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Электронная книга - «Felicia au soleil couchant». Краткое содержание книги:

Аннотация

Belle et riche héritière d’une famille de banquiers morts dans des circonstances mystérieuses, Hortense de Lauzargues a su résister au désespoir qui l’attendait dans la demeure de son oncle et déjouer les manœuvres de ce châtelain féodal. Le destin a fini par la délivrer d’un mari épousé sous la contrainte alors que son cœur et ses sens appelaient Jean de la Nuit, le sauvage meneur de loups rencontré dans les environs de Lauzargues. Fuyant une province hostile, elle a retrouvé son rang dans le Paris tumultueux et révolutionnaire de 1830, lutté pour protéger son enfant et même, aux côtés de sa vieille amie Felicia, comtesse de Morosini, défié le pouvoir.
Au moment où s’ouvre le troisième volet de ses aventures, le destin d’Hortense semble menacé de toute part. Est-ce la fin d’un rêve ? Le dernier acte avant la conquête du bonheur ?
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— Croyez-vous qu’elle l’attende vraiment ? Depuis des jours, j’interroge, je m’informe. Louis-Philippe semble assurer son pouvoir. Cela veut dire que vous allez devoir combattre… et lui aussi. Il mourra avant la fin de l’année si vous l’entraînez dans cette aventure. Ici, il peut survivre plus longtemps… si l’on m’écoute et si on lui trouve un meilleur médecin, car ce Malfatti qui le soigne est un âne. Moi je ferai tout pour le sauver. Même si je n’y crois plus guère…

Felicia ne répondit pas tout de suite. Elle savait bien, au fond d’elle-même, que tout était perdu, que son rêve était en train de mourir mais elle se raccrochait à cette passion qu’elle portait en elle, à ce désir éperdu d’arracher le fils de Napoléon à sa geôle dorée.

— Que voulez-vous donc que je fasse ? soupira-t-elle enfin.

— Que vous lui disiez que les choses ne sont pas prêtes, qu’un passeport vous a été refusé… que Mme de Lauzargues est malade et ne peut partir. Il tient essentiellement à ce qu’elle quitte Vienne en même temps que lui… et comme elle n’est pas là ce soir… Il faut que l’impossibilité vienne de vous.

— Est-ce que Votre Altesse se rend compte de ce qu’elle me demande ? dit Felicia d’une voix brisée.

— Je sais ce que je vous demande. Mais c’est à un cœur de femme que je le demande. François… est perdu.

— En ce cas, il serait peut-être plus heureux de mourir sur la terre de France ?

— Oui. Si vous pouvez me jurer qu’il sera encore en vie lorsqu’il passera la frontière. Moi, je n’ai peut-être qu’une chance sur un million de le sauver. Cette chance, laissez-la-moi !

Felicia baissa la tête. Elle comprenait qu’elle luttait contre l’impossible, que le destin s’acharnait et qu’après avoir envoyé le père mourir sur un rocher africain, il avait condamné le fils à s’éteindre dans cette Vienne pleine de musique où cependant il n’avait pour l’aimer que cette jeune femme, si forte cependant, mais qui n’arrivait plus à cacher son désespoir. Car elle pleurait, à présent, la fière, l’orgueilleuse Sophie. Et – Felicia l’aurait juré – elle était prête à se jeter à ses genoux pour la convaincre de lui laisser les derniers jours de ce jeune homme qui, avec son fils, était son seul amour…

— Ne pleurez plus, Altesse, dit-elle enfin. S’il vous voit, il comprendra. Je vais lui parler. Puis… vous pourrez appeler tandis que nous nous éloignerons…

Lentement, elle revint vers le prince qui, étayé par la large épaule de Timour, se calmait peu à peu. Elle vit alors qu’une autre tache noire maculait la cravate blanche que le Turc avait desserrée…

— Eh bien… madame, dit-il en s’efforçant de sourire. Avez-vous… bien fait vos adieux à l’archiduchesse ?… Il est temps de partir… il me semble ?

— Pas ce soir, monseigneur ! C’est ce que nous venions dire à Votre Altesse…

— Nous ne partons… pas ? Mais… pourquoi ?

— Mme de Lauzargues est malade… incapable de voyager. Une mauvaise fièvre… Je ne peux l’abandonner.

— Ah !

Il y eut un petit silence, puis la voix enrouée qui semblait froisser du papier reprit :

— Vous avez raison de remettre. Pour rien au monde… je ne voudrais sacrifier… quelqu’un. Souvenez-vous : j’en avais fait une… condition primordiale pour mon départ… Eh bien… Ce sera pour une autre fois. N’est-ce pas ?

— Oui… sire. Une autre fois…

Vaincue par l’émotion, Felicia se laissa tomber à genoux et prit une main brûlante sur laquelle elle appuya ses lèvres. Dans l’ombre, elle distingua un sourire sur ce pâle visage :

— Il ne faut pas pleurer, dit François avec une infinie douceur… puisque ce sera… pour une autre fois… Pour l’heure… je vous dis adieu, princesse Orsini ! Soignez votre amie mais surtout gardez-vous bien jusqu’à… notre revoir. Vous m’êtes infiniment… précieuse…

— Quelques instants plus tard, Felicia et Timour repassaient le mur. On entendait déjà les appels au secours de l’archiduchesse dont les cris portaient loin.

— Qu’est-ce que ce vacarme ? Que se passe-t-il ? Où est-il ? interrogea fébrilement Camerata, dégringolée de son siège.

— Il ne viendra pas, Léone. Et je crois qu’il ne reverra jamais la France. Il est malade… très malade même. Tout est perdu !

Et Felicia l’indomptable, Felicia l’amazone se jeta dans la voiture et, pelotonnée dans un coin, sanglota éperdument comme une petite fille abandonnée dans le froid de l’hiver. Il lui semblait qu’elle n’avait plus aucune raison de vivre…

Le lendemain dans l’après-midi, la lourde berline de voyage emportant Hortense et Felicia quittait le palais Palm pour n’y plus revenir et roulait lentement sur les gros pavés de la Schenkenstrasse. Imposant et majestueux à son habitude, Timour tenait les rênes et, à l’intérieur, les deux voyageuses se taisaient, enfermées chacune dans ses pensées sans avoir même l’idée d’un regard en arrière.

Le silence de Felicia était de ceux qui suivent les grandes catastrophes. Elle repartait sans avoir réussi à arracher son précieux otage à l’Autriche mais, de toute évidence, personne à présent n’y réussirait. Hormis la mort déjà en embuscade. Mais l’amazone ne se sentait pas moins vaincue et humiliée. Cela ne durerait peut-être pas car elle n’était pas femme à s’apitoyer sur ses blessures. Bientôt… tout à l’heure peut-être, elle se chercherait un nouveau champ de bataille qu’elle n’aurait aucune peine à trouver. Il y avait les États italiens, avides de liberté, toujours au bord de la révolte contre l’occupant étranger… Il y avait le grand rêve de l’unification de la péninsule sous un même drapeau. Il y avait, en vérité, beaucoup à faire pour qui souhaitait dévouer sa vie. D’ailleurs, Felicia l’avait laissé entendre à Marmont quand, à l’instant des adieux, le vieux soldat avait murmuré d’une voix étranglée par la douleur :

— Ainsi, c’en est fini ! Je ne vous verrai plus puisque la France me restera à jamais fermée…

— Je ne suis pas française et n’ai plus rien à y faire. Je me contente d’y ramener Hortense, puis je me séparerai de mon hôtel de la rue de Babylone qui n’a plus d’utilité et je rentrerai à Rome. Venez m’y rejoindre si vous n’avez rien de mieux à faire. Mais hâtez-vous. Je n’y resterai peut-être pas longtemps…

— Pour aller où ? Vers quel combat insensé ? Ne serez-vous donc jamais lasse de vous battre, vous qui êtes une femme si merveilleuse ?

— Je suis comme cela, mon ami. Il faut vous y faire. Dieu m’a ôté l’amour mais il m’a laissé l’enthousiasme. Peut-être qu’une fois, au moins, il me donnera la victoire ?

Et, tandis que le silence de Felicia commençait à se peupler d’images guerrières, celui d’Hortense ne rêvait que de paix. L’échec de leurs espérances lui était pénible et plus encore la pensée navrante de savoir condamné ce prince si jeune, si beau et si malheureux qu’elle aimait comme un frère. Elle ne pouvait plus que prier pour lui et ne s’en priverait pas. Mais son chagrin était tout de même tempéré par la joie de rentrer chez elle. Une joie qu’elle jugeait égoïste et dont elle avait un peu honte auprès de cette Felicia raidie dans son amertume et dont, de temps en temps, elle regardait le pâle profil découpé sur le drap gris de la voiture avec l’impression déprimante d’être sans pouvoir sur cette douleur-là.

Bien sûr, elle allait avoir elle-même à affronter une situation peut-être difficile, car elle ignorait ce qui l’attendait à Combert mais elle possédait, dans son amour, la meilleure des armes et entendait s’en servir autant que faire se pourrait. Et de toute façon, elle allait retrouver son fils… et la paix de l’âme dont elle pourrait jouir sans autre inquiétude puisque le malheureux Butler qui l’avait tant tourmentée n’était plus… Quelques jours plus tôt, le docteur Hoffmann était venu au palais Palm annoncer sa mort. Le jeune médecin avait été impuissant à le sauver et l’amoureux forcené d’Hortense s’était éteint sans avoir repris connaissance.

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