Le grand livre [Doomsday Book - fr]
- Автор: Уиллис Конни
- Год: 1994
- Язык: французский
- Год: J’ai lu
- ISBN: 2-277-23761-2
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
La vieille femme serrait son reliquaire entre ses mains jointes et fixait le sommet du jubé, la bouche pincée. Elle ne devait pas approuver le choix du père Roche, bien que ce fût l’emplacement idéal. Les bougies illuminaient le crucifix, le tableau du Jugement dernier et la majeure partie de la nef.
Elles donnaient un aspect différent, plus accueillant, à cette église. Elle se rappela l’année précédente, quand elle avait accompagné Dunworthy à St. Mary, après avoir assisté à la messe de minuit de la Sainte Église Re-Formée qui était dite en latin. Un office qui avait été avancé à quatre heures de l’après-midi car le prêtre devait ensuite aller lire les Évangiles pour la célébration œcuménique.
Agnès toucha sa clochette et Dame Imeyne se tourna et fronça les sourcils. Rosemonde se pencha devant Kivrin pour lui dire :
— Chut !
— Tu ne dois pas t’en servir avant la fin de la messe, murmura Kivrin.
— Je n’ai rien fait ! rétorqua Agnès en un murmure que tous durent entendre. Le ruban est trop serré, vous voyez ?
Kivrin ne voyait rien. D’ailleurs, si cette affirmation avait été exacte, la clochette n’eût pas tinté au moindre mouvement. Elle ne pouvait cependant en discuter avec une enfant épuisée alors que l’office débuterait d’une minute à l’autre. Elle tendit la main vers le nœud.
Il s’était resserré. Agnès avait dû tenter de faire glisser le bracelet. Elle essaya de le dénouer avec les ongles, tout en surveillant les gens regroupés derrière elle. La cérémonie commencerait par une procession. Le père Roche et ses enfants de chœur, s’il en avait, remonteraient l’allée centrale en psalmodiant l’Asperges me.
Kivrin tira sur le ruban. Il serait désormais impossible de le retirer sans le couper mais au moins ne comprimait-il plus le poignet. Elle regarda la porte. La cloche s’était tue mais le père Roche ne revenait pas. La foule massée au fond de l’église l’eût quoi qu’il en soit empêché de passer. Une femme avait juché son enfant sur le tombeau du défunt mari d’Imeyne, bien qu’il n’y eût encore rien à voir.
Elle glissa deux doigts sous le ruban et tira.
— Ne le déchirez pas ! protesta Agnès.
Un nouveau murmure d’aparté théâtral.
Kivrin se contenta de retourner la clochette pour la caler dans la paume de la fillette.
— Tiens-la comme ça, dit-elle.
Agnès referma son poing. Kivrin le couvrit avec l’autre main, en un semblant d’attitude de prière.
— Si tu la serres bien, on ne l’entendra pas.
Agnès colla ses mains à son front, une posture de piété angélique.
— Tu es bien sage, commenta Kivrin.
Elle regarda derrière elle. Les portes étaient closes. Elle poussa un soupir de soulagement et se tourna vers l’autel.
Et le père Roche, qui avait mis une étole brodée et une aube blanche à l’ourlet encore plus effiloché que le ruban d’Agnès. Il tenait un livre et devait attendre qu’elle fût prête pour commencer, mais elle ne lisait sur son visage ni reproches ni impatience. Il lui fit penser à M. Dunworthy, lorsqu’il l’avait observée derrière la baie vitrée.
Dame Imeyne se racla la gorge et il se reprit. Il tendit le missel à Cob — en robe crasseuse et chaussures de cuir bien trop grandes pour lui — puis s’agenouilla devant l’autel. Il reprit le missel pour lire le lectionnaire.
Kivrin récitait le texte avec lui. Elle le pensait en latin et l’écho de la traduction résonnait à l’intérieur de son crâne.
— Qui avez-vous vu, ô bergers ? récita le père Roche au début du répons. Dites-nous qui est apparu sur la terre.
Il s’interrompit et regarda Kivrin en fronçant les sourcils.
Il a oublié la suite, s’inquiéta-t-elle. Imeyne avait relevé la tête, l’expression menaçante, les mâchoires serrées sous sa guimpe de soie.
Le père Roche la fixait toujours.
— Parlez, qu’avez-vous vu ? Dites-nous qui est apparu.
Il se trompait. Elle articula la phrase suivante, dans l’espoir qu’il la lirait sur ses lèvres :
— Nous avons vu l’Enfant nouveau-né.
Il ne parut pas assimiler la teneur du message.
— J’ai vu…
— Nous avons vu l’Enfant nouveau-né, murmura-t-elle.
Et elle sentit les yeux d’Imeyne se poser sur elle.
— Et des anges qui chantaient les louanges du Seigneur, disait le père Roche.
Une erreur de plus. Imeyne se détourna pour reporter sa désapprobation sur le prêtre.
Elle rapporterait certainement à l’évêque qu’il avait des trous de mémoire, un ourlet effiloché et Dieu sait quoi encore.
— Parlez, qu’avez-vous vu ? fit-il d’une voix plus forte. Et parlez-nous de la naissance du Christ. Nous avons vu l’Enfant nouveau-né et des anges qui chantaient les louanges du Seigneur.
Il commença le Confiteor, que Kivrin murmura avec lui. Mais il ne sauta aucun passage et elle se détendit. Elle ne s’inquiéta à nouveau que lorsqu’il approcha de l’autel pour l’Oramus Te.
Il avait sous son aube une soutane noire, des vêtements de qualité mais bien trop courts pour lui. Elle vit deux bons centimètres de son haut-de-chausses élimé lorsqu’il se pencha vers l’autel. Ces effets avaient dû appartenir à son prédécesseur, ou à l’aumônier défunt d’Imeyne.
Le prêtre de la Sainte Église Re-Formée avait enfilé une aube en polyester sur un pull marron et des jeans. Il affirmait qu’il respectait la tradition à la lettre. L’antienne datait du XVIIIe siècle et les stations aux détails macabres du chemin de croix étaient des copies fidèles des originaux de Turin. Mais l’église avait été reconvertie en papeterie et il avait utilisé une table pliante en guise d’autel pendant que le carillon de Carfax massacrait « C’est Noël, joie sur la Terre ».
— Kyrie eléison, dit Cob, les mains jointes.
— Kyrie eléison, dit le père Roche.
— Christe eléison, dit Cob.
— Christe eléison, dit Agnès d’une voix forte.
Kivrin lui fit signe de se taire en levant son index à ses lèvres. Seigneur, ayez pitié de nous. Christ, ayez pitié de nous.
Ils avaient récité le Kyrie, lors de l’office œcuménique, le résultat d’un compromis entre le prêtre de la Sainte Église Re-Formée et le vicaire, en échange du changement d’horaire de la messe. Le ministre de l’Église Millénariste avait refusé de le réciter et gardé une expression désapprobatrice jusqu’à la fin. Comme Dame Imeyne.
Le père Roche dit le Gloria et le graduel sans bafouiller et passa à l’Évangile.
— Inituim sancti Envangelii secundum Luc, fit-il avant de dire en latin : En ces jours-là fut publié un édit de César Auguste, pour le recensement de toute la terre.
Le vicaire avait lu les mêmes versets, mais dans la Bible du Peuple imposée par l’Église Millénariste. Ils commençaient par : « Alors, les politicards votèrent de nouveaux impôts pour grever plus lourdement encore les masses laborieuses », mais c’était le même passage que récitait le père Roche.
— Au même instant, se joignit à l’ange une troupe de la milice céleste, louant Dieu et disant : « Gloire, dans les hauteurs, à Dieu ! Et, sur la terre, paix aux hommes, objets de la bienveillance divine ! »
Il déposa un baiser sur l’évangile.
— Per evangelica dicta deleantur nostro delicta.