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Marianne, une étoile pour Napoléon

Электронная книга - «Marianne, une étoile pour Napoléon». Краткое содержание книги:

La vie prodigieuse de Marianne d'Asselnat de Villeneuve commence en Angleterre, dans le paisible domaine de sa tante Ellis Selton qui l'a recueillie après la mort de ses parents, guillotinés sous la Terreur. Son adolescence prend fin brutalement le jour même où elle épouse le beau Francis Cranmere dont elle est secrètement éprise depuis longtemps. Au cours d'une nuit de noces effroyable elle perd à la fois son amour, sa fortune et sa sécurité. Marianne doit fuir, abandonner tout ce qu'elle aime, revenir en France où règne l'homme qu'on lui a appris à haïr jour après jour : Napoléon.
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Quand, au bout d’un quart d’heure, le pseudo-valet vint la chercher pour l’introduire enfin dans le cabinet du ministre, elle était tout à fait en colère.

— Ce n’est pas trop tôt ! lança-t-elle d’un ton vengeur en s’engouffrant dans l’étroit bureau qu’elle connaissait déjà.

Le spectacle qui l’y attendait avait cependant de quoi lui rendre toute sa gaieté. Enveloppé dans une infinité de flanelles, de camisoles, de châles et de lainages de toutes sortes, pas toujours d’une propreté idéale d’ailleurs, les pieds dans de gros chaussons de tapisserie dus sans doute à l’aiguille diligente de sa duchesse, et un grand bonnet de coton enfoncé jusqu’aux sourcils, M. le duc d’Otrante, l’œil mauvais, la regardait du fond d’un fauteuil dans lequel, normalement, il se mouvait à l’aise mais qui, pour l’heure présente, semblait avoir toutes les peines du monde à contenir tout ce surcroît de vêtements. Devant Fouché, dans une belle tasse de Sèvres bleu et or, autour de laquelle il réchauffait ses mains jaunes, fumait une tisane verdâtre. Et Marianne comprit pourquoi elle avait attendu tout ce temps : Tout cet appareil de défense contre le froid avait bien demandé un quart d’heure ! Mais, comme il n’incitait pas précisément au respect, la jeune fille n’en attaqua que de meilleur cœur.

— Est-ce que, vraiment, ce que vous aviez à me dire ne pouvait attendre qu’il fît au moins jour, monsieur le Ministre ? On m’a tirée de mon lit, jetée dans une voiture, traînée ici sans un mot d’explication. Pourtant, si je ne me trompe, vous étiez hier soir à là réception du prince de Bénévent ? Ne pouviez-vous me parler un instant ? J’ai toujours entendu dire que l’on n’était jamais aussi isolé que dans une foule !

Peut-être pour se donner encore un instant de réflexion Fouché but un peu de sa tisane, fit une grimace, ajouta du sucre, but de nouveau et finalement reposa sa tasse en soupirant.

— Asseyez-vous, cessez de crier et écoutez-moi. Ce n’est pas par plaisir que, malade comme vous me voyez, je me suis traîné jusqu’à ce bureau pour vous y recevoir. Moi aussi, j’étais dans mon lit et, croyez-moi, j’y étais bien. Mais si vous étiez demeurée seule dans le vôtre nous n’en serions pas là vous et moi !

Machinalement, Marianne s’assit sur l’une des terribles chaises raides dont elle avait gardé le souvenir.

— Ce qui veut dire ? fit-elle sans comprendre.

— Que j’avais donné des ordres précis vous concernant. Si vous receviez un homme dans votre chambre, on devait l’en tirer aussitôt et vous amener ici sans délai.

— Et pourquoi, s’il vous plaît ?

— Pour y entendre ceci : je ne vous ai pas placée où vous êtes pour que vous y filiez le parfait amour avec n’importe qui.

— Moi ? Filer le parfait amour ? protesta Marianne révoltée.

— Laissez-moi continuer. Je répète : avec n’importe qui. Vous êtes rue de Varenne dans un but bien précis et, si vous tenez à savoir le fond de ma pensée, il n’y a qu’un homme, un seul que je vous autorise à recevoir... euh, intimement : c’est ce cher prince !

Aussitôt Marianne fut debout, rouge de colère jusqu’à la racine des cheveux.

— Ainsi, vous osez me le dire en face ? gronda-t-elle. Vous ne m’avez envoyée chez le prince que clans le but de faire de moi sa maîtresse. Cette histoire d’espionnage n’était qu’un prétexte.

— En aucune façon ! Mais voulez-vous me dire s’il est une meilleure manière de se renseigner sur les faits et gestes de quelqu’un que de partager un oreiller avec lui ? De ce côté, et pour peu que l’on connaisse le vice-grand-électeur, votre beauté autorisait tous les espoirs. Or, est-ce que vous n’allez pas vous amouracher d’un minable précepteur ?

— Mais je ne me suis amourachée de personne ! C’est insensé, à la fin ! Si votre sbire possède seulement une once d’honnêteté, il vous dira qu’en tirant M. Fercoc de ma chambre il a mis fin à une véritable bataille.

Une quinte de toux lui coupa la parole. Sous son bonnet de nuit, la face blême de Fouché devenait rouge brique. Précipitamment il ouvrit un classeur, en tira une fiole, une cuiller et avala une grande cuillerée d’un épais sirop. Marianne profita de cet intermède pharmaceutique pour reprendre haleine. Quand le ministre eut retrouvé sa voix, il admit :

— En effet, il m’a dit que vous sembliez vous défendre, mais les jeux de l’amour sont parfois plus violents qu’on ne l’imagine, et je sais des femmes...

Ce fut au tour de Marianne de rougir. Précipitamment, elle s’écria :

— Il n’était nullement question des jeux de l’amour : du moins pour moi. Ce garçon s’était caché sous mon lit durant mon absence. Il en est sorti lorsque j’ai été couchée et près de m’endormir. J’ai donc subi une agression... et je ne vois pas pourquoi cela nécessitait qu’on me traînât ici en pleine nuit pour y subir un cours de morale... enfin, de votre morale personnelle !

Pour la première fois, Fouché risqua un mince sourire.

— Soit, je veux bien l’admettre pour cette fois : Vous avez été victime de votre charme. C’est un malentendu. Mais, après tout, je ne suis pas mécontent de la rencontre : au moins cela m’a permis de vous préciser certaines directives dont je serais heureux de vous voir tenir compte à l’avenir.

— C’est-à-dire ?

— Pas d’amant... sauf le prince ! susurra Fouché qui avait joint le bout de ses doigts et les contemplait avec attention, ce qui lui permit d’ignorer de coup d’œil indigné de son interlocutrice.

— Pas même le prince ! rectifia celle-ci d’une voix tranchante. Inutile de garder des illusions à cet égard, monsieur le Duc. Le prince est plein de grâce envers moi, mais son attention est ailleurs !

— La duchesse de Courlande, je sais, mais cela n’empêche pas ! La duchesse approche du demi-siècle... et vous n’avez pas vingt ans ! Est-ce que vous ne plaisez pas à notre ami ? J’ai cru m’apercevoir du contraire ! Et vous avez même réussi à séduire l’agressive Mme de Périgord, ce qui est un véritable exploit !

— Je crois, en effet, que je plais à Son Altesse Sérénissime, fit Marianne gravement. Mais là n’est pas la question. Même si le prince était amoureux de moi, je ne lui céderais pas.

— Pour quelle raison ?

— La plus simple de toutes : je ne l’aime pas. Et je me suis promis de n’être jamais qu’à l’homme que j’aimerai.

— Comme c’est romantique ! ricana Fouché. Et vous n’aimez personne ?

— Personne !

— Pas même... cet Américain avec lequel vous êtes demeurée enfermée si longtemps dans le pavillon au fond du jardin ?

Marianne tressaillit. Il savait cela aussi ? Décidément, les renseignements allaient vite et il semblait aussi vain que dérisoire de chercher à dissimuler la moindre chose au ministre de la Police ! Cela donnait une désagréable impression : celle de vivre dans une sorte de vitrine éclairée de tous côtés, sans ombres et sans refuges possibles... A toute heure, en tous lieux, Fouché avait des yeux, des oreilles qui travaillaient pour lui... Et sans qu’elle en eût véritablement conscience, le visage de la jeune fille se ferma.

— Surtout cet Américain ! répondit-elle enfin d’une voix si altérée qu’elle en fut effrayée. Il ne s’agit pas d’amour entre nous... mais d’un vieux compte dont le règlement viendra peut-être un jour... et qui ne vous regarde en rien ! ajouta-t-elle avec une brusque colère.

En prononçant tous ces mots, Marianne avait eu l’étrange impression de mentir, pour la première fois. Elle les pensait cependant et il n’y avait rien dans ses paroles qui ne fût exact... pourtant c’était comme si, au fond d’elle-même, une voix secrète protestait ! Il lui était désagréable de parler à cet homme de Jason Beaufort. Qu’il fût un ennemi était une chose, mais il n’en appartenait pas moins à son univers secret à elle, à cet autrefois auquel nul n’avait le droit de toucher. Même s’il avait été l’instrument de sa ruine, Jason appartenait au cadre, au temps de Selton. Et Fouché n’avait rien à faire avec Selton.

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