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Les martiens [The Martians - fr]

Электронная книга - «Les martiens [The Martians - fr]». Краткое содержание книги:

D’une mission d’entraînement en Antarctique aux terrifiantes tempêtes de sable qui balaient les canyons désolés de la planète rouge, Les Martiens met en scène toute une galerie de personnages ayant joué un rôle dans cette histoire de la colonisation de la planète soeur magistralement décrite par Kim Stanley Robinson dans sa trilogie martienne, d’ores et déjà saluée comme l’un des grands classiques de la science-fiction.
Depuis l’épopée des Cent — les premiers explorateurs —, ce sont des générations d’hommes et de femmes qui ont transformé en colonie durable ce qui n’était au départ qu’un avant-poste à l’existence bien ténue. Les expéditions internationales qui se sont succédé ont débouché sur la création d’un monde. Celui-ci a connu une évolution inéluctable, avec son cortège de luttes politiques, de révolutions et de conflits armés.
A une époque où la longévité est de l’ordre d’un siècle et demi, Les Martiens raconte l’épopée de générations d’humains vivant aux limites de la frontière ultime, où les paysages façonnés par les hommes sont sans cesse en butte aux monstrueux caprices de la nature.
Les Martiens, c’est la chronique épique d’une planète qui représente l’un des recours les plus plausibles de l’humanité. A l’horizon 2050, autrement dit demain…
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Quand elle commença à marcher, elle devint moins hargneuse. Son caractère s’arrangea un peu. Elle apprit aussi très vite à manger toute seule. Elle refusait les chaises hautes, les sièges surélevés ou tous ces trucs de bébé qui étaient autant d’affronts à sa dignité. Une fois qu’elle sut se débrouiller toute seule, elle se mit encore plus en danger qu’avant. Elle mangeait n’importe quoi. Quand je changeais ses couches, je retrouvais du sable, de la terre, des petits cailloux, des racines, des brindilles, de petits jouets – n’importe quoi. C’était un vrai merdier ! Et elle se débattait comme une folle quand j’essayais de la changer. Pas toujours, mais la moitié du temps au moins. C’était comme ça pour toutes les petites tâches de la vie quotidienne : changer de vêtements, se laver les dents, prendre son bain, sortir du bain – la moitié du temps, elle était très coopérative, l’autre moitié, elle n’était pas d’accord et c’était la bagarre. Et si vous lui laissiez prendre le dessus, c’était pire la fois d’après. Vous lui donniez la main et elle vous prenait le bras.

Je suppose que c’est en mangeant de la terre qu’elle s’est rendue malade. Elle a attrapé une variété du virus de Guillain-Barré, mais nous ne le savions pas à l’époque. Nous avons seulement constaté qu’elle avait quarante de fièvre et elle est restée complètement paralysée pendant six jours. Je ne pouvais pas le croire. J’étais encore sous le choc quand elle s’en est sortie et qu’elle a recommencé à bouger – à se tortiller, d’abord, et puis tout le reste. J’étais incroyablement soulagée. Mais je dois admettre qu’après ça elle a été pire que jamais. Ses crises duraient une heure, et si vous l’enfermiez seule dans une pièce, elle s’arrangeait pour tout démolir. Elle s’est cassé les deux mains. Il fallait rester avec elle pour la surveiller. Un moment, j’envisageai sérieusement de capitonner les murs de sa chambre.

Et puis elle était terrible avec les autres enfants. Elle fonçait sur eux et elle les jetait par terre, comme à titre expérimental. Ça n’avait rien de personnel, ce n’était pas de la méchanceté. On aurait plutôt dit qu’elle était dérangée. En fait, par la suite, nous nous sommes demandé si elle n’avait pas eu un problème de perception après sa maladie ; elle était peut-être plus près des choses qu’elle ne le pensait. Alors quand elle s’intéressait à quelqu’un, boum ! elle lui rentrait dedans. À la crèche, c’était une petite anarchiste guillerette, sauf qu’il fallait tout le temps s’occuper d’elle et je m’en voulais de la leur imposer. Mais j’avais besoin de travailler, je ne pouvais pas être tout le temps avec elle, alors j’étais bien obligée de la leur laisser. Ils ne se plaignirent pas. Pas directement.

Plus elle apprenait à maîtriser le langage, plus elle s’opposait. Le premier mot qu’elle apprit à dire fut NON, et ce fut son mot préféré pendant des années. Elle le disait avec une intense conviction. Les questions-pièges recevaient les NON les plus fermes. Tu veux sortir du bain ? Non. Tu veux lire un livre ? Non. Tu veux du dessert ? Non. Tu veux dire non ? NON.

Elle apprit à parler si vite que je ne me souviens pas vraiment comment c’est arrivé. Pendant quelques mois, elle ne sut dire que quelques mots, et puis, d’un seul coup, elle put dire tout ce qu’elle voulait. D’une certaine façon, elle parut plus détendue, après. Quand elle était de bonne humeur, c’était vraiment bien, et ça durait plus longtemps. Elle était si mignonne que c’en était presque insupportable. Ça doit être une sorte de mécanisme évolutif qui vous empêche de les tuer. Elle était sans cesse en mouvement, elle sautait partout, toujours à la recherche de quelque chose à faire ou d’un endroit où aller. Elle se prit de passion pour les tramways et les camions, et elle criait « Camion ! » ou « Tramway ! ». Une fois, j’étais toute seule, dans le tram ; j’ai vu un camion et j’ai dit : « Ooh, le gros camion ! » Je vous prie de croire que les gens qui étaient assis à côté de moi m’ont regardée d’un drôle d’air.

Mais elle avait toujours un fichu caractère. Maintenant, quand elle se mettait en colère, elle vous engueulait, elle vous tapait dessus et elle vous lançait des choses. Elle vous disait les choses les plus méchantes qui lui passaient par la tête. « Va-t’en ! » « Je ne t’aime pas ! » « Tu n’es pas mon amie ! » « Tu n’es pas ma maman ! » « Tu n’es rien ! » « Je ne t’aime plus ! » « Je te déteste ! » « Tu es morte ! » « Va-t’en ! » On ne pouvait pas s’empêcher de rire tellement c’était basique.

En public, ça pouvait être très embarrassant. Souvent, quand je l’emmenais en promenade, elle regardait quelqu’un qui se trouvait tout près et elle lançait tout haut : « Je n’aime pas ce type ! » Et elle ajoutait parfois : « Va-t’en. »

« Sois polie, Zo, disais-je alors, avec un regard d’excuse, en essayant de faire comprendre qu’elle faisait ça à tout le monde. Ce n’est pas gentil. »

Après une enfance pareille, quand elle entra dans l’adolescence, cet âge terrible, ça ne fit pas beaucoup de différence. Ce fut juste encore un peu plus dur par certains côtés. À certains moments, il était presque impossible de parler avec elle. J’avais l’impression de vivre avec une psychotique. Je passais chaque journée comme dans les montagnes russes avec des grands moments exaltants et des crises de hurlements. Quoi qu’on lui dise de faire, elle commençait par se demander si elle avait envie d’obéir ou non. Généralement, la seule idée qu’on lui dicte son comportement l’offensait et elle optait pour la méfiance, par principe. Elle faisait souvent le contraire de ce qu’on lui disait. Je devais tout prévoir, ou je risquais de gros ennuis. Je devais décider si ça valait la peine ou non de lui dire de faire quelque chose, si c’était vraiment important. Dans ce cas, je devais me préparer à un vrai mélodrame. Une fois je lui ai dit : « Zo, ne tape pas comme ça sur la table », et elle l’a flanquée par terre avant que j’aie eu le temps de l’en empêcher, cassant le pichet à eau et le plateau de la table, qui était en verre. Elle a ouvert de grands yeux ronds, mais elle n’avait aucun regret. Elle était furieuse contre moi, comme si je l’avais piégée. Elle eut même envie de casser autre chose pour voir comment ça marchait.

Tous ces paroxysmes étaient constants, dans un sens comme dans l’autre. Parce que ça pouvait être un vrai bonheur quand elle était de bonne humeur. Nous explorâmes Mars, comme John, au début. Jamais, même pas avec Sax, Vlad ou Bao Shuyo, je n’ai eu plus fortement l’impression d’être en présence d’une intelligence brillante que lorsque je me promenais avec elle dans les landes ou dans les rues d’une ville, quand elle avait trois ans à peu près. C’était comme s’il y avait là quelqu’un qui observait le monde avec intensité et qui effectuait des rapprochements plus rapides que dans mes rêves les plus fous. Elle riait de tout, tout le temps, souvent pour des raisons qui m’échappaient, et elle était si belle, quand elle riait. Elle avait toujours été une enfant exceptionnellement belle, mais quand elle riait elle avait une beauté qui, alliée à l’innocence, vous serrait le cœur. La façon dont nous nous acharnons à détruire cette qualité est le grand crime de l’humanité, inlassablement répété.

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