Marianne, une étoile pour Napoléon
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Марианна #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Marianne, une étoile pour Napoléon». Краткое содержание книги:
— Ça m’est égal ! Je l’aimerai puisque c’est votre nom.
Il avait pris sa main et la baisait doucement, remontant insensiblement vers le poignet, puis vers le bras, vers l’épaule dont il fit glisser la courte manche rose pour en toucher la rondeur. Sous la caresse, Marianne eut un long frisson, puis ferma, les yeux, envahie d’un bonheur inattendu. Pour rien au monde elle ne l’eût repoussé, peut-être parce que, depuis le premier regard échangé, elle avait eu, sans bien en avoir conscience, la certitude qu’un moment semblable viendrait. Le Champagne mettait dans son sang juste assez de chaleur pour éteindre la répugnance que, depuis sa malheureuse expérience avec Jean Le Dru, elle éprouvait envers les hommes ! D’abord Charles, ce n’était pas un homme vraiment, c’était un rêve. Et elle n’avait pas du tout envie de s’éveiller ni de parler, simplement d’écouter son propre corps s’éveiller à des sensations qui lui faisaient désirer plus que des baisers...
Quand il glissa son bras sous sa taille et la renversa doucement sur les coussins de la petite chaise longue, elle poussa un profond soupir, ouvrit les yeux pour voir le visage de Charles s’approcher du sien, mais les referma très vite quand leurs lèvres se touchèrent. Il l’embrassait doucement, sans peser, caressant plutôt ses lèvres, éveillant lentement, dans le sang de la jeune fille, un véritable incendie. Son cœur battait à rompre sa poitrine et, entre les bras de Charles, elle haletait, appelant d’autres baisers, d’autres caresses.
La bouche contre la sienne, il chuchota :
— Tu veux être à moi... dis ? Tu veux ?
Elle fit oui des paupières et glissa les bras autour de son cou pour mieux l’attirer contre elle.
— Il y a trop de lumière, chuchota-t-elle.
— Viens !
La serrant contre lui, il la fit lever, l’entraîna vers une porte qui s’ouvrit dans la boiserie. Une chambre apparut, petite, toute tendue de bleu. Elle embaumait le jasmin d’Espagne, mais la blancheur du lit ouvert se devinait à peine, car seul le feu qui pétillait dans la cheminée éclairait cette pièce visiblement faite pour l’amour.
A la vue du lit, Marianne eut un instinctif mouvement de recul, mais Charles lui ferma la bouche d’un baiser si brûlant qu’elle défaillit presque contre lui. Puis il l’attira devant la cheminée, s’assit sur une chaise basse et la prit sur ses genoux, comme un enfant. Tout en dégrafant la belle robe rose, il lui murmurait, en italien, des mots d’amour charmants et tendres et couvrait de baisers ses épaules, sa gorge qu’il enveloppa de mille caresses dès qu’elle jaillit des dentelles de la chemise. Il avait des gestes d’une grande douceur et des paroles si caressantes que Marianne oublia bien vite toute pudeur pour le seul plaisir de l’entendre lui dire combien elle était belle.
Nue et frémissante, il l’emporta ensuite jusqu’au lit, la confiant à la tiédeur des draps parfumés avant de l’y rejoindre, très peu de temps après.
En s’endormant, deux heures plus tard, entre les bras de Charles, Marianne, apaisée et comblée, songeait, avec un soupir de bonheur, que ce qu’elle venait de vivre n’avait aucun point de comparaison avec la désagréable expérience subie dans la grange de Kerivoas. Et ce n’était pas seulement parce qu’elle aimait Charles, tandis que Jean Le Dru lui était à peu près indifférent, en dehors du fait qu’elle avait besoin de lui. L’homme auquel elle s’était donnée si spontanément était véritablement devenu son amant, à tous les sens du terme. C’était cette nuit, réellement, qu’elle avait cessé d’être une jeune fille. L’amour de Charles avait fait épanouir en elle la femme, bien autrement que la hâte maladroite du marin. Et elle savait, maintenant, ce que cela voulait dire : appartenir à quelqu’un. Rien ni personne ne pourrait jamais la séparer de celui qui l’avait révélée à l’amour et à elle-même !
— Je t’aime, Charles, avait-elle murmuré contre son cou, en fermant ses paupières lourdes de sommeil. Je t’appartiens pour toujours. Où que tu ailles, quoi qu’il puisse t’arriver, je te suivrai, je t’aimerai.
Il s’était alors redressé sur un coude et l’avait obligée à le regarder.
— Il ne faut pas dire ces choses, carissima mia ! On ne sait pas ce qui se cache derrière la porte fermée de l’avenir. Je peux mourir demain.
— Alors, je mourrai aussi, et nous serons ensemble quand même. Tu ne peux pas savoir ce que tu m’as donné, cette nuit. Tu n’y peux rien et moi non plus. Je suis à toi, à toi seul ! Embrasse-moi, Charles, embrasse-moi fort !
Alors il l’avait reprise contre lui avec une violence qui l’avait fait gémir et, à nouveau, il l’avait soumise à son désir. Puis il avait murmuré :
— C’est toi qui as donné et c’est toi qui remercies... Mio dolce amor !... Tu as raison : rien ni personne ne pourra faire que cette nuit n’ait été vécue ! Dors maintenant, il est tard.
Obéissante, elle revint se nicher contre son épaule et ferma les yeux. Tout était bien, tout était simple maintenant. Elle l’aimait, il l’aimait. Qui pouvait les empêcher d’être désormais l’un à l’autre pour toujours ? N’était-il pas veuf ? Et, pour la première fois depuis la nuit de Selton Hall, Marianne pensa qu’après tout elle était veuve, elle aussi.
Ce bienheureux sommeil fut-il court ou long, Marianne n’en eut aucune conscience en s’éveillant brusquement un moment après. Dans le clair-obscur de la chambre, elle vit Duroc qui parlait à l’oreille de Charles, déjà assis sur le lit.
— Qu’y a-t-il ? demanda-t-elle d’une voix encore embuée ! Est-il déjà si tard ?
— Non ! Calme-toi ! Il n’est que 3 heures mais il faut que je parte ! Faites atteler la voiture, Duroc. Je viens !
Il sautait déjà du lit. Avec la sensation qu’on lui arrachait le cœur, Marianne se pendit à ses épaules.
— Pourquoi me quittes-tu ? Pourquoi si vite ? Que se passe-t-il ?
Doucement, patiemment, il la prit dans ses bras, baisa ses yeux.
— Rien d’inquiétant ! Mais, mon cœur, j’ai une vie difficile, bousculée... Je ne suis pas vraiment mon maître et l’heure de l’amour est passée. Une affaire urgente m’appelle à Paris, il faut que tu me laisses partir.
Mais elle ne relâcha pas son étreinte. Ce brusque départ, en pleine nuit, l’épouvantait. Elle croyait trop bien en comprendre la raison.
— Charles, je t’en supplie, dis-moi la vérité ! Tu es un conspirateur, n’est-ce pas ?
Il la regarda avec étonnement, puis se mit à rire en dénouant doucement les bras liés autour de son cou.
— Puisque tu as deviné, inutile de nier. C’est vrai, je conspire ! Mais tu n’y peux rien changer. Maintenant, sois raisonnable.
A genoux sur le lit dévasté, dans la masse soyeuse de ses cheveux noirs, elle le regarda s’habiller rapidement avec un vague désespoir. Elle ne s’était pas trompée. Charles menait une vie dangereuse, cachée. Il faudrait qu’elle s’y plie ! Leur amour pourrait être difficile, dans ce pays où régnait un tyran. Mais elle saurait l’attendre et s’il devait fuir, elle fuirait avec lui... Tendrement, elle murmura :
— Promets-moi, si tu es en danger, de me prévenir ! Je viendrai à toi du fond des enfers s’il le fallait.
Il nouait sa cravate devant la haute psyché disposée dans un coin, mais il se retourna, la regarda profondément. Ainsi, agenouillée sur la soie froissée des draps, avec sa peau douce qui brillait comme de l’or dans la nuit somptueuse de sa chevelure, elle était aussi ravissante, aussi troublante qu’une statuette païenne.
— Je te le promets, fit-il gravement. (Puis, avec une soudaine dureté :) Recouche-toi ! Rentre dans les draps.
Au lieu de lui obéir, elle s’étira comme une chatte voluptueuse.