La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Серия: Nouveau printemps #2
- Год: 1990
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-06701-0
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
— J’imagine, dit Salaman. Y a-t-il autre chose ?
— Non, sire, sinon que nous avons onze voitures remplies des plus belles marchandises et nous espérons passer un excellent séjour dans votre cité.
— Très bien. Très bien. Nous nous reverrons peut-être demain, Gardinak Cheysz. Je veux entendre une seconde fois tout cela pour voir si ce que vous m’avez raconté me paraît plus réel à la lumière du jour.
Il leva les mains en faisant une grimace.
— Faire la paix avec les hjjk ! Les inviter à Dawinno pour qu’ils puissent y enseigner leur doctrine ! Je n’en crois pas mes oreilles !
Il tira de sa ceinture une bourse remplie d’unités d’échange de la Cité de Dawinno et la lança à Gardinak Cheysz. L’espion l’attrapa adroitement au vol et s’inclina. Les commissures de sa bouche se relevèrent en ébauchant une sorte de sourire et il quitta la pièce.
Le même soir, dans une taverne de la Cité de Yissou, Esperasagiot, Dumanka et quelques autres membres de l’escorte de Thu-kimnibol sont attablés avec plusieurs des nouveaux arrivants. Il est tard et le vin a coulé à flots. Ce sont tous de vieux amis. Les hommes de l’escorte de Thu-kimnibol ont l’habitude d’accompagner les convois de marchands qui assurent des liaisons régulières entre les deux cités. Au nombre de ceux qui viennent d’arriver se trouve Thihaliminion, le frère de Esperasagiot, presque aussi bon conducteur de xlendis que Esperasagiot lui-même, et qui est l’un des voituriers du convoi de marchands.
Leur groupe comprend également quelques habitants de Yissou : Gheppilin, le bourrelier, Zechtior Lukin, l’équarisseur, et Lisspar Moen, une femme qui tient commerce de porcelaines fines. Ce sont des amis de Dumanka. Des amis de fraîche date.
Thihaliminion fait depuis déjà un certain temps le récit des singuliers événements qui se sont succédé dans la Cité de Dawinno : les crimes, la disparition et la conduite extravagante de la fille du chef, l’émergence du nouveau culte de Kundalimon.
— On aurait dit la fin du monde, dit-il en pouffant de rire dans sa coupe de vin. Quand tout semble devenir anormal en même temps. Mais pourquoi diable est-ce que je ris ? poursuit-il en secouant sa tête coiffée d’un grand casque. Il n’y a pas de quoi rire !
— Mais si ! lui rétorque Dumanka. Quand tout s’en va à vau-l’eau, il reste encore le rire. Quand les dieux nous envoient des catastrophes, que pouvons-nous faire d’autre que rire ? Les larmes n’ont jamais rien guéri, mais le rire nous permet au moins de dissimuler notre chagrin derrière un masque de gaieté.
— Tu n’es qu’un moqueur, Dumanka, lance Thihaliminion à l’intendant. Tu ne prends rien au sérieux.
— Bien au contraire, mon frère, dit Esperasagiot. Malgré sa gaieté bruyante, Dumanka est l’un des hommes les plus sérieux que je connaisse.
— Alors, qu’il le montre, s’il en est capable ! Ce qui se passe à Dawinno ne doit pas être pris à la légère, comme vous le découvrirez en rentrant. Il est trop facile de rire quand on se trouve à des centaines de lieues !
— Mais, mon frère, il ne voulait pas te blesser ! Tu ne vois donc pas que c’est sa façon de faire ? Il jouait simplement avec les mots.
— Non, dit Dumanka. Pas du tout.
— Non ? dit Esperasagiot, l’air perplexe.
— J’étais aussi sérieux que je puis l’être, mon ami. Et, si vous voulez bien m’accorder quelques instants, je vais m’expliquer.
— Nous perdons tous notre salive, grommelle Thihaliminion. Nous ferions mieux de boire au lieu de parler pour ne rien dire.
— Accordez-moi seulement quelques instants, dit Dumanka. Vous verrez que ce n’est pas une perte de temps.
Tous les regards se tournent vers lui, car personne n’a jamais entendu l’intendant s’exprimer avec une telle gravité.
— J’ai dit, poursuit-il, que le rire est préférable aux larmes quand les dieux nous envoient des malheurs, et je crois être dans le vrai. Et sinon le rire, au moins la résignation. À quoi bon en effet gémir et récriminer contre la volonté des dieux ? Ceux qui sont à cette table…
— Suffit, Dumanka ! lance Thihaliminion d’un ton un peu trop cassant.
— Encore quelques mots, je t’en conjure. Connais-tu ces trois personnes : Zechtior Lukin, Lisspar Moen et Gheppilin ? Non, bien sûr, tu ne les connais pas. Moi, je les connais et je puis t’assurer qu’ils ont la sagesse en eux. Ils ont beaucoup à nous apprendre sur le chapitre de la soumission à la volonté divine. T’es-tu jamais demandé, Thihaliminion, pourquoi les yeux de saphir ont conservé une attitude si flegmatique quand les dieux ont lancé sur leur planète les étoiles de mort qui allaient la détruire ? Tout le monde sait qu’ils auraient pu renvoyer les étoiles de mort, s’ils l’avaient voulu, mais…
— Par Nakhaba, quel rapport peut-il bien y avoir entre les yeux de saphir et le vent de folie qui souffle sur notre cité ? Veux-tu m’expliquer, Dumanka ?
— Passe-moi le vin et je vais t’expliquer. Et après cela, tu auras peut-être envie d’écouter Zechtior Lukin et même de lire un petit livre qu’il a écrit. Tu y trouveras peut-être un certain réconfort, si tu es aussi perturbé par la situation à Dawinno que tu sembles l’être.
Dumanka tourne la tête vers l’équarisseur, un homme tout râblé, qui dégage une grande impression de force et de vigueur.
— Ce que Zechtior Lukin m’a enseigné au cours de nos conversations, reprend-il, c’est ce que j’ai pratiqué toute ma vie sans savoir comment l’exprimer. Je reconnais la toute-puissance des dieux et le rôle essentiel qu’ils jouent dans notre destinée. Ils décident de tout et nous devons nous soumettre avec entrain, car nos seuls autres choix sont de le faire avec tristesse ou avec colère, pour le même résultat, mais sans la joie. Quoi qu’il advienne, étoiles de mort ou hjjk, nouvelles religions bizarres ou crime de sang en pleine rue, quoi que ce soit, nous ne pouvons que l’accepter. Zechtior Lukin et ses Acceptants ont une philosophie – Lisspar Moen et Gheppilin en sont des adeptes, et, moi aussi, j’en suis un, je l’ai toujours été, même si je viens juste de le découvrir – ils ont donc une philosophie qui procure la paix de l’âme et la sérénité de l’esprit. Elle a fait de moi un homme meilleur, Thihaliminion, un homme indiscutablement meilleur. Et quand je retournerai à Dawinno, tu peux être sûr que j’emporterai avec moi le petit livre de Zechtior Lukin et que je partagerai la vérité qu’il contient avec tous ceux qui accepteront de m’écouter.
— Il ne manquait plus que cela, murmure Thihaliminion en considérant sa coupe vide d’un air dégoûté. Encore une nouvelle religion.
Thu-kimnibol frappa et entra. Salaman, qui somnolait devant une bouteille de vin presque vide, se réveilla instantanément.
— Tu voulais me voir, mon cousin ?
— Oui, dit Salaman. Je suppose que tu as eu le temps de prendre connaissance des nouvelles de Dawinno. La fille de Taniane qui est devenue folle et Taniane elle-même, tellement bouleversée qu’elle a totalement négligé pendant plusieurs jours les affaires de la cité.
— Oui, répondit sèchement Thu-kimnibol, la fourrure gonflée et les yeux étincelants. C’est ce que l’on m’a dit.
— T’a-t-on également parlé de cette nouvelle religion prônant l’amour des hjjk qui fait fureur chez toi ? Elle a pris son essor après l’assassinat de Kundalimon, à ce qu’il paraît. Mes agents m’ont rapporté qu’on parle de lui à Dawinno comme d’un grand prophète mort pour l’amour du Peuple.