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Marianne, une étoile pour Napoléon

Электронная книга - «Marianne, une étoile pour Napoléon». Краткое содержание книги:

La vie prodigieuse de Marianne d'Asselnat de Villeneuve commence en Angleterre, dans le paisible domaine de sa tante Ellis Selton qui l'a recueillie après la mort de ses parents, guillotinés sous la Terreur. Son adolescence prend fin brutalement le jour même où elle épouse le beau Francis Cranmere dont elle est secrètement éprise depuis longtemps. Au cours d'une nuit de noces effroyable elle perd à la fois son amour, sa fortune et sa sécurité. Marianne doit fuir, abandonner tout ce qu'elle aime, revenir en France où règne l'homme qu'on lui a appris à haïr jour après jour : Napoléon.
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— Non !... Oh, non ! Je ne vous laisserai pas ! Je vous tiens, je vous veux et je vous aurai ! Ce serait trop injuste tout de même !

— Injuste ? Et pourquoi s’il vous plaît ? Oh ! Cessez donc de me tirer les cheveux.

En effet, en saisissant la jeune fille à pleins bras, Fercoc avait, du même coup, emprisonné les longs cheveux qui tiraient douloureusement la tête de sa prisonnière. Toute galanterie abolie, le professeur en profita pour couvrir de baisers gloutons la gorge de Marianne tout en expliquant à mots entrecoupés qu’il n’y avait aucune raison pour qu’elle ne lui accordât pas les mêmes faveurs qu’à « ce grand diable d’Américain » avec lequel elle s’était enfermée si longtemps dans le pavillon du jardin.

— Vous êtes ridicule, gronda Marianne tout en se défendant de son mieux contre ses caresses.

Elle avait le sentiment d’être elle aussi ridicule, lancée qu’elle était dans une bataille grotesque contre un mouton déchaîné.

— Je l’ai été... mais je ne le serai plus ! J’ai trop envie de vous ! Marianne... Marianne ! Je vous ai regardée tout à l’heure... quand vous vous déshabilliez !... J’étais sous le lit !... Et j’ai cru devenir fou !

Un souple coup de reins ayant à demi dégagé Marianne, une gifle bien appliquée vint conclure les ardentes confidences du précepteur.

— Quel répugnant personnage vous faites ! Quand je pense que je vous trouvais gentil, que j’avais pitié de vous.

— Je ne veux pas de votre pitié, je vous veux, vous...

— Vous l’avez déjà dit ! Mais... comme moi je ne veux pas de vous... à aucun prix, fit Marianne en reprenant vaillamment le combat pour son léger vêtement de nuit que le forcené s’efforçait de déchirer..., je vous ordonne une dernière fois de me laisser, sinon je crie ! Oh !...

La fine batiste venait de céder. Privée de ce frêle rempart, Marianne comprit qu’elle allait être livrée sans défense ou presque aux entreprises de son tenace amoureux. Elle découvrait en même temps que, sous son apparence délicate, il était beaucoup plus vigoureux qu’il n’y paraissait. C’était peut-être le désir déchaîné qui lui donnait cette force nerveuse, mais la jeune fille sentait bien qu’il ne lui serait plus possible de résister longtemps. La fatigue de la journée, jointe à la tension nerveuse de la soirée, se faisait cruellement sentir. Néanmoins, la rage qui la possédait la soutenait encore. Il ne serait pas dit qu’elle serait toujours la proie passive d’hommes sans intérêt pour elle et qui ne devaient leur victoire qu’à leur force supérieure !

Comme il lui saisissait les poignets pour lui écarter les bras, elle banda toute son énergie afin de l’éloigner d’elle aussi longtemps que possible.

— Je vais crier ! menaça-t-elle.

Dans l’éclairage rouge du feu mourant, le doux et aimable visage de M. Fercoc prit, en ricanant, une expression diabolique que Marianne jugea assez effrayante. A la lettre, elle ne reconnaissait plus son paisible commensal des jours passés.

— Criez tant que vous voudrez, lui déclara-t-il en redoublant d’efforts pour vaincre enfin sa dernière résistance. Personne ne vous entendra. Quand Son Altesse Sérénissime et ses amis jouent au whist, l’hôtel pourrait crouler sur eux qu’ils continueraient à jouer dans les décombres. Quant aux valets, ils sont presque tous couchés à cette heure...

Marianne poussa un sourd gémissement de désespoir. Au même instant, sa porte s’ouvrit. Comme s’ils n’avaient attendu que les derniers mots de Fercoc pour leur apporter aussitôt un démentir, deux gigantesques valets de pied apparurent. Sans plus marquer d’émotion qu’une machine bien réglée, l’un d’eux s’approcha, empoigna le précepteur par ses vêtements et, l’arrachant du lit aussi aisément que s’il n’eût rien pesé, il l’emporta à bout de bras, gigotant et crachant comme un chat en colère. La porte se referma sur eux. Mais l’autre valet était demeuré dans la chambre.

Trop stupéfaite et, il faut bien le dire, trop soulagée pour s’en fâcher, Marianne n’eut que le réflexe de s’enrouler précipitamment dans ses draps. Puis, toute dignité reconquise, elle adressa un sourire un peu figé à l’homme qui la regardait sans rien dire.

— Vous m’avez sauvée, dit-elle en s’efforçant de refouler l’humiliation qu’elle éprouvait à devoir ce salut à des domestiques. Je tiens à vous en remercier. Mais comment avez-vous deviné que j’avais besoin d’aide ?

— Rien de ce que fait Mademoiselle ne doit nous échapper, répondit le valet d’un ton morne. Ce sont les ordres !

— Les ordres de qui ? Du Prince ?

— Les ordres, mademoiselle !

Marianne n’insista pas. Elle comprenait que l’auteur de commandements si remplis de sollicitude devait se situer hors de l’hôtel Matignon. Elle regarda plus attentivement son interlocuteur. Bien sûr, elle avait déjà vu ce visage impersonnel aux traits lourds et sans expression, mais elle ne connaissait pas le nom de cet homme, l’un des nombreux valets de la maison. D’ailleurs, cela n’avait pas beaucoup d’importance. Il l’avait débarrassée de l’encombrant Fercoc, il avait droit à toute sa gratitude. Elle s’apprêtait à la lui redire, pressée qu’elle était maintenant de le voir se retirer et la laisser finir une nuit tout de même un peu trop agitée. Mais il ne lui en laissa pas le temps.

— Il y a d’autres ordres, dit-il.

— D’autres ordres ? Lesquels ?

— Que Mademoiselle veuille bien se lever, s’habiller et me suivre. J’attendrai dans le couloir que Mademoiselle soit prête.

— Vous suivre ? A cette heure-ci ? Mais pour aller où ?

Mue par un réflexe bien naturel, Marianne, ainsi invitée à quitter son lit, s’était au contraire enfoncée plus profondément sous ses couvertures. Le valet ne s’en émut pas.

— Mademoiselle doit me suivre sans poser de questions de même que moi, dans certaines circonstances, je dois prier Mademoiselle de m’accompagner à certain endroit. Mais, que Mademoiselle se rassure, se hâta-t-il d’ajouter en voyant une lueur de crainte s’allumer dans les yeux verts qui, au ras des draps, le regardaient, elle sera de retour ici bien avant le lever du jour !

— Mais, enfin, on me verra sortir ! Si Son Altesse pose des questions...

— Son Altesse joue, fit l’homme toujours du même ton uni. Elle ne s’apercevra de rien ! Et il y a encore de nombreuses voitures dans la cour. Le portail est toujours ouvert ! Mais il faut que Mademoiselle se hâte ! Je l’attends !

Il allait sortir, peut-être pour couper court à de plus longues protestations. Marianne le retint du geste.

— Vous êtes de la police, n’est-ce pas ? Comment vous appelez-vous ?

L’homme hésita un instant. Mais, pour la première fois, Marianne crut voir, dans son regard sans couleur bien définie, une lueur amusée.

— Basvin, pour vous servir !

Et, cette fois, il sortit pour laisser la jeune fille passer quelques vêtements.

En franchissant le seuil de l’hôtel de Juigné, quelque vingt minutes plus tard, Marianne ne fut donc pas autrement surprise. Elle se doutait, en quittant la rue de Varenne, que c’était là que Bas-vin la menait. De plus, avec Fouché, elle savait depuis longtemps qu’il ne fallait s’étonner de rien. Par contre, elle sentit sa mauvaise humeur lui revenir quand un huissier en pantoufles l’installa dans une antichambre glaciale dont le poêle, par mesure d’économies sans doute, devait être éteint depuis de longues heures.

Enveloppée dans une épaisse mante à capuchon, les pieds dans des bottines fourrées et les mains au fond d’un manchon de petit-gris, Marianne, installée sur une dure banquette dans un coin de la grande pièce nue, humide et sombre, ne tarda pas à grelotter. De plus, elle tombait de sommeil et ne comprenait pas pourquoi Basvin l’avait traînée ici toute affaire cessante. Est-ce que vraiment cette entrevue ne pouvait attendre le lendemain ?

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