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L'apprenti [Prentice Alvin - fr]

Электронная книга - «L'apprenti [Prentice Alvin - fr]». Краткое содержание книги:

Au bord de la rivière Hatrack, près des forêts profondes où règne encore l’homme rouge, un enfant va naître en des circonstances tragiques. Un enfant au destin exceptionnel. Septième fils d’un septième fils, il détiendra, dit-on, les immenses pouvoirs d’un « Faiseur ! ». Si les forces du mal ne parviennent à le détruire. Car il existe un autre pouvoir, obscur, prêt à tout pour l’empêcher de vivre et de grandir.
Nous sommes dans les années 1800, sur la terre de pionniers américains. Mais dans ce monde parallèle opèrent charmes et sortilèges, on y possède des « talents » à la dimension de pouvoirs et, les ombres de présences bienveillantes ou maléfiques rôdent dans la nature. Un récit magique et flamboyant où l’enjeu n’est rien moins que le destin du monde.
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— C’est trop bizarre pour moi, Alvin. Penser qu’en réalité tout n’est rien.

— Non, m’zelle Lamer, vous passez à côté de l’idée. L’idée, c’est que tout est vivant. Que tout est fait d’atomes vivants qui obéissent aux ordres que Dieu leur a donnés. Et en suivant ses ordres, eh ben, certains deviennent de la lumière et d’la chaleur, d’autres du fer, de l’eau, de l’air, ou même not’ peau et nos os. Toutes ces choses sont réelles… alors tous les atomes sont réels eux aussi.

— Alvin, je t’ai parlé des atomes parce qu’il s’agissait d’une théorie intéressante. Les plus grands penseurs de notre temps ne croient pas que de telles particules existent.

— Faites excuse, m’zelle Lamer, mais les plus grands penseurs ont jamais vu c’que moi j’ai vu, alors ils y connaissent pas tripette. J’vous l’dis, c’est la seule idée que j’ai trouvée et qui explique tout : c’que j’vois et c’que j’fais.

— Mais d’où viennent-ils, ces atomes ?

— Ils viennent pas d’quèque part. Ou plutôt, p’t-être qu’ils viennent de partout. P’t-être que ces atomes, ils sont là, comme ça. Qu’ils ont toujours été là, qu’ils seront toujours là. On peut pas les diviser. Ils peuvent pas mourir. On peut pas les fabriquer ni les casser. Ils sont éternels.

— Alors Dieu n’a pas créé le monde.

— Bien sûr que si. Les atomes, c’était rien, jusse des p’tits espaces qui comprenaient même pas où ils s’trouvaient. C’est Dieu qui leur a donné leur place à tous, comme ça, Dieu connaissait où ils étaient, et eux aussi ; et ils composent tout c’que contient l’univers. »

Mademoiselle Lamer y réfléchit très longtemps. Alvin ne bougeait pas, il l’observait et attendait. Il savait que son explication était bonne, en tout cas meilleure que toutes celles qu’il avait jamais entendues ou imaginées jusque-là. À moins qu’elle n’y découvre une faille. Elle lui avait si souvent fait le coup au cours de l’année : elle mettait le doigt sur un détail qu’il avait oublié, une quelconque raison qui démolissait son idée. Il attendait donc qu’elle trouve quelque chose. Quelque chose qui clochait.

Peut-être aurait-elle trouvé. Seulement, alors qu’elle réfléchissait, comme ça, devant la forge, ils entendirent le galop de chevaux qui montaient la route venant du village. Évidemment, ils regardèrent dans cette direction pour savoir qui s’en venait avec une telle hâte.

Il s’agissait du shérif Pauley Wiseman et de deux hommes qu’Alvin voyait pour la première fois. La voiture du docteur Physicker les suivait, conduite par le vieux Po Doggly. Et ils n’allèrent pas plus loin. Ils s’arrêtèrent là, dans le tournant de la forge.

« Mademoiselle Lamer, dit Pauley Wiseman. Arthur Stuart est dans l’coin ?

— Pourquoi cette question ? fit mademoiselle Lamer. Qui sont ces hommes ?

— Il est là », dit l’un des deux, celui aux cheveux blancs. Il tenait une toute petite boîte entre le pouce et l’index. Les deux étrangers regardèrent la boîte puis levèrent la tête vers la resserre sur la colline. « Là-haut », ajouta l’homme aux cheveux blancs.

— Y vous faut d’aut’ preuves ? » demanda Pauley Wiseman. Il s’adressait au docteur Physicker qui était descendu de sa voiture et restait immobile, l’air furibond, impuissant et tout retourné.

« Des pisteurs, souffla mademoiselle Lamer.

— C’est ça, fit celui aux cheveux blancs. Vous avez un marronneur là-haut, m’dame.

— Ce n’en est pas un, dit-elle. C’est un de mes élèves, légalement adopté par Horace et Margaret Guester…

— On a une lettre de son propriétaire, avec sa date de naissance, et on a sa capsule, là ; c’est bien lui. On est assermentés et habilités, m’dame. Ce qu’on trouve, on l’prend. C’est la loi, et si vous vous en mêlez, vous faites obstruction. » L’homme parlait d’une voix tout à fait aimable, tranquille et polie.

« Ne vous inquiétez pas, mademoiselle Lamer, dit le docteur Physicker. J’ai déjà un mandat du maire, et ça le met à l’abri jusqu’au retour du juge demain.

— À l’abri en prison, bien entendu, dit Pauley Wiseman. On tient pas à ce qu’y en ait qu’essayent de s’enfuir avec lui, hein, pas vrai ?

— Ça s’rait pas très malin d’leur part, dit le pisteur aux cheveux blancs. On les suivrait. Et après, probab’ qu’on les abattrait comme des voleurs en fuite avec le bien d’autrui.

— Vous n’avez même pas prévenu les Guester, je parie ! fit mademoiselle Lamer.

— Comment est-ce que j’aurais pu ? dit le docteur Physicker. Il a fallu que je reste avec eux, pour m’assurer qu’ils ne le prendraient pas comme ça.

— On applique la loi, dit le pisteur aux cheveux blancs.

— Le v’là », fit l’autre aux cheveux bruns.

Arthur Stuart se tenait dans l’encadrement de la porte de la resserre. « Reste où t’es, mon gars ! brailla Pauley Wiseman. Si tu bouges le p’tit doigt, mon fouet t’met en marmelade !

— Ce n’est pas la peine de le menacer », dit mademoiselle Lamer. Mais il n’y avait plus personne pour l’écouter, ils remontaient tous la colline en courant.

« Ne lui faites pas de mal ! cria le docteur Physicker.

— S’y s’sauve pas, on lui f’ra pas d’mal, dit le pisteur aux cheveux blancs.

— Alvin, dit mademoiselle Lamer. Ne fais pas cela.

— Ils prendront pas Arthur Stuart.

— Ne te sers pas de ton talent de cette façon-là. Pas pour faire du tort à quelqu’un.

— J’vous dis…

— Réfléchis, Alvin. Nous avons jusqu’à demain. Peut-être que le juge…

— L’mettra en prison !

— S’il arrive quoi que ce soit à ces pisteurs, les nationaux interviendront pour faire respecter le Traité des Esclaves en fuite. Tu me comprends ? Il ne s’agit pas d’un crime local, comme un meurtre. On t’emmènerait en Appalachie pour y être jugé.

— J’peux pas rien faire.

— Cours avertir les Guester. »

Alvin n’hésita qu’un instant. S’il n’avait tenu qu’à lui, il leur aurait brûlé les mains avant qu’ils ne s’emparent d’Arthur. Mais ils entouraient déjà le gamin, et leurs doigts lui enserraient les bras. Mademoiselle Lamer avait raison. Ce qu’il fallait, c’était trouver un moyen d’obtenir définitivement la liberté d’Arthur et non commettre une bêtise qui ne ferait qu’aggraver les choses.

Alvin courut chez les Guester. Il fut étonné de la façon dont ils prirent la nouvelle : comme s’ils n’avaient cessé de s’y attendre depuis sept ans. Les aubergistes se regardèrent et, sans un mot, la Peg se mit à préparer un baluchon de vêtements : les siens et ceux d’Arthur Stuart.

« Pourquoi elle met son linge à elle ? » demanda Alvin.

Horace sourit, d’un sourire contraint. « Elle va pas laisser Arthur passer une nuit en prison tout seul. Elle va donc s’faire enfermer avec lui. »

Alvin comprenait, mais c’était bizarre d’imaginer des gens comme Arthur Stuart et la Peg Guester en prison.

« Et vous, qu’esse vous allez faire ? demanda-t-il.

— Charger mes fusils, dit Horace. Et quand ils s’en iront, j’les suivrai. »

Alvin lui répéta ce que mademoiselle Lamer avait dit à propos des nationaux qui viendraient si quelqu’un portait la main sur un pisteur.

« C’est quoi, l’pire qu’y peuvent me faire ? Me pendre. J’vais te dire, j’aimerais mieux être pendu plutôt qu’vivre dans c’te maison un jour de plusse s’ils emmènent Arthur Stuart et que j’fais rien pour les en empêcher. Et j’peux y arriver, Alvin. Bon sang, mon gars, j’ai bien dû sauver cinquante marronneux dans ma vie. Po Doggly et moi, on les ramassait de ce côté-ci d’la rivière et on les envoyait à l’abri au Canada. On l’faisait tout l’temps. »

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