle épouse le beau Francis Cranmere dont elle est secrètement éprise depuis longtemps. Au cours d'une nuit de noces effroyable elle perd à la fois son amour, sa fortune et sa sécurité. Marianne doit fuir, abandonner tout ce qu'elle aime, revenir en France où règne l'homme qu'on lui a appris à haïr jour après jour : Napoléon.
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La brève inquiétude de Marianne s’apaisait, mais la curiosité demeurait, plus vive encore.

Outre qu’il lui était indifférent de chanter pour n’importe qui, puisqu’elle avait promis au prince de le faire quand il le désirerait, elle avait hâte maintenant d’arriver pour voir à quoi ressemblait ce M. Denis pour lequel le vice-grand-électeur de l’Empire avait de tels égards.

— Je vous demande pardon, dit-elle gentiment. Je chanterai avec plaisir pour votre ami si malheureux.

— Je vous en remercie.

La berline grimpait une côte assez raide. Les chevaux avaient considérablement ralenti leur allure, mais Lambert, le cocher, les retenait d’une main sûre pour les empêcher de glisser. La buée se reformait sur les vitres des portières et le silence retomba dans l’intérieur douillet de la voiture, chacun retournant à ses pensées. Marianne songea tout à coup qu’en quittant l’hôtel elle n’avait pas remarqué si l’insupportable voiture noire était toujours là, puis l’oublia pour ne plus songer qu’au mystérieux M. Denis. Elle était heureuse de n’avoir pas à parler de lui dans ces maudits rapports quotidiens que, bon gré mal gré, il lui fallait rédiger, encore que, grâce à Talleyrand, ce fût devenu une simple formalité. Mais pourquoi Fouché n’avait-il pas répondu au sujet de la voiture noire ? A moins qu’elle ne lui appartînt ! Après tout : pourquoi pas ?

Blanc sur le fond noir de la forêt, le pavillon du Butard avait l’air de rêver au bord d’un étang gelé qui dominait sa terrasse. Par les hautes fenêtres, une douce lumière dorée glissait sur les plaques brillantes de neige glacée. Sous son léger fronton orné d’une scène de chasse, il surgissait de la nuit et des bois, comme une demeure enchantée. Peut-être parce que sa curiosité aiguisée lui faisait espérer des choses extraordinaires, Marianne, tout de suite, en fut captive.

Elle vit à peine le valet de pied en livrée sombre qui abaissait devant elle le marchepied, quand la voiture eut franchi la grille fermant la cour circulaire, se dirigea vers la porte ouverte comme dans un songe. Un petit vestibule orné de fleurs l’accueillit. Un beau feu, allumé dans une grande cheminée, y répandait une douce chaleur. Un escalier se perdait dans les ombres de l’étage. Mais Marianne n’eut pas le temps d’étudier attentivement les lieux. Le valet ouvrait devant elle la porte d’un salon bleu et blanc dont le plafond s’arrondissait en coupole azurée, entourée d’une frise d’amours jouant au milieu de feuillage.

Les meubles laqués, légers, charmants, appartenaient au siècle précédent. Ils étaient tendus de soie bleue rayée de blanc et semblaient disposés là uniquement pour mettre en valeur les énormes bouquets d’iris et de tulipes roses disposés avec art un peu partout. Sur la cheminée, une grande glace Régence reflétait le décor de la pièce, éclairé de longues bougies roses parfumées. Par les fenêtres de l’avancée, on apercevait, au-delà du balcon, l’étang gelé traversé d’une chaussée. Mais le regard de la jeune fille alla tout de suite chercher le clavecin, ravissant sous son verni ancien, disposé près de l’une des fenêtres aux ferrures bleues. Le parquet, recouvert d’un grand tapis de Beauvais, gémit doucement sous la canne et le pas inégal de Talleyrand. La pièce était rigoureusement vide. Mais une porte venait de s’ouvrir. Un homme parut.

Pensant que c’était là ce mystérieux M. Denis, Marianne le regarda avec curiosité. Il était de taille moyenne, blond et franchement laid avec un profil en lame de couteau et des yeux bruns qui louchaient légèrement. Mais son visage intelligent et ouvert avait une expression de bonté naturelle qui lui plut. Par contre, elle s’étonna de l’habit vert chou de cet homme en deuil.

La main tendue, le sourire aux lèvres, il s’avança rapidement vers les visiteurs.

— Vous êtes d’une exactitude militaire, à la bonne heure ! Bonjour, mon cher prince ! Ainsi, c’est la jeune fille.

— En effet, mon cher Duroc, voici Mlle Mallerousse dont je vous ai vanté la voix sans rivale. Est-ce que... M. Denis n’est pas encore là ?

— Non, pas encore, répondit celui que l’on avait appelé Duroc, mais il ne saurait tarder. En attendant, je vous ai fait préparer un petit souper léger. J’ai pensé que vous auriez froid après cette longue route.

Avec beaucoup de galanterie, il conduisit Marianne jusqu’à une chaise longue couverte de velours violet qui tenait le coin de la cheminée, puis l’aida à ôter son manteau. Intimidée par l’élégance raffinée du décor, autant que par la tournure, toute militaire, de cet inconnu au nom bourgeois, Marianne se laissa faire sans rien dire. Confuse bientôt du regard admiratif dont il la couvrait, elle ne vit pas le coup d’œil qu’il échangea avec Talleyrand. Celui-ci, d’ailleurs, refusait de se laisser dépouiller de sa houppelande fourrée.

— Merci, mon ami, Mlle Mallerousse sera heureuse de se réchauffer, mais moi, je repars.

Marianne, qui avait tendu ses mains vers le feu, sursauta :

— Quoi ! Votre Altesse me laisse ?

Il s’approcha d’elle, prit l’une de ses mains dans les siennes et y posa un rapide baiser.

— Je ne vous laisse pas, ma chère enfant, je vous confie ! Il me faut rentrer. Ma vieille amie, la baronne de Staël, qui a obtenu la permission de se rendre aux Etats-Unis avec son fils, touche à Paris cette nuit. Je veux lui dire adieu et la mettre en voiture pour Morlaix où l’attend déjà son bateau. Mais n’ayez aucune crainte. Mon ami

Duroc aura pour vous des soins de père et, quand vous aurez fini de charmer notre pauvre ami, il vous fera reconduire à la maison dans sa propre voiture.

— J’espère que vous n’en doutez pas, fit Duroc avec un bon sourire, et que je ne vous fais pas peur, mademoiselle ?

— Non... non, pas du tout ! répondit Marianne en s’efforçant de lui rendre son sourire.

Elle le trouvait sympathique, mais elle était désorientée. Pourquoi donc Talleyrand ne lui avait-il pas dit qu’il ne resterait pas avec elle ? Jamais encore il n’avait agi de la sorte ! Avec sa finesse coutumière, il dut comprendre ce qui se passait dans la tête de la jeune fille, car il se pencha un peu vers elle, appuyé sur sa canne :

— Je craignais de vous inquiéter et de froisser votre timidité avant que vous ayez vu l’homme rassurant que voici ! Quant à l’entière vérité, elle est celle-ci : Je désire faire à mon ami Denis la surprise de votre voix. Quand vous entendrez le roulement de sa voiture au-dehors, vous commencerez à chanter, mais vous ne lui direz pas que je suis l’auteur de cette jolie surprise !

— Mais... pourquoi ? fit Marianne complètement abasourdie. Si vous pensez que la surprise est bonne, il ne pourrait que vous en être reconnaissant.

— Justement ! Je ne veux pas de sa reconnaissance, pas tout de suite ! Il saura la vérité mais un peu plus tard. Pour le moment, je veux qu’aucun autre sentiment ne trouble, si peu que ce soit, la joie très pure qu’il aura à vous découvrir.

Marianne comprenait de moins en moins, mais était intriguée au plus haut point. Quel homme étrange, compliqué et mystérieux était donc le prince ? Et pourquoi donc croyait-il nécessaire de prendre, avec elle, ce ton un rien trop emphatique si peu dans sa manière ? Mais Duroc traduisit à sa façon les sentiments de la jeune fille et elle lui en fut reconnaissante.

— Vous avez parfois de drôles d’idées, prince. Mais vous ne seriez pas tout à fait vous-même s’il en était autrement ! Bon retour.

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