Les martiens [The Martians - fr]
- Автор: Робинсон Ким Стэнли
- Серия: Mars (fr) #4
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Presses de la Cit
- ISBN: 2-258-05422-2
- Переводчик: Dominique Haas
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Les martiens [The Martians - fr]». Краткое содержание книги:
Depuis l’épopée des Cent — les premiers explorateurs —, ce sont des générations d’hommes et de femmes qui ont transformé en colonie durable ce qui n’était au départ qu’un avant-poste à l’existence bien ténue. Les expéditions internationales qui se sont succédé ont débouché sur la création d’un monde. Celui-ci a connu une évolution inéluctable, avec son cortège de luttes politiques, de révolutions et de conflits armés.
A une époque où la longévité est de l’ordre d’un siècle et demi, Les Martiens raconte l’épopée de générations d’humains vivant aux limites de la frontière ultime, où les paysages façonnés par les hommes sont sans cesse en butte aux monstrueux caprices de la nature.
Les Martiens, c’est la chronique épique d’une planète qui représente l’un des recours les plus plausibles de l’humanité. A l’horizon 2050, autrement dit demain…
Ce qui est sûr, c’est que, grâce à ces rires et cette beauté, je supportais beaucoup plus facilement ses crises de nerfs. On ne pouvait pas faire autrement que de l’aimer, elle était tellement passionnée. Quand elle explosait et qu’elle se jetait par terre en hurlant, en trépignant et en se tordant, je me disais : Bah, c’est Zo. Elle est comme ça. Pas de quoi en faire une histoire. Même ses « Maman, je te déteste ! » n’étaient pas personnels, pas vraiment. C’était juste qu’elle était passionnée. Je l’aimais tant.
Voir Nirgal n’en était que plus pénible. Quel contraste… Je m’occupais de Zo, semaine après semaine, épuisée la plupart du temps, et lui, il passait, toujours aussi vague, agréable et aérien, l’ami de tout le monde, doux et un peu distant. Un peu comme Hiroko. Eh oui, c’était le père de Zo, je l’avoue, maintenant, mais qui aurait pu imaginer qu’elle avait le moindre rapport avec lui, si doux et gai ? Il aurait pu être le Grand Martien, c’est ce que les gens semblaient penser, en tout cas, mais il n’était rien pour elle, je peux vous le dire. Une fois, il est arrivé et tout le monde lui faisait des ronds de jambe – la routine, quoi. Ils étaient tous attirés par lui comme par une sorte de miroir magique. Zo lui a jeté un coup d’œil, s’est tournée vers moi et m’a dit :
— Je n’aime pas ce type.
— Zo…
Un coup d’œil noir, et :
— Va-t’en !
— Zo, sois gentille !
Et j’ajoutai, en le regardant :
— Elle est comme ça avec tout le monde.
Aussitôt, elle courut vers Charlotte et se cramponna à ses jambes des deux bras, en me regardant. Tout le monde se mit à rire et elle se renfrogna. Elle ne s’attendait pas à cette réaction.
— D’accord, dis-je. Elle fait ça avec la moitié des gens et elle fait des mamours à l’autre moitié. Mais les moitiés n’arrêtent pas de changer.
Nirgal hocha la tête et la regarda en souriant, mais il eut encore l’air surpris quand elle répéta tout fort :
— Je n’aime pas ce type.
— Zo, arrête ça ! Sois polie.
Avec le temps, avec les années, je veux dire, elle se poliça un peu. Le monde finit par vous user, vous abraser, on acquiert un vernis de civilisation sur son moi profond. Mais comme je l’aimais quand elle était un petit animal, et qu’on voyait juste ce qu’elle était au naturel ! Comme je l’aimais, alors. Ces jours-ci, nous nous retrouvons pour manger, et elle est la jeune femme la plus arrogante et la plus dédaigneuse qui se puisse imaginer, incroyablement imbue d’elle-même, elle me toise d’une hauteur inimaginable, et moi je la regarde et je ris et je me dis : Tu te crois dure, hein ? tu aurais dû te voir quand tu avais deux ans.
Entretenir la flamme
Une fois, au cours de ses longues courses dans la nature – à cette époque, il avait renoncé à chercher Hiroko mais pas encore au mouvement de la quête –, Nirgal traversa la grande forêt sombre de Cimmeria, au sud d’Elysium. Il avançait plus lentement dans la forêt. Le soleil dardait ses rayons à travers l’épaisse frondaison des pins et des tilleuls, crevait le sous-bois de bouleaux et de pins de Hokkaïdo, et des pinceaux de lumière éblouissante tachetaient les coussins de mousse sombre, les frondes des fougères, les pousses d’oignons sauvages et les tapis de lichen d’un vert électrique. Entre les ombres et les myriades de colonnes parallèles de lumière huileuse, il courait sans forcer, depuis des jours, perdu mais confiant, sûr qu’en allant plus ou moins vers l’ouest il finirait bien par sortir de la forêt et par tomber sur le Grand Canal. Le silence de la forêt n’était rompu que par le pépiement des oiseaux, les soupirs métalliques du vent dans les aiguilles des pins et, à deux reprises, l’appel modulé de coyotes ou de loups, dans le lointain. Une fois, une grosse bête, qu’il ne vit pas, traversa bruyamment les fourrés. Il courait depuis soixante jours.
Seuls le ralentissaient les anneaux de cratères bas, érodés, enfouis sous des couches d’humus et de mousses, de cailloux et de feuilles mortes. C’étaient pour la plupart des cratères sans lèvre. Il les longeait en courant, et il arrivait généralement, plus bas, à l’arc d’une chambre ronde. Il distinguait alors, à travers les branches, un lac rond, peu profond, au milieu d’une prairie. Il le contournait et poursuivait son chemin. Et puis, dans une de ces petites prairies en contrebas, il tomba sur les ruines d’un temple de pierre blanche.
Il dévala la pente douce, s’approcha lentement, d’un pas hésitant. La pierre était de l’albâtre, très blanc. Ça lui rappela le village de pierre blanche des Medusa Fossae. On aurait dit un temple grec, si ce n’est qu’il était rond. Douze minces colonnes ioniques blanches, faites de tonneaux de pierre empilés, disposés autour du socle comme les chiffres d’une horloge. Pas de toit, ce qui accentuait la ressemblance avec un temple grec, ou un arrangement de menhirs comme Stonehenge. Les fissures du socle étaient envahies par les lichens.
Nirgal en fit le tour, le traversa, soudain conscient du silence. Il n’y avait pas un souffle de vent, pas un chant d’oiseau, pas un bruit dans les fourrés. Le monde s’était arrêté. Apollon aurait pu sortir de l’ombre. Quelque chose, peut-être simplement la blancheur des colonnes, lui fit penser au dôme de Zygote, dans ce lointain passé qui lui faisait maintenant l’impression d’un conte de fées, un conte dont le héros aurait été un enfant élevé par une mère animale. L’idée que ce conte de fées d’un lointain passé et le moment dans lequel il vivait faisaient partie de la même vie – de sa vie – était tout simplement impensable pour lui. Il ne pouvait imaginer comment il se sentirait dans un siècle ou deux, en d’autre termes comment se sentaient maintenant Nadia, Maya et les autres issei…
Quelque chose remua, et il sursauta. Mais ce n’était rien. Il secoua la tête, effleura la surface lisse, fraîche, d’une colonne. Une trace humaine dans la forêt. Deux traces humaines : le temple et la forêt. Dans cet ancien cratère érodé.
Deux hommes âgés apparurent à l’autre bout de la clairière. Ils venaient vers le temple. Ils n’avaient pas vu Nirgal. Son cœur bondit dans sa poitrine tel un enfant tentant de fuir…
C’étaient des étrangers. Il ne les avait jamais vus. Deux vieux de type caucasien, chauves, ridés. Un petit, un grand.
Ils le regardaient maintenant avec méfiance.
— Salut ! dit-il.
Ils s’approchèrent. L’un d’eux tenait un pistolet à fléchettes pointé vers le sol.
— Qu’est-ce que c’est que cet endroit ? demanda Nirgal.
L’un des deux hommes s’arrêta, retint l’autre par le bras.
— Vous ne seriez pas Nirgal, des fois ?
Nirgal hocha la tête.
Ils échangèrent un coup d’œil.
— Venez chez nous, dit celui qui avait pris la parole. Nous vous le dirons là-bas.
Ils repartirent à travers la forêt vers le bord du cratère où se dressait une petite cabane de rondins au toit d’ardoises rouge sombre. Les hommes emmenèrent Nirgal dans leur maison, et il dut se pencher pour passer sous le linteau de la porte.