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L'apprenti [Prentice Alvin - fr]

Электронная книга - «L'apprenti [Prentice Alvin - fr]». Краткое содержание книги:

Au bord de la rivière Hatrack, près des forêts profondes où règne encore l’homme rouge, un enfant va naître en des circonstances tragiques. Un enfant au destin exceptionnel. Septième fils d’un septième fils, il détiendra, dit-on, les immenses pouvoirs d’un « Faiseur ! ». Si les forces du mal ne parviennent à le détruire. Car il existe un autre pouvoir, obscur, prêt à tout pour l’empêcher de vivre et de grandir.
Nous sommes dans les années 1800, sur la terre de pionniers américains. Mais dans ce monde parallèle opèrent charmes et sortilèges, on y possède des « talents » à la dimension de pouvoirs et, les ombres de présences bienveillantes ou maléfiques rôdent dans la nature. Un récit magique et flamboyant où l’enjeu n’est rien moins que le destin du monde.
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Alvin n’était nullement surpris d’apprendre qu’Horace Guester était abolitionniste – et pas un causeux.

« J’te dis ça, Alvin, par rapport que j’ai b’soin que tu m’donnes un coup d’main. J’suis tout seul et ils sont deux. Y a personne à qui j’peux faire confiance ; Po Doggly, il est pas venu avec moi dans une affaire pareille depuis une éternité, et j’connais plus d’quel bord il est. Mais toi… j’connais qu’tu peux garder un secret et j’connais que t’aimes Arthur Stuart presqu’autant que l’aime ma femme. »

La façon dont il le dit fit hésiter Alvin. « Et vous, vous l’aimez pas, m’sieur ? »

Horace regarda Alvin comme s’il était fou. « Ils vont pas m’enlever un p’tit sang-mêlé de sous mon toit, Al. »

Dame Guester descendit alors l’escalier, un paquet sous chaque bras dans des sacs de sa confection. « Conduis-moi au village, Horace Guester. »

Ils entendirent passer les chevaux sur la route, dehors.

« C’est sûrement eux, dit Alvin.

— Te fais pas d’tracas, Peg, dit Horace.

— Pas m’faire de tracas ? » La Peg se tourna vers lui, furieuse. « Cette histoire peut guère finir que de deux manières, Horace. Ou bien j’perds mon fils qui d’vient esclave dans l’Sud, ou bien mon imbécile de mari s’fait tuer en essayant de l’sauver. Dame sûr, j’vais pas m’faire de tracas. » Puis elle éclata en sanglots et étreignit Horace si fort que de voir ça, Alvin en eut le cœur brisé.

Ce fut lui qui conduisit dame Guester au village dans le chariot de l’auberge. Il resta près d’elle jusqu’à ce qu’elle finisse, à force d’insistance, par convaincre Pauley Wiseman de la laisser passer la nuit dans la cellule ; il lui demanda néanmoins de jurer – serment douloureux – de ne pas essayer de sortir en douce Arthur Stuart de la prison avant l’heure.

Tandis qu’il ouvrait le chemin vers la cellule, Pauley Wiseman dit : « Vous avez pas d’peur à avoir, dame Guester. Son maître est sûr’ment un vaillant homme. Les genses de par icitte, y s’font une mauvaise idée de l’esclavage, m’est avis. »

La réponse fusa : « C’est-y qu’vous voulez y aller à sa place, Pauley ? Pour voir comme c’est agréable ?

— Moi ? » Pareille pensée lui semblait incongrue. « Moi, j’suis blanc, dame Guester. L’esclavage, c’est pas ma condition naturelle. »

Alvin fit glisser les clés des doigts de Pauley.

« J’deviens maladroit, pour sûr », dit Pauley Wiseman.

Le pied de dame Guester se posa spontanément sur l’anneau du trousseau.

« Soulevez donc vot’ pied, dame Guester, dit le shérif, sinon j’vous inculpe de complicité, sans parler d’rébellion. »

Elle déplaça le pied. Le shérif ouvrit la porte. La Peg la franchit et enveloppa Arthur Stuart dans ses bras. Alvin regarda Pauley Wiseman refermer et verrouiller la porte derrière eux. Puis il s’en retourna.

* * *

Alvin brisa le moule pour l’ouvrir et gratta l’argile qui restait accrochée à la surface du soc. Le fer était égal et dur ; un bon soc, digne des meilleurs qu’il avait vu mouler jusque-là. Il chercha à l’intérieur et n’y découvrit aucune paille, en tout cas aucune assez grosse pour gâter le métal. Il lima et ponça, ponça et lima jusqu’à ce qu’il soit tout lisse, la lame aiguisée comme s’il comptait s’en servir dans une boucherie et non dans un champ quelque part. Il le posa sur l’établi. Puis il s’assit et attendit, pendant que le soleil se levait et que le reste du monde s’éveillait.

Conciliant descendit à l’heure de chez lui et examina le soc. Mais Alvin ne le vit pas car il dormait. Conciliant le réveilla juste assez pour le faire remonter à la maison.

« Pauvre garçon, dit Gertie. J’gage qu’il est même pas allé s’coucher de toute la nuit. J’gage qu’il est allé à la forge et qu’il a travaillé sus c’te bêtise de soc depuis hier au soir.

— L’soc a l’air bon.

— Il est parfait, j’gage, connaissant Alvin. »

Conciliant grimaça. « Qu’esse t’y connais en ferronnerie ?

— J’connais Alvin et j’te connais.

— Curieux gars. C’est pourtant vrai, non ? Il fait son meilleur ouvrage quand il reste debout toute la nuit. » Conciliant avait même de l’affection dans la voix en disant cela. Mais Alvin dormait alors dans son lit et ne l’entendit pas.

« Il y tient tant, à ce p’tit sang-mêlé, dit Gertie. Pas étonnant qu’il ait pas pu dormir.

— Il dort asteure, fit Conciliant.

— Imagine un peu, envoyer Arthur Stuart en esclavage, à son âge.

— La loi, c’est la loi, dit Conciliant. J’peux pas dire que ça m’enchante, mais faut vivre selon la loi, sinon où on va ?

— Toi et ta loi, fit Gertie. J’suis bien contente de pas habiter de l’aut’ côté de l’Hio, Conciliant ; j’suis sûre que t’aimerais mieux avoir des esclaves plutôt qu’des apprentis… si tu connais la différence entre les deux. »

C’était une déclaration de guerre pure et simple, comme ils s’en lançaient continuellement, et ils étaient mûrs pour un nouvel échange de cris, de coups et de vaisselle cassée ; seulement Alvin ronflait au-dessus, dans la soupente, alors Gertie et Conciliant se contentèrent d’échanger des regards haineux et de laisser filer pour cette fois. Comme toutes leurs prises de bec finissaient de la même manière, sur les mêmes horreurs qu’ils se jetaient à la figure et sur le même mal qu’elles leur causaient, c’était comme s’ils en avaient assez et se disaient : « Mettons qu’on s’est agonis de tout ce qu’on déteste le plus entendre au monde et restons-en là. »

Alvin ne dormit pas très longtemps, ni très bien, d’ailleurs. La peur, la colère, l’impatience lui travaillaient le corps au point qu’il avait peine à rester tranquille, sans parler de son cerveau qui dérivait au gré de ses songes. Il se réveilla en rêvant d’un soc de charrue noir changé en or. Il se réveilla en rêvant d’Arthur Stuart qu’on fouettait. Il se réveilla encore en pensant qu’il pointait un fusil sur un des pisteurs et qu’il pressait la détente. Il se réveilla encore en pensant qu’il pointait le fusil sur un pisteur, mais sans tirer, et qu’il les regardait s’en aller en traînant Arthur Stuart derrière eux, Arthur qui n’arrêtait pas de crier : « Alvin, où t’es ? Alvin, les laisse pas m’emmener ! »

« Tu t’réveilles ou alors tais-toi ! cria Gertie. Tu fais peur aux enfants. »

Alvin ouvrit les yeux et se pencha par-dessus le rebord de la soupente. « Vos enfants sont même pas icitte.

— Alors tu m’fais peur à moi. J’connais pas c’que t’étais après rêver, mon gars, mais j’souhaiterais pas ce rêve-là même à mon pire ennemi… qui as’matin s’trouve être mon mari, si tu veux que j’te dise. »

L’évocation de Conciliant redonna sa vigueur à Alvin, oh oui. Il enfila son pantalon en se demandant quand et comment il était monté dans la soupente, et qui lui avait retiré sa culotte et ses bottes. Dans ce court laps de temps, Gertie trouva moyen de mettre à manger sur la table : pain de maïs, fromage et une bonne cuillerée de mélasse. « J’ai pas l’temps d’manger, m’dame, dit Alvin. Je m’excuse, mais faut qu’je…

— Mais si, t’as l’temps.

— Non, m’dame, je m’excuse…

— Prends l’pain, alors, grand imbécile. T’as l’intention de travailler toute la journée l’ventre vide ? Après avoir dormi qu’une matinée ? Même qu’il est pas ’core midi. »

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