Marianne, une étoile pour Napoléon
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Марианна #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Marianne, une étoile pour Napoléon». Краткое содержание книги:
— Je ne viendrai pas !
— Peut-être que si. Réfléchissez, Marianne. La colère est mauvaise conseillère et vous courez un réel danger. N’oubliez pas ceci : je ne souhaite que votre tranquillité et votre bonheur !
La cape noire tournoya quand il la jeta sur ses épaules. Rapidement, il se dirigea vers la porte-fenêtre. Immobile devant la cheminée, Marianne n’avait pas bougé, mais, comme sur un dernier regard il allait sortir, elle l’arrêta :
— Un mot encore ! Est-ce que... Selton est complètement détruit ?
A son tour, Jason Beaufort éprouva le besoin d’être cruel, de rendre blessure pour blessure à cette diaphane statue, rigide dans ses voiles changeants, de voir, si peu que ce soit, vaciller les impitoyables prunelles vertes.
— Non ! fit-il durement. Il en est resté très suffisamment pour que celui à qui je l’ai vendu le paie un bon prix. Et j’ai pu, grâce à lui, acquérir un grand coureur des mers.
Touchée à son tour, Marianne ferma les yeux pour qu’il ne vît pas monter les larmes. Elle aurait voulu qu’il ne restât pas pierre sur pierre de la maison qu’elle avait aimée.
— Allez-vous-en... Allez-vous-en vite !
Elle ne vit pas le geste qu’il eut vers elle ni son regard de colère et de douleur ; elle n’entendit pas le soupir qu’il étouffa. Elle entendit seulement :
— Ayez le courage de regarder les choses en face... et ne refusez pas, sottement, ce qui vous est dû !
Elle ouvrit seulement les yeux quand un courant d’air glacial lui arracha un frisson. La porte-fenêtre, ouverte sur le vide de la nuit, battait doucement. Une rafale de vent s’engouffra dans le pavillon et alla soulever les cendres de l’âtre. Lentement, Marianne se baissa, ramassa son manteau dont elle enveloppa ses épaules, se réfugiant dans sa tiédeur confortable comme dans un abri. Là-bas, à grandes enjambées rapides, Jason Beaufort s’éloignait vers la maison illuminée, sa grande cape noire claquant au vent comme la voile du Vaisseau Fantôme.
Tout à coup, Marianne se sentit glacée. Elle eut envie qu’il fût encore là, qu’il lui parlât encore de ce pays inconnu, plein de soleil et de chants nostalgiques, ce pays où elle pourrait être une autre sans cesser d’être elle-même. Elle courut à la porte, ouvrit la bouche pour le rappeler. Mais non, ce n’était pas possible ! Elle ne pouvait pas suivre l’homme qui l’avait achetée, pour une nuit, comme une simple fille de plaisir, l’homme qui l’avait froidement dépouillée pour refaire sa propre fortune. Elle ne pouvait pas s’embarquer sur le navire que Selton avait payé ! Un instant, elle avait été tentée, mais c’était fini ! Elle continuerait sur la route qu’elle avait choisie et tant pis pour les pierres du chemin !
Pourtant, une arrière-pensée lui restait. Pourquoi avait-il dit qu’elle était en danger ? Pourquoi l’avait-il pressée de fuir ? A cela, il était impossible de trouver une réponse ; mais, tandis qu’à son tour elle revenait lentement vers l’hôtel, sa mémoire répétait comme un refrain : « Hôtel de l’Empire, rue Cerutti... Hôtel de l’Empire, rue Cerutti... » C’est une drôle de chose que la mémoire.
Les cinq mots de l’adresse hantaient toujours la mémoire de Marianne quand elle regagna sa chambre, quelques minutes plus tard, mais, à force de se les répéter, elle les avait adaptés inconsciemment à une mélodie de Paesiello qui traînait au fond de son esprit, en faisant une sorte de rengaine.
A cette heure tardive, l’hôtel était silencieux. La plupart des invités étaient partis, sitôt le souper terminé, mais, dans les salons où les fleurs penchaient déjà leurs têtes alourdies sous l’influence de la chaleur des bougies, plusieurs tables de jeu avaient été installées. Le whist s’était emparé des élégantes pièces et y faisait régner cette curieuse qualité de silence née des respirations retenues, des émotions mal contenues et des esprits captifs des péripéties du jeu. Tous ces gens aux visages tendus semblaient sacrifier à quelque rite mystérieux qui leur faisait les yeux plus aigus, la bouche plus serrée. Indifférents aux valets qui circulaient sans bruit entre les tables portant des flûtes de Champagne sur des plateaux d’argent, ils ne voyaient que les cartons vivement coloriés qu’ils abattaient régulièrement sur les tapis verts des tables. Hormis les phrases obligatoires, on n’entendait que le froissement de l’or passant de main en main et Marianne se détourna de ce spectacle, aperçu dans l’entrebâillement d’une porte, avec une sorte d’horreur. Elle détestait le jeu d’instinct, mais, surtout, depuis la nuit de Selton, elle le considérait comme son ennemi personnel. Aussi fût-ce avec une sorte de satisfaction qu’elle nota l’absence de Jason. Il lui sembla qu’il ne lui eût plus été possible de songer à lui sans horreur si elle l’avait découvert assis avec ces hommes et ces femmes passionnés. Tout compte fait, la jeune fille s’avoua honnêtement qu’en lui résidait l’unique raison qui l’avait poussée à jeter un coup d’œil sur les salons. Mais l’Américain avait dû quitter l’hôtel immédiatement après leur séparation.
Au sortir de l’atmosphère étouffante et un peu équivoque du rez-de-chaussée, sa chambre parut à Marianne un havre de paix et de silence. Le feu flambait joyeusement dans la cheminée fleurie de roses de Noël et le lit, ouvert, offrait la fraîcheur de ses toiles de lin immaculé. Tournant le dos à sa table à écrire sur laquelle, cette nuit, la plume demeurerait sèche et le papier vierge – il n’était pas question de raconter à Fouché sa rencontre avec l’Américain et, pour une fois, il faudrait bien que le ministre se contentât des rapports de qui lui plairait en ce qui concernait la fête – Marianne se mit à se dévêtir.
Avec un soupir de soulagement, elle détacha la robe dont les mousselines glauques s’amollirent sur le tapis bleu et rose. Le linge mousseux suivit, puis, levant les bras, la jeune fille détacha les rubans de sa coiffure et se mit à fourrager avec ardeur dans le savant échafaudage de boucles et de tresses qui avait coûté à Fanny une bonne heure d’efforts. La lourde masse soyeuse retomba sur son dos nu comme une chaude et douce fourrure et Marianne soupira de nouveau mais cette fois avec une sorte de volupté.
Elle devait être bien fatiguée car il lui sembla qu’un soupir faisait écho au sien, un soupir parti d’on ne savait où et qui n’était sans doute qu’un souffle de vent dans la cheminée. Pressée de gagner enfin son lit, Marianne dédaigna l’image charmante que lui renvoyait son miroir et, enfilant sa chemise de nuit, elle se glissa dans les draps, souffla la chandelle de sa table de chevet et s’étendit enfin, avec un troisième soupir.
Elle eut à peine le temps de fermer les yeux. Il se passait quelque chose sous son lit, mais, avant qu’elle ait eu le temps de s’en étonner, une forme sombre se dressa tout à coup puis s’abattit sur le lit qui cria sous ce poids supplémentaire. Affolée de se retrouver prisonnière de deux bras, incontestablement masculins, et ne sachant trop ce qui lui arrivait, Marianne poussa un cri étouffé. Une main tremblante se posa précipitamment sur sa bouche.
— Ne criez pas ! chuchota une voix haletante tout contre sa joue. Je ne vous veux aucun mal... au contraire ! Je... Je veux seulement vous aimer pour de bon comme je vous aime en rêve depuis des nuits et des nuits.
De crainte de lui faire mal, sans doute, la main n’appuyait pas bien fort et Marianne n’eut guère de peine à s’en débarrasser. Elle savait maintenant à qui elle avait affaire et, en elle, l’indignation avait immédiatement chassé la peur. Son agresseur n’était autre que le doux, le timide M. Fercoc.
— Encore vous ! souffla-t-elle furieuse. Mais vous êtes enragé ? Voulez-vous... s’il vous plaît, vous ôter de là et me laisser en paix !