Les martiens [The Martians - fr]
- Автор: Робинсон Ким Стэнли
- Серия: Mars (fr) #4
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Presses de la Cit
- ISBN: 2-258-05422-2
- Переводчик: Dominique Haas
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Les martiens [The Martians - fr]». Краткое содержание книги:
Depuis l’épopée des Cent — les premiers explorateurs —, ce sont des générations d’hommes et de femmes qui ont transformé en colonie durable ce qui n’était au départ qu’un avant-poste à l’existence bien ténue. Les expéditions internationales qui se sont succédé ont débouché sur la création d’un monde. Celui-ci a connu une évolution inéluctable, avec son cortège de luttes politiques, de révolutions et de conflits armés.
A une époque où la longévité est de l’ordre d’un siècle et demi, Les Martiens raconte l’épopée de générations d’humains vivant aux limites de la frontière ultime, où les paysages façonnés par les hommes sont sans cesse en butte aux monstrueux caprices de la nature.
Les Martiens, c’est la chronique épique d’une planète qui représente l’un des recours les plus plausibles de l’humanité. A l’horizon 2050, autrement dit demain…
5.2.2 Cette clause a rencontré étonnamment peu de résistance au congrès. Un choix facile, comme disait Art.
6 Le traitement du sol est fondamental pour tous les gouvernements soucieux de permaculture, ainsi, cela va de soi, que la préservation de la biosphère dans l’intérêt des générations futures. La société est « un partenariat non seulement entre les vivants, mais entre les vivants, les morts et ceux à naître » (Edmund Burke). C’est pourquoi nous devons prendre soin du sol.
7 Quatorze amendements ont été votés au cours des vingt dernières années martiennes, c’est-à-dire depuis que la constitution est entrée en vigueur. La plupart remédient aux contradictions inhérentes à la constitution, ou entre les directives locales et globales, ou révisent les lois sur le terraforming afin qu’elles entrent dans le cadre des conditions actuelles.
8 Mesure votée le 11 octobre, M-52, par 78 % de voix pour et 22 % contre. Maintenant appliquée avec succès depuis vingt et une années martiennes.
À ce stade, je crois que la constitution peut être considérée comme une réussite. Ceux qui prétendaient à l’époque que l’idée de constitution était anachronique et superflue n’avaient pas compris sa fonction : être moins une loi « finie », statique, qui résoudrait à jamais toutes les contradictions sociales, qu’un moyen de structurer la discussion, une incitation à plus de justice. Malgré les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre des sections plus vagues ou plus radicales du document, je crois que, comme ses grands prédécesseurs américain ou suisse, dans cette mesure, il a réussi.
La forme de gouvernement impliquée par cette constitution pourrait être appelée polyarchie. Le pouvoir est réparti entre un grand nombre d’institutions et d’individus, dans un réseau de contrôles et de réajustements qui réduit toute possibilité d’oppression par quelque hiérarchie que ce soit. Les finalités de la constitution, telles qu’énumérées dans le préambule, se résument à la justice et à la divergence pacifique. Là où elles sont obtenues, tout le reste suivra.
Évidemment, depuis, la constitution a été quelque peu refoulée à l’arrière-plan par l’énorme corpus législatif et toutes les pratiques informelles qui s’y sont attachées, et qui régulent les activités quotidiennes de la plupart des Martiens. Mais il ne faut pas s’en plaindre ; c’était sa fonction dès le départ.
Dans mon esprit, la constitution a été écrite pour donner aux gens l’impression que la façon dont ils géraient leurs affaires n’était en aucun cas « naturelle » ou gravée dans le marbre ; les lois et les gouvernements ont toujours été des inventions artificielles, des pratiques, des habitudes. Ils peuvent changer, ils ont changé, ils changeront toujours. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas essayer de les améliorer encore. Et c’est ce que nous avons fait. Ce qu’il en adviendra à long terme, personne ne peut le dire. Mais je pense que c’était un bon début.
Zo, par Jackie
Ça ne m’a pas paru très pénible, mais on m’a fait une péridurale, alors… C’était comme une épreuve d’athlétisme extrêmement ardue que je ne pouvais pas refuser de faire. Je vis les regards condescendants quand je parlai de péridurale, mais moi je dis que nous sommes des animaux terrestres, et ce n’est pas parce qu’on enfante sur une autre planète qu’on n’aurait pas droit à un minimum d’aide de la médecine. Vouloir accoucher selon les méthodes ancestrales relève, même sur Mars, d’une sorte de machisme sans intérêt pour moi.
Elle a toujours été dure, depuis le tout début. On me l’a sortie du ventre, on me l’a posée sur la poitrine et j’ai vu cette petite figure toute rouge qui me regardait droit dans les yeux en poussant des hurlements indignés. Elle était furieuse, ça se voyait aussi clairement que si elle avait été bien plus âgée. Il n’y a aucun doute pour moi qu’on est conscient dans le ventre de sa mère, au moins pendant les derniers mois de sa réclusion, perdu dans des pensées sans paroles pour les exprimer, comme un genre de musique, ou de méditation. Alors on sort avec un caractère déjà formé, intact, complet, et après, on ne change plus. Et de fait, elle a été furieuse pendant des années et des années.
Elle tétait voracement et elle pleurait. On aurait dit qu’elle était inconsolable. Elle dormait mal, elle hurlait dans son sommeil comme elle hurlait en plein jour, elle se réveillait épouvantée par ses propres hurlements et elle hurlait encore plus. Je me suis souvent demandé de quoi elle pouvait bien rêver pour avoir peur comme ça. Depuis des milliers d’années, on dit que ce sont des coliques, mais personne ne sait ce que c’est. Il y en a qui disent que c’est la lente adaptation du système digestif à l’ingestion de nouvelles substances chimiques. À voir comment elle se tortillait, je pense qu’il y a du vrai là-dedans. Mais je pense aussi qu’elle en voulait surtout au monde entier d’avoir été éjectée de mon ventre. Qu’elle était furieuse de l’injuste privation de cette béatitude océanique narcissique. Elle se souvenait de mon ventre. Même plus tard, lorsqu’elle eut oublié qu’elle s’en souvenait, elle ne cessa de faire tout ce qui était en son pouvoir pour y retourner. C’est toute l’histoire de Zo, en réalité.
Ses coliques me rendaient dingue. Je ne pouvais rien faire pour la soulager ou pour l’empêcher de crier. Rien ne marchait, et je vous prie de croire que j’ai tout essayé. Tout ce qui m’est passé par la tête, parce que ça m’exaspérait à un point que vous ne pouvez imaginer. Il lui arrivait de crier pendant dix heures d’affilée. C’est long, dix heures de hurlements de bébé. La seule chose qui marchait un tout petit peu, c’est quand je la tenais, une main sous ses fesses, l’autre derrière sa tête et son cou, et que je la berçais très vite, comme dans une balançoire. Ça la faisait taire, et elle avait même l’air d’aimer ça, ou au moins d’être intriguée. En tout cas, elle arrêtait de hurler. Mais un jour que je faisais ça, une Arabe s’est approchée de moi, a tendu la main et m’a dit :
— Je vous en prie, vous ne devriez pas faire ça, vous allez faire mal au bébé.
— Je lui tiens la tête, répondis-je, en lui montrant.
— Quand même, ils ont le cou si fragile, insista-t-elle, tout énervée, presque affolée.
— Elle aime ça. Je sais ce que je fais.
Mais je ne recommençai jamais. Et je pensai par la suite au courage qu’il faut pour faire à quelqu’un qu’on ne connaît pas des remontrances sur sa façon de s’occuper de ses enfants.
Si la théorie des quatre tempéraments de Michel est fondée, ce dont je doute, alors c’était une colérique. Boudeuse – comme Maya, oui. Pareille. Cette similitude m’ennuyait moins qu’on ne pourrait le penser. J’aimais beaucoup plus Maya qu’elle ne m’aimait – comment ne pas l’aimer, on aurait dit un personnage de Sophocle –, mais elle cherchait tout le temps la bagarre, et je n’étais pas du genre à me laisser marcher sur les pieds. C’était comme avec Zo. Tout est question de biochimie – son humeur, je veux dire. C’est aussi ce que disait Michel, en fait, avec toutes ses corrélations biologiques. Les quatre tempéraments, bien sûr, sauf qu’il y en a quarante, ou quarante mille. Peut-être plus ou moins regroupés dans ses quatre catégories, qui sait. En tout cas, Zo était une colérique à l’état pur.
Elle était extrêmement frustrée, jusqu’à un an, de ne pouvoir ni parler ni marcher. Elle nous voyait tous faire ça, et elle aurait bien voulu en faire autant. Elle est tombée un million de fois, comme une poupée à la tête trop lourde. J’avais toujours un stock de sparadrap sur moi. J’avais toute une trousse de secours, en réalité. Elle babillait sur un ton autoritaire avec tout le monde, mais comme on ne la comprenait pas, ça la rendait furieuse. Elle vous arrachait les choses des mains. Elle flanquait sa tasse, sa cuillère, son assiette par terre, ou elle vous les jetait. Il fallait voir comment elle vous lançait ça, et parfois, elle faisait mouche. Elle vous flanquait des coups de tête avec le derrière de son crâne – deux fois, elle m’a fendu la lèvre, et puis j’ai appris à être plus rapide qu’elle, ce qui la mettait en rogne. Elle se jetait par terre de tout son long et elle tapait du poing et elle trépignait. Et elle braillait. J’avais du mal à ne pas rire de ces crises, mais j’évitais généralement de lui faire voir que je prenais ça à la rigolade, parce que ça la rendait vraiment folle et que son visage devenait d’un violet inquiétant. Alors j’essayais de ne rien montrer. J’appris à l’ignorer. « Oh, c’est encore Zo qui fait son truc, disais-je. C’est comme un orage électrique qui parcourt son système nerveux. Il n’y a rien à faire. Il faut attendre que ça passe. »