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La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]

Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:

Pendant plus de sept cent mille ans, le Peuple avait vécu dans une caverne profonde, un Nid. Au dehors, la Terre avait été bombardée tout ce temps par une pluie de comètes et d’astéroïdes : un phénomène qui se reproduit sur Terre tous les vingt-six millions d’années et qui est responsable de l’extermination en masse d’espèces, comme jadis les dinosaures.
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
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Toujours pas le moindre signe de Nialli. Hresh est perplexe. Sont-ils venus la chercher dans quelque chariot magique pour franchir en un clin d’œil les milliers de lieues la séparant du Nid ?

Il continue de se diriger vers le nord.

C’est maintenant la Cité de Yissou qui lui apparaît, très loin au nord, blottie telle une tortue craintive à l’abri de son mur titanesque. En quelques instants, il l’a dépassée et il survole Vengiboneeza, ses tours turquoise et cramoisi vibrantes d’un grouillement d’insectes. Il y a un Nid dans la cité, un Nid à la surface du sol, une étrange excroissance grisâtre qui étend ses tentacules au milieu des antiques bâtiments de la Grande Planète, mais toujours pas de Nialli. Hresh s’est élevé à une telle altitude qu’il distingue l’ample courbe dessinée par la côte orientale à mesure qu’il remonte vers les contrées septentrionales. Du sud au nord, le littoral oblique sensiblement vers l’est, de sorte que la Cité de Yissou, beaucoup plus à l’est que Dawinno, n’est pas très éloignée du rivage et que Vengiboneeza, la plus orientale des trois cités, se trouve, elle aussi, au bord de la mer.

Il continue. Il dépasse Vengiboneeza et s’engage dans un territoire où il n’a jamais osé pénétrer qu’en imagination.

C’est la patrie des hjjk. Ils y ont établi leur domination à l’époque de la Grande Planète et n’en ont jamais cédé un pouce, même aux pires moments du Long Hiver, quand des fleuves et des montagnes de glace recouvraient toutes les terres. Ils ont résisté aux conditions climatiques les plus rigoureuses, ils ont réussi à se procurer le nécessaire, quand toutes les autres créatures étaient contraintes de fuir vers le sud plus clément.

Les champs de glace se sont retirés, laissant derrière eux un sol stérile et dénudé. Hresh voit des buttes et des mesas, des replats dominant des terres gris-brun, désertes et lugubres, où ne pousse pas un seul brin d’herbe, des vallées asséchées, striées d’efflorescences salines, un paysage morne et désolé, d’une froide et accablante aridité.

Et pourtant la vie est là.

Le Barak Dayir lui transmet des impulsions irrécusables. Là, là, là : l’indiscutable éclat de la vie. Ce ne sont que de petites étincelles éloignées les unes des autres dans la sinistre étendue qu’il survole, mais elles ont une intensité que rien ne saurait étouffer.

Mais ces étincelles sont produites par des hjjk, uniquement par des hjjk. Rien n’indique une autre présence vivante que celle des hjjk.

Il perçoit les émanations de l’âme des insectes qui vont par deux ou trois, par dix ou vingt, ou même par groupes de quelques centaines d’individus. De petites bandes de hjjk et d’autres beaucoup plus importantes qui traversent les déserts septentrionaux en poursuivant des objectifs que même la Pierre des Miracles ne saurait déchiffrer. Les bandes errantes, disséminées dans l’immensité aride, progressent avec une détermination inébranlable. Hresh sait que rien ne pourrait les arrêter, ni le froid ni la sécheresse, pas plus que le courroux céleste. Ils lui évoquent des planètes parcourant leur orbite immuable dans le ciel. La force qui émane d’eux est terrifiante.

Ce sont les hjjk insensibles, inhumains, que sa race a toujours redoutés, les hommes-insectes implacables, invulnérables, qui ont nourri de toute éternité légendes, mythes et chroniques.

Est-ce chez ces monstres que sa fille est partie pour chercher le lien du Nid et l’amour de la Reine ? Comment a-t-elle pu faire cela ? Quel amour, quelle pitié peut-elle attendre d’eux ?

Et pourtant… Et pourtant…

Il affine ses perceptions, il étend et approfondit le champ du Barak Dayir. Et soudain, à sa profonde stupéfaction, il se fait prendre au piège de ses préconceptions. Il tombe à la vitesse d’une étoile et débouche dans un nouveau champ de conscience, et, de même qu’il a perçu la vie derrière l’absence de vie, il a maintenant le sentiment de percevoir des âmes derrière l’absence d’âme. Il sent la présence du Nid.

D’un grand nombre de Nids, en réalité. Très espacés sur l’immensité des terres arides, ce sont des colonies essentiellement souterraines, de chaudes et confortables galeries rayonnant autour d’un point central dans une douzaine de directions et qui rappellent beaucoup à Hresh le cocon dans lequel sa tribu a passé les sept cent mille ans du Long Hiver. Ils grouillent de hjjk, ils abritent une prodigieuse multitude de hjjk qui se meuvent avec cette résolution, cette détermination qui inspirent une telle horreur au Peuple. Mais cette détermination n’a rien d’inhumain. Il y a au contraire un plan, un principe organisateur, une cohérence interne et chacune de ces millions de créatures agit conformément au rôle qui lui est dévolu. Comme Nialli Apuilana l’avait dit, le jour où elle avait pris la parole devant le Praesidium, les hjjk ne sont assurément pas une simple vermine. Leur civilisation, aussi étrange qu’elle puisse paraître, est riche et complexe, et même glorieuse.

Dans chaque Nid sommeille une Reine, une gigantesque créature somnolente, choyée et bien gardée, autour de laquelle s’organise la vie de la colonie dans toute sa complexité. Hresh sent maintenant la présence des Reines et il est fortement tenté d’effleurer de son esprit celui de l’une d’elles, de s’enfoncer dans cette énorme masse endormie, de pénétrer dans son cerveau puissant pour essayer d’en comprendre le fonctionnement. Mais il n’ose pas. Il n’ose pas. Il se retient, hésitant, mal à l’aise, en proie à l’indécision engendrée par l’âge et par la fatigue. Il se dit qu’il n’est pas venu pour cela, pas encore, pas cette fois.

Son âme vagabonde à la recherche de sa fille. Mais elle ne la trouve pas.

Elle n’est pas là. Elle n’est même pas là.

Alors, peut-être encore plus au nord ? Ce ne sont que des Nids subalternes, des Reines subalternes. Il faut sans doute chercher ailleurs. Il sent l’attraction de la gigantesque capitale qui s’étend au loin, la patrie de la Reine des Reines, pour qui ces énormes créatures immobiles ne sont que des servantes.

Nialli ? Nialli ?

Il poursuit sa route vers le nord. Toujours pas le moindre indice de sa présence. Il sent maintenant que son esprit désincarné s’approche du Nid des Nids qui flamboie à l’horizon comme un autre soleil. Une chaleur terrible, insupportable, s’en dégage. Il en émane l’amour infini, incandescent de la Reine des Reines qui l’attire, qui l’entraîne…

Nialli n’est pas là. Je me suis trompé. Finalement, elle n’est pas partie vers le Nid et moi, j’ai pris la mauvaise direction. Je me suis éloigné de milliers de lieues de l’endroit où j’aurais dû chercher.

Hresh suspend son vol. Le flamboiement cesse de grossir à l’horizon. Il est temps de repartir. Il est allé ce jour-là aussi loin qu’il le pouvait. La Reine des Reines l’appelle, mais il ne répondra pas à son appel, pas cette fois. La tentation est grande pourtant : pénétrer dans le Nid, unir son âme à la sienne, en apprendre un peu plus sur ce qu’est la vie à l’intérieur de la grande ruche des hjjk. Le Hresh d’antan, le jeune Hresh-le-questionneur, ce gamin impossible, n’aurait pas hésité. Mais le Hresh d’aujourd’hui sait qu’il a d’autres responsabilités. La Reine l’attendra bien un peu.

La chaleur du Nid brûle dans sa chair. La chaleur de l’amour de la Reine se répand dans son esprit. Mais, au prix d’un violent effort, il s’oblige à faire demi-tour, il s’éloigne, il entreprend le voyage de retour.

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