Marianne, une étoile pour Napoléon
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Марианна #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Marianne, une étoile pour Napoléon». Краткое содержание книги:
La robe était faite d’un satin rose très pâletout givré d’argent, sans la moindre garniture, mais elle était accompagnée d’un grand manteau à capuchon de même étoffe, ourlé et ouaté d’hermine, ainsi que d’un manchon assorti. L’effet, sur elle, était prodigieux ainsi que le lui avait prouvé le sourire satisfait dont l’avait gratifié le prince, tout à l’heure, quand elle était descendue le rejoindre.
— Je crois, lui dit-il, que ce soir encore vous remporterez une victoire, peut-être votre plus grande victoire !
En effet, la voix de Marianne lui valait des succès de salon extrêmement flatteurs, mais qui ne la touchaient qu’en proportion de ce qu’elle espérait rencontrer au théâtre. Elle était assez sage pour comprendre que, justement, ce n’étaient que des succès de salon, donc des lauriers bien éphémères. D’ailleurs, depuis quelque temps, elle éprouvait moins de confiance en elle, moins d’ardeur à travailler son chant. De plus, il y avait cette obsédante voiture noire qui s’attachait toujours à ses pas, où qu’elle allât. C’était comme un présage sinistre qui se collait à elle et la hantait. Elle avait pensé parfois à sortir à pied pour voir si quelqu’un l’aborderait, mais elle n’avait pas osé, retenue par une crainte inexplicable. Chose plus grave, elle avait souligné le fait dans son rapport, mais Fouché n’avait pas relevé l’information. Et Marianne ne savait plus que penser. Le prince, non plus, ne lui en avait pas parlé. Comment cela était-il possible ? Elle songeait, dès le lendemain, à se rendre chez Fouché.
La scène avec Jason Beaufort était vieille de huit jours maintenant et Marianne, malgré sa volonté affirmée de l’oublier, n’avait pas encore réussi à s’en libérer. Quand elle évoquait l’Américain, elle était en proie à une foule de sentiments si complexes qu’elle ne parvenait pas à s’y retrouver. La colère dominait, et la rancune aussi, d’autant plus amères qu’elle avait été plus tentée d’accepter ce qu’il lui offrait. Elle était trop jeune encore pour n’être pas sensible à la magie de certains mots. Jason avait éveillé en elle le désir de cette vie inconnue qu’il avait esquissée pour elle, de cette vie libre dans un monde tout nouveau, plein de soleil et de chaleur. Peut-être était-il sincère lorsqu’il disait vouloir lui rendre un peu de ce qu’il lui avait pris ? Et, lorsque cette pensée lui venait, Marianne était bien près de courir vers lui. Un matin, alors qu’elle faisait les courses de la princesse, elle avait même demandé au cocher de passer par la rue Cerutti. Elle avait vu, au numéro 27, l’hôtel de l’Empire, une élégante maison devant laquelle stationnaient plusieurs voitures et, un instant, elle avait été tentée de faire arrêter, de descendre et de demander cet homme étrange qu’elle détestait et qui, cependant, la fascinait.
Mais d’autres idées lui venaient. Pourquoi croirait-elle en la parole de Beaufort ? Il l’avait dépouillée, il avait osé trafiquer de son amour, de sa pudeur. Qui pouvait dire si, une fois en mer, il respecterait sa parole et ne réclamerait pas les droits honteux qu’il croyait avoir sur elle ? A plus forte raison lorsqu’ils seraient ensemble au bout du monde ! Car enfin, quelle raison pouvait-il avoir de la sauver, et de quoi ? Quel était ce danger imaginaire qu’il avait agité à ses yeux sinon un quelconque épouvantail propre uniquement à la faire tomber plus sûrement dans son piège ? Le matin même, Marianne avait reçu un court billet sans signature
« Je suis encore là pour une semaine. Ensuite, il vous faudra, pour me rejoindre, vous adresser à mon ami Paterson, consul d’Amérique à Nantes ! Réfléchissez, je vous en conjure, et venez avec moi. Le temps presse. »
Marianne s’était contentée de hausser les épaules et de jeter le billet dans la cheminée. Ce jour-là, elle n’avait pas envie de croire Jason Beaufort.
La berline traversait la Seine et Marianne se pencha vers la portière, essuyant un peu de buée du bout de son gant.
— Nous allons donc à la campagne ? demanda-t-elle. Est-ce encore loin ?
Elle voyait à peine son compagnon, dans l’ombre de la voiture, mais elle sentait son parfum de verveine. Depuis que l’on avait quitté la rue de Varenne, il avait paru dormir.
— Pas très loin, non. Le village où nous nous rendons s’appelle La Celle-Saint-Cloud. L’ami chez qui nous allons y possède un petit château ravissant. C’est une maison pleine de charme, l’un des plus jolis décors que je connaisse. Jadis, le Roi en avait fait un rendez-vous de chasse.
Il était rare que Talleyrand fût aussi lyrique. La curiosité de Marianne s’éveillait. Cet ancien rendez-vous de chasse, perdu dans un village voisin peut-être, mais de toute façon campagnard, c’était étrange. Jusqu’ici, Talleyrand ne l’avait guère emmenée que dans des salons parisiens, chez Mme de Laval, chez Dorothée de Périgord, bien sûr, et chez les dames de Bellegarde. Ceci était une véritable expédition.
— Y aura-t-il beaucoup de monde ? demanda-t-elle d’un ton faussement détaché. Qui sera là ?
Le prince toussota comme s’il cherchait sa réponse, mais sa voix lente était unie comme un miroir quand il répondit :
— Ma foi, non, il n’y aura pas beaucoup de monde. Ma chère enfant, avant que nous arrivions, il me faut vous donner quelques explications. Il ne s’agit pas d’une grande soirée. L’ami chez qui je vous emmène se nomme simplement M. Denis.
Marianne leva un sourcil étonné.
— M. Denis ? Denis de quoi ?
— De rien. C’est un... bourgeois, fort riche et de grande valeur et aussi un très ancien ami d’un temps... difficile ! En outre, c’est un homme malheureux qu’un deuil cruel vient de frapper. En quelque sorte, c’est une œuvre charitable que je vous mène accomplir !
— Habillée comme une princesse, d’une toilette de bal par surcroît et chez un homme en deuil ? Est-ce qu’il n’aurait pas mieux valu m’habiller de sombre ?
— Le deuil se porte au fond du cœur, ma chère enfant, non en vêtements. M. Denis, dans la nuit qui l’accable, a besoin de voir l’aurore. J’ai voulu que vous fussiez cette aurore.
Un rien de trop onctueux dans le ton du prince accrut la curiosité, déjà éveillée, de Marianne. Il redevenait lyrique et n’avait pas l’air tout à fait sincère. Qu’est-ce que c’était que ce bourgeois possédant un ancien rendez-vous de chasse du Roi et chez qui on allait en grande toilette ?
Elle eut soudain envie d’en savoir davantage.
— J’admire que Votre Altesse se donne tant de mal pour un homme si éloigné d’elle. Un ancien ami, vraiment ?
— Des plus anciens ! fit Talleyrand gravement. Vous seriez étonnée de nombre de bourgeois que je compte dans mes relations et même dans mes amis ! La Cour impériale, elle-même, en compte un assez grand nombre, habillés de titres ronflants, je veux bien l’admettre.
— Alors, pourquoi ce M. Denis n’en a-t-il pas ?
— Parce que cela ne l’intéresse pas ! Il n’a que faire d’être comte ou marquis. Il est... lui et c’est assez ! Dites-moi, mademoiselle Malle-rousse, j’espère que vous n’êtes pas choquée par l’idée de chanter devant un bourgeois ?
Elle devina un sourire moqueur dans l’ombre de la voiture.
— Bien sûr que non, murmura-t-elle, j’espère seulement qu’il ne s’agit pas d’un de ces anciens Conventionnels, d’un régicide, d’un...
— Il ne serait pas mon ami ! coupa Talleyrand avec quelque sévérité. Soyez donc en repos là-dessus.
Sur la couverture de fourrure qui emprisonnait leurs jambes, la main du prince vint chercher celle de Marianne et s’y posa. Plus doucement, sur le ton de la confidence intime, il ajouta :
— Vous apprendrez à l’usage que les gens de ce pays font parfois des choses bizarres, mais jamais sans raison. Ce que je vous demande ce soir, c’est un service personnel, une faveur si vous préférez. Cet homme n’est pas noble de nom, mais il l’est de cœur et son chagrin doit vous le rendre sympathique... au point d’oublier d’en parler à notre ami Fouché, hé ? Il n’a pas besoin de connaître cette visite.