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L'apprenti [Prentice Alvin - fr]

Электронная книга - «L'apprenti [Prentice Alvin - fr]». Краткое содержание книги:

Au bord de la rivière Hatrack, près des forêts profondes où règne encore l’homme rouge, un enfant va naître en des circonstances tragiques. Un enfant au destin exceptionnel. Septième fils d’un septième fils, il détiendra, dit-on, les immenses pouvoirs d’un « Faiseur ! ». Si les forces du mal ne parviennent à le détruire. Car il existe un autre pouvoir, obscur, prêt à tout pour l’empêcher de vivre et de grandir.
Nous sommes dans les années 1800, sur la terre de pionniers américains. Mais dans ce monde parallèle opèrent charmes et sortilèges, on y possède des « talents » à la dimension de pouvoirs et, les ombres de présences bienveillantes ou maléfiques rôdent dans la nature. Un récit magique et flamboyant où l’enjeu n’est rien moins que le destin du monde.
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Remettre le creuset au feu. Enfoncer les autres parties du moule en place. Doucement, régulièrement, sans éclaboussures. Il avait parfaitement estimé la quantité de métal en fusion nécessaire : quand la dernière partie de la forme glissa en position, il n’y en eut qu’un petit peu à s’échapper uniformément sur les bords tout autour, prouvant qu’il avait vu juste, pour ainsi dire sans perte.

Voilà, c’était fait. Ne restait plus qu’à attendre que ça refroidisse et durcisse. Demain il saurait ce qu’il avait réalisé.

Demain, Conciliant Smith verrait le soc, il traiterait Alvin en homme, en compagnon, libre de travailler dans n’importe quelle forge quand bien même il ne serait pas encore prêt à embaucher ses propres apprentis. Ça faisait pourtant des années qu’il se sentait prêt, Alvin. Il ne priverait Conciliant que de quelques semaines sur ses sept ans de service ; c’était ce moment qu’il avait attendu, pas ce soc de charrue.

Non, le vrai travail de réception d’Alvin au statut de compagnon était encore à venir. Lorsque Conciliant aurait déclaré le soc satisfaisant, il resterait alors à Alvin une autre tâche à accomplir.

* * *

« Je m’en vais l’changer en or », dit Alvin.

Mademoiselle Lamer leva un sourcil. « Et ensuite ? Comment expliqueras-tu aux gens ton soc d’or ? Tu leur raconteras que tu l’as trouvé ? Que tu avais comme par hasard un peu d’or qui traînait et que tu t’es dit : juste ce qu’il me faut pour faire un soc de charrue ?

— C’est vous qui m’avez dit qu’un Faiseur, c’était çui qui pouvait virer l’fer en or.

— Oui, mais il n’est pas pour autant sage de passer à l’acte. » Mademoiselle Lamer sortit de la forge surchauffée dans l’air immobile de la fin d’après-midi. Il y faisait un peu plus frais mais à peine : la première chaude soirée du printemps.

« Ça sera plusse que de l’or, dit Alvin. En tout cas, ça sera pas de l’or normal.

— L’or ordinaire ne te suffit pas ?

— L’or, c’est mort. Comme le fer.

— Ce n’est pas mort. C’est simplement… de la terre sans feu. N’ayant jamais été vivant, ce ne peut être mort.

— C’est vous qui m’avez dit que si j’pouvais imaginer quèque chose, alors p’t-être que j’arriverais à l’faire exister.

— Et tu peux imaginer de l’or vivant ?

— Un soc qui fend la terre sans qu’y ait d’bœuf pour le tirer. »

Elle ne répondit rien mais ses yeux étincelèrent.

« Si j’arrivais à faire ça, m’zelle Lamer, est-ce qu’à votre avis ça serait pas comme un diplôme de votre école de Faiseurs ?

— Je dirais que tu n’es plus un apprenti Faiseur.

— C’est bien c’que j’pensais, m’zelle Lamer. Compagnon forgeron et compagnon Faiseur, les deux d’un coup, si j’peux.

— Et le peux-tu ? »

Alvin fit oui de la tête puis haussa les épaules. « J’crois. C’est rapport à c’que vous m’avez dit sus les atomes, en janvier.

— Je pensais que tu ne t’y intéressais plus.

— Dame si. J’me suis sans arrêt demandé : à quoi ça ressemble, ce qu’on peut pas diviser en morceaux plus petits ? Et alors je m’suis dit : ben, tant qu’y a des dimensions, on peut diviser. Donc, un atome, c’est juste un point, un point précis, sans dimensions.

— Le point géométrique d’Euclide.

— Oui, parfaitement, sauf, vous l’avez dit, que sa géométrie, c’était de l’imaginaire, alors que ça, c’est réel.

— Mais s’il n’y a pas de dimensions, Alvin…

— C’est c’que j’ai pensé : si y a pas de dimensions, alors c’est rien. Mais c’est pas rien. C’est une position. Et alors je m’suis dit : non, c’est pas une position – il occupe une position. Si vous voyez la différence. Un atome peut être quèque part, un pur point géométrique comme vous avez dit, mais du coup il peut bouger. Alors, vous comprenez, il occupe pas seulement une position, il a un passé et un futur. Hier il était là-bas, aujourd’hui il est icitte, demain il sera plus loin.

— Mais ce n’est pas quelque chose, Alvin.

— Oui, j’connais, c’est pas quèque chose. Mais c’est pas rien, d’même.

— Ce n’est pas. Non plus.

— J’connais ces affaires de grammaire, m’zelle Lamer, mais j’ai aut’ chose à penser pour le moment.

— Ta grammaire ne sera jamais bonne si tu n’appliques pas les règles même quand tu penses à autre chose. Mais passons.

— Écoutez, j’ai réfléchi, si cet atome a pas de dimensions, comment dire où y s’trouve ? Il donne pas d’lumière, par rapport qu’y a pas de feu à l’intérieur. Alors voilà où j’suis arrivé : supposez qu’cet atome a pas de dimensions mais qu’il a quand même un genre de pensée. Une espèce de toute petite intelligence, juste assez pour connaître où il s’trouve. Et le seul pouvoir qu’il a, c’est d’se déplacer ailleurs et d’connaître où il s’trouve à ce moment-là.

— Comment est-ce possible, une mémoire dans quelque chose qui n’existe pas ?

— Essayez de l’supposer ! Mettons qu’y en a des milliers à s’promener, qui vont dans tous les sens. Comment un seul d’entre eux peut dire où il s’trouve ? Vu que tous les autres bougent n’importe comment, rien de c’qui l’entoure reste pareil. Mais supposez asteure que quèq’un s’amène – et là, c’est à Dieu que j’pense –, quèqu’un capable de leur indiquer comment s’placer. Comment s’tenir tranquilles. Comme s’il leur disait : toi, là, t’es l’centre, et vous autres, vous restez tout l’temps à la même distance de lui. Du coup, on obtient quoi ? »

Mademoiselle Lamer réfléchit un instant. « Une sphère creuse. Une boule. Mais toujours composée de rien, Alvin.

— Mais vous voyez donc pas ? C’est ça qui m’a fait comprendre que c’était la vérité. J’veux dire, si y a une chose que j’ai retenue en regardant à l’intérieur des objets, c’est que tout est surtout composé de vide. Cette enclume, elle a l’air pleine, non ? Eh ben moi, j’vous dis qu’elle contient quasiment qu’du vide. Juste quèques p’tits morceaux d’fer qui pendouillent à distance les uns des autres, qui forment une figure. Mais l’gros de l’enclume, c’est l’espace vide entre eux. Vous comprenez pas ? Ces p’tits morceaux agissent comme les atomes en question. Alors disons que l’enclume, c’est comme une montagne ; seulement quand vous vous approchez tout près, vous voyez qu’elle est faite de graviers. Et quand vous ramassez un gravier, il s’effrite dans vot’ main et vous voyez que c’est d’la poussière. Et si vous pouviez prendre un seul grain de poussière, vous verriez qu’il est pareil qu’la montagne, fait de graviers encore plus petits, et ainsi d’suite.

— Tu me dis que les objets solides que nous voyons ne sont en réalité rien d’autre que des illusions. De petits riens qui forment de minuscules sphères, qui s’assemblent pour former tes petits morceaux, qui en forment des plus gros, qui forment l’enclume…

— Seulement, y a bien plusse d’étapes intermédiaires, m’est avis. Vous voyez pas ? Ça explique tout. Pourquoi y m’suffit d’imaginer une nouvelle forme, un nouveau motif ou un nouvel ordre et d’me l’re-présenter en esprit pour que, si j’y pense fort et clair, quand je commande aux p’tits morceaux d’changer, eh ben… ils m’obéissent ? Parce qu’ils sont vivants. Ils sont p’t-être tout p’tits et pas très malins, mais si j’leur montre comme il faut, ils arrivent à l’faire.

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