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Marianne, une étoile pour Napoléon

Электронная книга - «Marianne, une étoile pour Napoléon». Краткое содержание книги:

La vie prodigieuse de Marianne d'Asselnat de Villeneuve commence en Angleterre, dans le paisible domaine de sa tante Ellis Selton qui l'a recueillie après la mort de ses parents, guillotinés sous la Terreur. Son adolescence prend fin brutalement le jour même où elle épouse le beau Francis Cranmere dont elle est secrètement éprise depuis longtemps. Au cours d'une nuit de noces effroyable elle perd à la fois son amour, sa fortune et sa sécurité. Marianne doit fuir, abandonner tout ce qu'elle aime, revenir en France où règne l'homme qu'on lui a appris à haïr jour après jour : Napoléon.
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— Pourquoi ? Il fait trop chaud...

Le feu, assoupi, reprenait en effet et montait en longues flammes claires. En un instant, Charles fut sur Marianne.

— Parce que je dois partir... et parce que tu me tentes encore, diablesse ! Allons, vite ! Au lit !

Moitié par jeu, moitié par rage, il la roulait dans les draps, l’enfermait dans les couvertures de soie bleue, ne laissant dépasser que son visage, sourd à ses cris de protestation. Après quoi, il l’embrassa en riant :

— Voilà ! Maintenant, sois sage ! Tu pourras rentrer quand tu voudras. Il y a une voiture à ta disposition.

— Mais... quand te reverrai-je ?

— Bientôt, je te le promets.

— Tu ne sais même pas...

— Quoi ? Qui tu es au juste ? Où tu habites ? Cela n’a pas d’importance ! Duroc a bien su te trouver. Il saura bien te rejoindre ! Adieu, mio dolce amor ! Ne prends pas froid à cause de ta voix. Je t’aime...

Il se relevait, marchait vivement vers la porte qu’il ouvrit. D’un cri, Marianne l’arrêta :

— Charles !

— Eh bien ?

— Prends soin de toi, je t’en supplie.

Pour toute réponse, il lui sourit, dessina un baiser du bout des doigts et quitta la chambre. Alors seulement Marianne pensa qu’elle ne savait absolument rien de lui.

Elle tendit l’oreille, épiant le roulement de la voiture, puis poussa un profond soupir quand elle l’eut entendu disparaître dans la nuit. Cette fois, elle était bien seule.

Avec peine, elle se débarrassa du cocon de draps dont il l’avait emmaillotée et se leva. Elle n’avait plus sommeil, ni d’ailleurs envie de rester plus longtemps dans cette maison qui lui paraissait étrangère, presque hostile maintenant que Charles n’était plus là. Sur le tapis bleu, la robe rose mettait une tache de brillante aurore. Marianne la ramassa, la serra contre elle dans un élan de gratitude. C’est dans cette robe qu’elle lui avait plu... Elle ne pourrait jamais l’oublier.

La haute glace lui renvoya sa propre image et elle ne put retenir un geste de surprise. Elle se voyait tout entière depuis les pieds jusqu’aux cheveux, mais elle ne se reconnaissait pas. Cette femme aux yeux cernés, à la bouche encore gonflée par trop de baisers, au corps provocant, c’était elle... Lentement, comme avec précaution, elle passa ses mains sur les flancs que Charles avait caressés, comprenant vaguement qu’elle ne serait plus jamais semblable à la fille, encore candide, qu’elle était en arrivant ! Elle était une femme maintenant, songea-t-elle avec un sentiment de triomphe, une femme en pleine possession de ses armes ! Et elle en fut heureuse puisque c’était par lui et pour lui qu’elle avait opéré sa métamorphose.

Un grattement léger, à la porte, coupa net sa contemplation et la rejeta, épouvantée, dans l’abri rassurant des couvertures.

— Entrez, dit-elle.

La tête de Duroc se montra dans l’entrebâillement de la porte.

— Pardonnez-moi de vous déranger, mais je voudrais prendre vos ordres. Jusqu’à quelle heure souhaitez-vous dormir ?

— Je n’ai, plus sommeil, assura Marianne. En fait, je voudrais bien rentrer à Paris dès maintenant.

— C’est que... la nuit n’est pas terminée... loin de là ! Et il fait très froid !

— Qu’importe ! Il vaut mieux que je rentre ! Je me demande ce que va penser M. de Talleyrand s’il constate que je rentre si tard. Il ne croira jamais que j’ai chanté si longtemps...

— C’est l’évidence même, mais, ajouta Duroc avec un sourire paisible, je crois bien que M. de Talleyrand s’attendait à ce que vous rentriez tard... très tard même ! Je vais vous faire servir quelque chose de chaud et faire atteler une voiture !

Dans le coupé qui la ramenait vers Paris, Marianne cherchait encore pourquoi Talleyrand était tellement persuadé qu’elle rentrerait très tard. Pensait-il que Charles lui demanderait de chanter beaucoup plus longtemps qu’il ne l’avait fait ? Ou bien... ou bien le Diable Boiteux, dans sa profonde astuce, avait-il prévu ce qui s’était passé ? Avait-il prévu que son ami serait séduit à ce point, que Marianne, de son côté, serait subjuguée, que l’amour éclaterait entre eux ? En présentant la jeune fille à Charles Denis, n’avait-il voulu lui offrir que sa voix exceptionnelle ou bien Marianne tout entière ? Avec un pareil homme, tout était possible, mais, emportée au pas tranquille des chevaux, elle envoya au subtil diplomate une pensée de chaude gratitude. Elle lui devait la plus belle nuit de sa vie, son premier véritable amour, car avec le recul du temps, après ce qu’elle venait de vivre, Marianne situait à sa vraie place l’amour qui l’avait attachée un moment à Francis Cranmere : un éblouissement de gamine nourrie de romans, l’attirance normale d’une très jeune fille pour un beau garçon. Jamais elle n’oublierait qu’intentionnellement ou non c’était Talleyrand qui l’avait jetée dans les bras de Charles.

Mais, maintenant, elle avait hâte d’être rentrée. Même s’il lui fallait pour cela « perdre le respect », elle interrogerait le prince. Il fallait qu’il lui dise tout ce qu’il savait de Charles Denis. L’amour tout neuf de Marianne la poussait à s’identifier totalement à l’homme aimé. Elle voulait vivre de sa vie, même et surtout si cette vie était dangereuse... Tout cela, Talleyrand le lui dirait, sinon elle s’adresserait à Dorothée. La jeune femme ne pouvait pas ne pas avoir, au moins une fois, entendu parler de l’étrange M. Denis.

Dehors, il gelait à pierre fendre et, aux vitres des portières, la buée était épaisse, mais Marianne, bien enveloppée dans son manteau et des couvertures par les soins attentifs de l’aimable Duroc, une chaufferette sous les pieds, se sentait merveilleusement bien, merveilleusement heureuse.

En s’excusant auprès d’elle de ne pouvoir la reconduire lui-même, Duroc avait accablé le cocher de recommandations : ne pas aller trop vite, prendre bien garde à ce que les chevaux ne viennent à glisser, s’assurer, une fois rendu, que la jeune dame rentrait chez elle sans encombre, etc. Aussi l’homme conduisait-il avec une grande prudence, due certainement à la raideur de la pente que l’on descendait.

Quelque part, dans la campagne, les cloches d’une église sonnèrent 5 heures. D’autres, plus proches, leur répondirent sonnant matines. Il devait y avoir un couvent quelque part. La voiture roulait depuis quelques instants sur terrain plat quand elle ralentit, puis s’arrêta. Etonnée, Marianne se pencha, essuya un coin de la glace, aperçut un large ruban d’eau tout proche. On atteignait la Seine. Soudain, la portière s’ouvrit. Le cocher se pencha dans la voiture.

— Il faut descendre, madame, dit-il. Nous devons prendre le bac.

— Le bac ? Quel bac ? Lorsque je suis venue, nous n’avons pas pris de bac ?

— Parce que vous êtes venue par le pont de Saint-Cloud. Mais on le reconstruit depuis tantôt deux ans et, quand il gèle si fort, il n’est pas sûr. Vaut mieux prendre le bac. On est à Suresnes.

Jetant un coup d’œil par-dessus la silhouette engoncée du cocher, Marianne vit, en effet, une grosse barge, éclairée d’une lanterne, qui attendait un peu plus loin. Mais elle paraissait déserte et l’air qui s’engouffrait par la portière ouverte était si glacial que la jeune femme frissonna et se recroquevilla sous ses couvertures.

— Il est beaucoup trop tôt, fit-elle avec mécontentement. Personne n’acceptera de nous passer à cette heure-ci. Retournons et allons prendre le pont !

— Pas la peine, madame. Je vous assure que le voiturier d’eau va nous passer. Il est bonne heure, mais, de l’autre côté, il a déjà des clients qui l’attendent. Tous les matins, il y a des pèlerins qui vont entendre la messe matinale chez les trappistes du Mont-Valérien. Descendez, s’il vous plaît. Pour embarquer la voiture, vaut mieux qu’elle soit aussi légère que possible.

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