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L'apprenti [Prentice Alvin - fr]

Электронная книга - «L'apprenti [Prentice Alvin - fr]». Краткое содержание книги:

Au bord de la rivière Hatrack, près des forêts profondes où règne encore l’homme rouge, un enfant va naître en des circonstances tragiques. Un enfant au destin exceptionnel. Septième fils d’un septième fils, il détiendra, dit-on, les immenses pouvoirs d’un « Faiseur ! ». Si les forces du mal ne parviennent à le détruire. Car il existe un autre pouvoir, obscur, prêt à tout pour l’empêcher de vivre et de grandir.
Nous sommes dans les années 1800, sur la terre de pionniers américains. Mais dans ce monde parallèle opèrent charmes et sortilèges, on y possède des « talents » à la dimension de pouvoirs et, les ombres de présences bienveillantes ou maléfiques rôdent dans la nature. Un récit magique et flamboyant où l’enjeu n’est rien moins que le destin du monde.
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Il ne marchait pas depuis longtemps lorsqu’il s’était rendu compte qu’elle avait raison et qu’il le connaissait – le savait – depuis le début. Il envoyait toujours sa bestiole pour voir ce qu’il y avait à l’intérieur de n’importe quoi, mais ensuite, au moment d’y apporter un changement, il devait penser à ce qu’il voulait que ça devienne. Il devait penser à quelque chose qui n’était pas là et en garder l’image à l’esprit ; après ça, appliquant la méthode qui était la sienne depuis sa naissance et qu’il ne comprenait toujours pas, il disait : « Tu vois ça ? Voilà comme il faut que tu sois ! » Et alors, parfois vite, parfois lentement, les éléments se déplaçaient jusqu’à se réagencer convenablement. Il s’y prenait tout le temps de cette façon-là : pour détacher un morceau d’une pierre vive, pour assembler deux bouts de bois, pour rendre le fer bien solide et droit, pour répartir la chaleur uniformément au fond du creuset. Je vois donc ce qui n’est pas là, je le vois dans mon esprit, et c’est ce qui le fait en fin de compte exister.

L’espace d’un instant, terrible et vertigineux, il s’était demandé si le monde n’existait que parce qu’il l’imaginait ainsi et s’il était vrai qu’en cessant de l’imaginer, il l’amènerait à disparaître. Évidemment, une fois ressaisi, il avait compris que s’il l’avait inventé, il n’existerait pas autant de choses bizarres ici-bas auxquelles il n’aurait jamais songé tout seul.

Peut-être alors que le monde était entièrement rêvé dans l’esprit de Dieu. Mais non, ce n’était pas ça non plus, parce que pour rêver des hommes comme l’assassin-blanc Harrison, fallait pas que Dieu soit très malin. Non, telles qu’Alvin voyait les choses, Dieu s’y prenait plus ou moins comme lui : il disait aux rochers de la terre, au feu du soleil, à tout ça, comment ils devaient être, et il les laissait faire. Mais quand Dieu disait aux gens comment il fallait qu’ils soient, eh bien, la plupart du temps ils lui répondaient par un pied de nez, ils se moquaient de lui ou ils faisaient semblant d’obéir et continuaient d’agir à leur idée. Les planètes, les étoiles et les éléments sortaient peut-être tous de l’esprit de Dieu, mais les gens avaient vraiment trop mauvais caractère… Ils ne devaient s’en prendre qu’à eux-mêmes.

Voilà où l’avaient mené ses réflexions de la veille au soir, sous la neige qui tombait : à se poser des questions sur ce qu’il ne pourrait jamais savoir. Comme se demander à quoi rêve Dieu dans le cas où il lui arrive de dormir, et si tous ses rêves se réalisent, s’il recrée toutes les nuits un nouveau monde plein de gens. Questions qui ne l’avançaient pas d’un pouce pour devenir un Faiseur.

Alors, cet après-midi-là, tout en progressant péniblement dans la neige, luttant contre le vent pour rejoindre l’auberge, il se remit à réfléchir sur la question première : à quoi ça ressemblait, un atome. Il essaya d’imaginer quelque chose de si minuscule qu’il ne pourrait pas le diviser. Mais à chaque fois qu’il se représentait une forme dans sa tête – une petite boîte, une petite boule ou n’importe quoi – eh bien, aussitôt il se voyait aussi la couper en deux.

La seule condition qui interdise de couper quelque chose en deux, c’était que ce soit si fin qu’il n’y aurait rien de plus fin. Il se représenta une pellicule si étirée qu’elle était plus mince que du papier, si mince qu’à plat elle n’existait même pas, qu’en regardant son fil du dessus on ne voyait rien. Mais même s’il ne pouvait pas la couper dans ce sens-là, il pouvait toujours imaginer qu’il la tournait d’un quart de tour et la coupait en travers, comme du papier.

Alors… et si on l’aplatissait aussi dans ce sens-là, pour n’en laisser qu’un fil d’où qu’on regarde, le fil le plus ténu dont on ait jamais rêvé ? Personne ne serait capable de le voir, pourtant il existerait quand même parce qu’il s’étendrait d’ici à là. Pour sûr, ce serait impossible de le diviser dans son épaisseur, et il n’y avait pas de surface plane comme pour une feuille de papier. Mais du moment que ce fil invisible s’étirait d’un point à un autre, quelle que soit la longueur, Alvin pouvait encore imaginer le couper en deux, et à nouveau couper en deux chacune des moitiés.

Non, quelque chose ne pourrait être assez petit pour constituer un atome que d’une seule manière : s’il n’avait aucune dimension dans aucun sens ; pas de longueur, pas de largeur, pas d’épaisseur. Ce serait ça, un atome ; seulement, ça n’existerait même pas, ça serait rien du tout. Un point sans rien dedans.

Il s’arrêta sur la galerie de l’auberge et tapa du pied pour faire tomber la neige de ses bottes, ce qui fut plus efficace que de frapper à la porte pour prévenir qu’il arrivait. Il entendit courir les pieds d’Arthur Stuart qui venait lui ouvrir, mais il ne songeait à rien d’autre qu’aux atomes. Parce que, même s’il venait de conclure à l’impossibilité de leur existence, il commençait à se dire qu’il serait encore plus insensé de refuser leur existence et d’imaginer qu’on puisse sans cesse diviser les choses en morceaux plus petits, ces morceaux en morceaux encore plus petits et ainsi de suite, indéfiniment. À la réflexion, c’était forcément l’une ou l’autre solution. Soit on arrive à l’élément qui ne peut être divisé, et c’est un atome, soit on n’y arrive jamais, et ça continue éternellement, ce qui dépassait l’entendement d’Alvin.

Il se retrouva dans la cuisine de l’auberge, Arthur Stuart sur son dos, qui jouait avec son chapeau et son écharpe. Horace Guester était parti dans la grange bourrer les nouvelles toiles à matelas des lits, alors Alvin demanda à la Peg l’autorisation d’utiliser le traîneau. Il faisait chaud dans la cuisine, et dame Guester n’avait pas l’air de bon poil. Elle lui permit de prendre le traîneau, mais il y avait un prix à payer.

« Tu sauveras la vie d’un drôle d’ma connaissance, Alvin, si t’emmènes Arthur Stuart avec toi, dit-elle, sinon j’suis sûre qu’y fera encore quèque chose qui m’portera sus les nerfs et qu’y finira dans l’pudding d’as’soir. »

Il était vrai qu’Arthur Stuart semblait d’humeur à faire des bêtises : il étranglait Alvin en lui tirant sur son écharpe et riait comme un boscot.

« On va réviser tes leçons, Arthur, dit Alvin. Épelle-moi « mourir étranglé ».

— M.O.U.R.I.R, commença Arthur Stuart, Ê.T.R.E, A.N.G.L.A.I.S. »

Malgré sa colère, dame Guester ne put se retenir d’éclater de rire, non parce qu’il avait mal épelé « étranglé » mais parce qu’il avait dit ses lettres en imitant à la perfection la voix de mademoiselle Lamer. « J’te l’garantis, Arthur Stuart, fit-elle, vaudrait mieux pas qu’mademoiselle Lamer t’entende causer d’même, sinon finie l’école.

— Tant mieux ! J’aime pas l’école ! dit Arthur.

— T’aimeras certainement plusse ça que travailler avec moi tous les jours dans la cuisine, dit dame Guester. Soleil levant soleil couché, été comme hiver, même les jours où tu vas nager.

— J’pourrais tout pareil être esclave en Appalachie ! » s’écria Arthur Stuart.

Dame Guester abandonna son ton à la fois taquin et courroucé pour se retourner, l’air grave. « Rigole pas avec ça, Arthur. Y a quèqu’un qu’est mort dans l’temps pour t’empêcher d’en être un.

— J’connais, dit Arthur.

— Non, tu connais pas, mais tu f’rais mieux d’réfléchir avant de…

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