L'apprenti [Prentice Alvin - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Alvin le faiseur #3
- Год: 1993
- Язык: французский
- Год: L'Atalante
- ISBN: 2-905158-70-0
- Переводчик: Patrick Couton
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «L'apprenti [Prentice Alvin - fr]». Краткое содержание книги:
Nous sommes dans les années 1800, sur la terre de pionniers américains. Mais dans ce monde parallèle opèrent charmes et sortilèges, on y possède des « talents » à la dimension de pouvoirs et, les ombres de présences bienveillantes ou maléfiques rôdent dans la nature. Un récit magique et flamboyant où l’enjeu n’est rien moins que le destin du monde.
Une fois les courses déposées à l’auberge, il était presque l’heure pour Alvin et Arthur d’aller prendre leur leçon chez mademoiselle Lamer, aussi se dirigèrent-ils vers la resserre en se lançant des boules de neige en cours de route. Alvin s’arrêta à la forge pour donner le cahier de livraisons à Conciliant. Mais le forgeron avait dû partir tôt parce qu’il n’y était pas ; Alvin rangea le cahier sur l’étagère près de la porte, où Conciliant saurait bien le chercher. Puis Arthur et lui reprirent leur bataille de boules de neige jusqu’au retour de mademoiselle Lamer.
Le docteur Whitley Physicker la ramenait dans son traîneau couvert et il descendit de son siège pour l’accompagner jusqu’à sa porte. Lorsqu’il s’aperçut de la présence d’Alvin et d’Arthur qui attendaient, il parut un peu ennuyé. « Ne croyez-vous pas, jeunes gens, que mademoiselle Lamer a suffisamment donné de leçons par une journée pareille ? »
Mademoiselle Lamer posa une main sur le bras du docteur Physicker. « Merci de m’avoir ramenée chez moi, docteur Physicker, dit-elle.
— J’aimerais que vous m’appeliez Whitley.
— Vous êtes bien aimable, docteur, mais je crois que votre titre honorifique me convient mieux. Quant à ces élèves, c’est par mauvais temps que je les fais le mieux travailler, je m’en suis aperçue, car ils ne rêvassent pas d’aller nager à la mare.
— Pas moi ! cria Arthur Stuart. Comment vous épelez « championnat » ?
— C.H.A.M.P.I.O.N.N.A.T, fit mademoiselle Lamer. Où as-tu bien pu entendre ce mot ?
— C.H.A.M.P.I.O.N.N.A.T, répéta Arthur Stuart… avec la voix de mademoiselle Lamer.
— Ce gamin est vraiment remarquable, dit Physicker. Un oiseau moqueur, je dirais.
— Un oiseau moqueur reproduit le chant, dit mademoiselle Lamer, mais il ne le comprend pas. Arthur Stuart répète peut-être les lettres avec ma voix, mais il connaît réellement le mot et il peut le lire ou l’écrire quand il le veut.
— J’suis pas un oiseau moqueur, dit Arthur Stuart. J’suis un championnat d’orthographe. »
Le docteur Physicker et mademoiselle Lamer échangèrent un regard dont Alvin ne comprit pas à première vue tout le sens.
« Très bien, fit le docteur Physicker. Étant donné que je l’ai effectivement inscrit en tant qu’élève particulier – sur votre insistance –, il pourra participer au championnat d’orthographe du comté. Mais n’espérez pas le mener plus loin, mademoiselle Lamer !
— Vos raisons sont toutes excellentes, docteur Physicker, et je suis donc d’accord. Cependant, mes raisons…
— Vos raisons sont les plus fortes, mademoiselle Lamer. Et je ne peux m’empêcher de me réjouir à l’avance de la consternation de ceux qui ont insisté pour l’écarter de l’école, quand ils le verront faire aussi bien que des enfants du double de son âge.
— Consternation, Arthur Stuart, dit mademoiselle Lamer.
— Consternation, répéta Arthur. C.O.N.S.T.E.R.N.A.T.I.O.N.
— Bonsoir, docteur Physicker. Entrez, jeunes gens. C’est l’heure de la classe. »
Arthur Stuart remporta le championnat d’orthographe grâce au mot « commémoration ». Puis mademoiselle Lamer le retira aussitôt de toute compétition ultérieure ; un autre enfant le remplacerait pour l’épreuve d’État. En conséquence, on ne parla guère de lui, sauf entre habitants du pays. Et aussi dans un bref article du journal de Hatrack River.
Le shérif Pauley Wiseman plia la page du journal, adjointe d’un petit billet, et glissa le tout dans une enveloppe adressée au révérend Philadelphia Thrower, Croisade des Droits de Propriété, 44, rue Harrison, Carthage City, Wobbish. Il fallut deux semaines avant que Thrower ne déplie cette page de journal sur son bureau, en même temps que le billet qui disait simplement :
Enfant arrivé durant l’été 1811, âgé de quelques semaines à vue de nez. Reste à l’auberge d’Horace Guester, Hatrack River.
Adoption vaut rien m’est avis si le gamin est un marronneur.
Pas de signature, mais Thrower en avait l’habitude sans pour autant le comprendre. Pourquoi chercher à dissimuler son identité quand on participe à une œuvre de justice ? Il écrivit à son tour une lettre qu’il envoya dans le Sud.
Un mois plus tard, Chicaneau Planteur lut la lettre à deux pisteurs. Puis il leur tendit les capsules qu’il avait conservées toutes ces années, celles d’Hagar et de son enfant Ishmael qu’elle lui avait volé. « On sera d’retour avant l’été, dit le pisteur aux cheveux bruns. S’il est à vous, on l’aura.
— Alors vous aurez gagné votre salaire, avec une belle prime en plus », dit Chicaneau Planteur.
XVIII
Les menottes
Au début du printemps, deux mois avant qu’Alvin prenne ses dix-neuf ans, Conciliant Smith vint le trouver et lui dit : « Va être temps d’commencer un ouvrage de réception pour passer compagnon, Al, tu crois pas ? »
Ces mots chantèrent comme le chant de l’oiseau rouge aux oreilles d’Alvin, qui ne put guère répondre que par un hochement de tête.
« Alors, qu’esse t’as idée d’faire ? demanda le patron.
— J’pensais à p’t-être un soc de charrue, dit Alvin.
— Ça prend beaucoup d’fer. Faut un moule parfait, et c’est pas facile d’en fabriquer un. Tu m’demandes de risquer une masse de métal, mon gars.
— Si j’y arrive pas, vous pourrez toujours le r’fondre. »
Comme ils savaient l’un et l’autre qu’Alvin avait autant de chances d’échouer que de s’envoler dans les airs, la discussion n’avait guère d’objet, c’était seulement un reste de cette attitude affectée de Conciliant qui voulait faire croire qu’Alvin ne valait pas grand-chose comme forgeron.
« M’est avis, dit Conciliant. Fais ton soc au mieux, mon gars. Dur mais pas trop cassant. Assez lourd pour s’enfoncer profond mais assez léger pour être tiré. Assez effilé pour trancher la terre et assez solide pour écarter tous les cailloux.
— Oui, m’sieur. » Alvin avait assimilé les règles de fabrication des outils depuis l’âge de douze ans.
Il y avait d’autres règles qu’Alvin avait l’intention de respecter. Il devait se prouver à lui-même qu’il était bon ouvrier, pas seulement un Faiseur inexpérimenté, ce qui voulait dire qu’il ne se servirait pas de son talent, uniquement des qualités propres à tout forgeron : sûreté de l’œil, vigueur du bras, coup de main et connaissance du métal noir.
Travailler sur un ouvrage de réception impliquait de délaisser toute autre besogne jusqu’au résultat final. Pour cette tâche-là, Alvin partit de zéro, comme tout bon compagnon. Pas d’argile ordinaire pour le moule ; il remonta la Hatrack afin de trouver la meilleure argile blanche ; l’intérieur du moule serait net, sans aspérités, et ne gauchirait pas. Le façonner nécessitait de se représenter les objets à l’envers, mais Alvin n’avait aucun mal avec les formes. Il tassa et lissa l’argile en place sur le cadre de bois sans cesser d’imaginer comment les différentes parties du moule donneraient le profil de soc au fer qui se refroidirait. Il étuva ensuite le moule afin de le rendre bien sec et dur, prêt à recevoir le métal.
Le métal en question, il le récupéra dans le tas de ferraille ; puis il le décapa soigneusement à la lime pour le débarrasser entièrement des saletés et de la rouille. Il récura aussi le creuset. Alors seulement, il fut prêt à fondre et à couler. Il ralluma le feu de charbon, actionna lui-même le soufflet, leva et abaissa la branloire comme aux premiers temps de son apprentissage. Le fer finit par virer au blanc pur dans le creuset, et le feu brûlait si ardent qu’il devenait difficile de s’en approcher. Mais il s’en approcha quand même, les pinces à la main, et retira le creuset de la forge avant de le transporter jusqu’au moule et de l’y déverser. Le fer jeta des étincelles, dans une lumière aveuglante, mais le moule tint bon, il ne se brisa pas ni ne se déforma sous l’effet de la chaleur.