La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Серия: Nouveau printemps #2
- Год: 1990
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-06701-0
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
Son âme était devenue infiniment plus profonde, plus complexe et plus riche que lors de leur premier couplage, qui remontait à quatre ans. La fillette de l’époque était devenue une femme, avec tout ce que cela impliquait de profondeur et de discernement.
Elle avait connu l’accouplement ; elle avait connu le couplage ; elle avait connu l’amour.
Et elle avait accepté les Cinq Déités.
Quelle surprise pour Boldirinthe ! Lors de leur premier couplage, elle n’avait pas trouvé la plus petite trace de foi chez Nialli Apuilana. L’impiété n’était pas chose rare chez les jeunes gens, mais Nialli Apuilana ne s’était pas seulement révélée indifférente à l’amour divin ; elle s’était barricadée contre lui, elle l’avait purement et simplement rejeté.
Mais cette fois, à sa profonde stupéfaction, Boldirinthe perçut l’essence des Cinq à l’intérieur de l’âme de la jeune fille. Leur présence ne faisait aucun doute, une présence très récente. Elle reconnut l’aura de tous les dieux : Friit et Emakkis, Mueri et Dawinno, mais surtout Yissou le Protecteur qui illuminait de sa sainteté tous les coins et les recoins de son âme. Boldirinthe fut totalement prise au dépourvu. Leur feu sacré brûlait en elle et c’était tout, ou presque tout, ce qui la maintenait en vie. Peut-être étaient-ils venus à elle dans les marais, quand la mort avait commencé à rôder autour de la jeune fille.
Mais le Nid était également présent en elle. La Reine était présente en elle.
Boldirinthe percevait la nature étrangère du pouvoir immense de la souveraine des insectes, un pouvoir qui enveloppait et imprégnait tous les aspects de l’esprit de la jeune fille dans une interpénétration sacrilège, à peine imaginable, avec l’aura des Cinq. Une lumière hjjk brillait comme un foyer ardent. Des brumes hjjk enserraient l’âme de Nialli Apuilana. Des griffes tenaces se cramponnaient partout. C’était certainement quelque chose qui remontait à l’époque de sa captivité. La femme-offrande fut obligée à la fois de surmonter sa répugnance et de résister à l’attraction que cette chose mystérieuse exerçait sur elle.
Mais elle savait ce qu’elle avait à faire. Elle était là pour guérir. Avec l’aide des dieux, elle chasserait la chose malfaisante.
Elle se mit aussitôt à l’œuvre et s’attaqua à la chose menaçante qui occupait l’âme de la fille du chef. Elle la frappa à coups redoublés, elle la transperça, elle la déchira jusqu’au cœur. La chose sembla faiblir et les griffes se mirent à battre frénétiquement l’air en tous sens. La femme-offrande en détacha une, puis une autre, et une troisième, mais elles revenaient s’agripper presque aussi vite qu’elle les repoussait. La chose malfaisante se débattait avec fureur, lui faisait subir un véritable bombardement d’énergie et faisait pleuvoir sur elle des torrents de feu glacé. Mais Boldirinthe résistait à tous ses assauts. Toute sa vie, elle s’était préparée à ce moment. Inlassablement, le monstre invincible se dressait et bondissait, et chaque fois Boldirinthe le repoussait. Inlassablement il attaquait et chaque fois Boldirinthe le faisait reculer. Elle se forgeait sans cesse des armes nouvelles et continuait de gagner du terrain en se battant de toutes ses forces.
Lentement, pied à pied, la chose battit en retraite et gagna les profondeurs de l’âme de la jeune fille pour se tapir dans le repaire qu’elle s’y était ménagé. Le monstre n’avait pas renoncé ; il avait simplement lâché pied. Mais il y avait maintenant un espoir que Nialli Apuilana pût livrer elle-même le reste du combat. Boldirinthe avait fait tout ce qui était en son pouvoir.
— Prenez possession d’elle maintenant, je vous en conjure, dit la femme-offrande à Friit. Et donnez-lui la force.
— Oui, dit le dieu, je le ferai.
— Vous aussi, Dawinno, Emakkis, Mueri, Yissou.
— Oui, dirent tous les dieux, l’un après l’autre.
Boldirinthe leur livra passage et les dieux pénétrèrent dans l’âme de la jeune fille où ils s’unirent avec l’aura d’eux-mêmes qui s’y trouvait déjà. Ils soutinrent Nialli Apuilana là où elle fléchissait, ils lui redonnèrent des forces là où elle s’affaiblissait, ils la remplirent là où elle s’était vidée de son énergie.
Puis, l’un après l’autre, ils la quittèrent.
Mueri fut la dernière à partir. Elle s’arrêta pour toucher l’âme de Boldirinthe et l’étreindre avec une profonde tendresse, comme Torlyri aurait pu le faire, bien des années auparavant. Puis Mueri disparut à son tour.
Nialli Apuilana remua sur son lit. Elle ouvrit les yeux en cillant à plusieurs reprises, très rapidement. Elle fronça les sourcils, puis un sourire éclaira son visage.
— Dors, mon enfant, dit Boldirinthe. Quand tu te réveilleras, tes forces seront revenues.
Nialli Apuilana hocha la tête, comme au sortir d’un rêve.
— Allez chercher Taniane, dit Boldirinthe en se tournant vers Sipulakinain. Taniane toute seule.
Le chef entra, environné d’un nuage d’inquiétude qui se dissipa dès l’instant où elle vit le changement qui s’était opéré chez sa fille. Elle sentit aussitôt ses forces revenir et la vie se remit à pétiller dans ses yeux. Boldirinthe était si épuisée qu’elle n’avait que faire de sa gratitude.
— C’est fait, dit-elle, et bien fait. Que tout le monde reste dehors. Il faut laisser la petite se reposer. Et après, bouillon chaud et jus de fruits frais. Elle sera sur pied dans deux jours, je te le promets, et en pleine forme.
— Boldirinthe…
— Ce n’est pas la peine, dit la femme-offrande.
Nialli Apuilana avait refermé les yeux et elle dormait d’un bon sommeil, un sommeil profond et réparateur. Des auras brillaient autour d’elle. Mais Boldirinthe voyait encore la créature du Nid qui n’était que blessée, tapie au plus profond de son âme, le hjjk de l’intérieur qui rougeoyait comme une plaie infectée, et elle réprima un frisson.
Elle savait qu’elle lui avait porté un coup terrible, mais le reste dépendait de Nialli Apuilana. Et des dieux.
— Aide-moi à me lever, dit-elle, la respiration sifflante, en s’essuyant le front. Si tu ne peux pas le faire toute seule, va chercher une ou deux personnes pour t’aider.
Taniane éclata de rire. Elle prit la main de Boldirinthe et l’aida à se mettre debout aussi facilement que si elle avait été une enfant.
Dehors, dans le couloir de pierre grise, à la lumière verte et tremblotante des globes lumineux, Husathirn Mueri vint au-devant d’elle et la prit par le bras. Il avait l’air épuisé et malheureux.
— Vivra-t-elle, Boldirinthe ?
— Bien sûr qu’elle vivra. Je n’en ai jamais douté un seul instant.
Elle essaya de poursuivre son chemin. Elle venait de plonger dans un abîme terrifiant et en était revenue. C’était une expérience douloureuse, une dure épreuve pour l’âme et elle n’avait pas la moindre envie de rester debout dans le couloir pour bavarder avec Husathirn Mueri.
Mais il la retenait par le bras ! Allait-il donc la lâcher ? Un grand sourire hypocrite commençait à s’étaler sur son visage.
— Vous êtes trop modeste, dit-il. Je m’y connais un peu dans l’art du guérisseur. Elle était mourante quand vous êtes arrivée pour la soigner.
— Eh bien, elle ne l’est plus.
— Je vous en suis profondément reconnaissant.
— Je n’en doute pas.
Elle le considéra longuement en essayant de lire dans sa pensée. Tout ce qu’il disait avait un sens caché. Même un éternuement semblait avoir chez lui quelque chose de sournois.
Boldirinthe n’était jamais parvenue à trouver Husathirn Mueri sympathique, ce qui la troublait profondément, car elle n’aimait pas détester quelqu’un. Le fait qu’il fût le fils de Torlyri aggravait encore les choses. Elle avait aimé Torlyri autant que sa propre mère. Husathirn Mueri était intelligent et séduisant, il avait l’esprit vif et même, à sa manière, une nature assez chaleureuse ; physiquement, il tenait beaucoup de sa mère, avec ces spirales d’un blanc éclatant qui tranchaient sur le noir de la fourrure. Mais, malgré tout cela, Boldirinthe ne l’aimait pas et c’était à cause de son comportement sournois et de son ambition débridée. D’où pouvaient bien lui venir ces traits de caractère ? Certainement pas de Torlyri. Ni de son père, un guerrier Beng grave et austère. Les voies des dieux sont décidément bien mystérieuses, se dit Boldirinthe, et chacun de nous est un mystère voulu par les dieux.