La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Серия: Nouveau printemps #2
- Год: 1990
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-06701-0
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
Boldirinthe se tourna vers Maju Samlor, l’air intrigué.
— Savez-vous ce qu’il se passe là-bas ?
— Ils apportent leur offrande, mère.
— Leur offrande ?
— Une offrande de la nature. Des branches, des fruits, des fleurs, ce genre de chose. C’est pour celui qui est mort, vous voyez, le jeune envoyé des hjjk. Cela dure depuis deux ou trois jours.
— Ils déposent des offrandes à l’endroit où il est mort ?
C’était fort étrange. Et sa prêtresse ne lui en avait rien dit.
— Conduisez-moi là-bas. Je veux voir.
— Mais la fille du chef…
— Elle patientera quelques minutes. Emmenez-moi là-bas.
Le jeune garde haussa les épaules et fit faire demi-tour à la voiture. Ils remontèrent l’avenue jusqu’à l’entrée de la ruelle. En s’approchant, Boldirinthe remarqua qu’il n’y avait que quelques adultes dans la foule composée en majeure partie d’enfants dont certains étaient très jeunes. D’où elle se trouvait, il lui était difficile de bien distinguer ce qu’il se passait et elle ne tenait pas à descendre de voiture pour enquêter personnellement. Mais elle voyait qu’on avait élevé un autel de fortune. Ceux qui apportaient une offrande avançaient à la file jusqu’au fond de la ruelle où des branchages formant un tas plus haut que la tête d’un homme étaient entourés de bouts de tissu et de rubans de métal brillant ou de papier de couleur vive.
Elle observa la scène pendant un long moment. Quelques enfants la reconnurent, lui firent des signes de la main et crièrent son nom. Elle leur sourit et leur rendit leur salut. Mais elle ne quitta pas la voiture.
— Aimeriez-vous regarder de plus près ? demanda Maju Samlor. Je peux vous aider à descendre et…
— Une autre fois, dit Boldirinthe. Conduisez-moi auprès de Nialli Apuilana maintenant.
La voiture fit de nouveau demi-tour et s’engagea dans la descente.
Ainsi ils lui rendent un culte, s’étonna Boldirinthe. Ils font un dieu de celui qui est mort. C’est du moins ce qu’il semblait et c’était vraiment très étrange. Tout était étrange, tout ce qui s’était passé et qui avait un rapport avec ce garçon.
Mais il n’y avait peut-être rien de vraiment sérieux là-dedans.
Elle songea à toutes les doctrines hétérodoxes qu’elle avait vues naître durant sa longue vie. Aucune d’entre elles n’avait été véritablement néfaste. C’était une époque instable. La venue du Printemps Nouveau avait mis un terme aux coutumes sclérosées du cocon en obligeant le Peuple à affronter les nombreux mystères du monde de l’extérieur. Rien d’étonnant, dans ces conditions, à ce qu’ils se raccrochent à n’importe quelle doctrine nouvelle si l’ancienne ne semblait pas pouvoir leur apporter une satisfaction immédiate.
Certaines de ces nouveautés n’avaient été que feux de paille. Tel était le cas de ce bizarre culte des humains qui était apparu vers la fin de leur séjour à Vengiboneeza, où une poignée des membres de la tribu parmi les plus simples se réunissaient en secret pour danser autour de la statue d’un humain qu’ils avaient dénichée quelque part dans les décombres de la cité antique, après avoir fait des prières et des sacrifices.
D’un autre côté, le culte du dieu Nakhaba avait été intégré à la vie de la tribu après l’union avec les Beng et cela semblait devoir durer. Il y avait eu de loin en loin un engouement pour un certain nombre d’autres croyances tournant autour des étoiles, du soleil, du grand océan ou autres superstitions plus difficiles à accepter. Le bruit était même venu aux oreilles de Boldirinthe que Nialli Apuilana rendait un culte aux hjjk et qu’elle cachait un talisman consacré dans sa chambre de la Maison de Nakhaba.
Pour Boldirinthe, cela n’avait aucune importance. C’était une sainte femme, assez pieuse pour comprendre que la religion était partout. Les Cinq Déités n’étaient pas les seules dépositaires du sacré. Elles étaient simplement les dieux qu’elle avait fait vœu de servir. Cela ne signifiait aucunement qu’ils étaient vrais et que les autres n’étaient que de faux dieux, mais, pour elle, ils étaient les plus efficaces, ceux qui participaient le plus pleinement du sacré. Si ces enfants avaient envie d’apporter des offrandes en mémoire de Kundalimon, c’était très bien, très bien. Un culte est un culte.
— Dépêchons, dit Boldirinthe au garde. Vous ne pouvez donc pas faire avancer votre xlendi plus vite. Nialli Apuilana est très faible, vous savez. Elle a un urgent besoin de moi.
— Mais vous venez de me dire…
— Si vous ne voulez pas vous servir de ce fouet, donnez-le-moi ! Vous croyez que j’aurai peur de frapper ? Plus vite, mon garçon ! Plus vite !
Nialli Apuilana était allongée sur une paillasse, dans l’une des chambres à l’étage de la résidence du chef. Elle avait les yeux fermés, une respiration lente et difficile, et sa fourrure était humide et tout emmêlée. De temps en temps, elle marmonnait quelques mots inintelligibles. Elle semblait plongée dans un état d’inconscience, plus profond que le sommeil, mais juste en deçà de la mort. En la voyant ainsi, un souvenir de sa jeunesse lointaine, un souvenir du temps du cocon, remonta à l’esprit de Boldirinthe. Elle revit l’être étrange – Hresh affirmait que c’était un humain – auquel la tribu avait donné le nom de Faiseur de Rêves et qui était resté plongé dans un interminable sommeil dont il n’était sorti que pour rendre le dernier soupir, le jour où le Peuple avait perçu les signes annonciateurs du Départ. C’était le même genre de sommeil, qui semblait moins de ce monde que de l’autre.
Un petit groupe aux visages soucieux était réuni au chevet de Nialli Apuilana. Taniane était là, bien entendu, les traits tirés, l’air tendu, manifestement à bout de forces, ainsi que Hresh qui semblait avoir vieilli de plusieurs années en quelques jours. Il y avait également Husathirn Mueri et Tramassilu, le bijoutier, ainsi que Fashinatanda, la vieille mère gâteuse de Taniane, l’architecte Tisthali, le grainetier Sturnak Kathilifon et Sipulakinain, sa compagne gravement malade qui n’était plus que l’ombre d’elle-même et portait déjà sur elle les stigmates de la mort. Il y avait encore plusieurs autres personnes dont certaines que la femme-offrande ne connaissait pas du tout.
Boldirinthe ne comprenait absolument pas ce qu’une telle foule pouvait faire dans une chambre de malade, ils étaient probablement tous venus pour proposer leur aide, mais ils étaient trop près de la pauvre enfant, ils faisaient monter la température de la pièce, ils la vidaient de toute ses propriétés vitales. Avec de petits gestes impatients de la main, Boldirinthe chassa vivement tout le monde, sauf Taniane et Sipulakinain dont la présence semblait importante. Elle permit également à la vieille Fashinatanda de rester dans la chambre où, assise dans un coin, elle paraissait ne rien suivre du tout de ce qu’il se passait.
— Où l’a-t-on trouvée ? demanda Boldirinthe.
— Dans la région des lacs. D’après le témoignage de Sipirod, elle était allongée sur le ventre, dans la boue, près d’une petite mare et des animaux formaient un cercle autour d’elle et ne la quittaient pas des yeux. Il y avait des caviandis et des stinchitoles, une petite troupe de scantrins et un couple de gabools. Sipirod m’a dit que le spectacle de ces animaux rassemblés autour d’elle était la chose la plus étonnante qu’elle eût jamais vue. Elle a eu l’impression en les découvrant qu’ils veillaient sur Nialli. Elle devait être là depuis à peu près deux jours, brûlante de fièvre. Elle avait dû boire l’eau de la mare et elle n’avait évidemment rien à manger.