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Dictionnaire amoureux de San-Antonio

Электронная книга - «Dictionnaire amoureux de San-Antonio». Краткое содержание книги:

Assimilée à une « littérature de gare », l'œuvre de Frédéric Dard, dit San-Antonio a tardé à être reconnue comme majeure. Mais l'engouement du public pour ces aventures était tel qu'elles suscitèrent bientôt la curiosité des critiques et des intellectuels, comprenant enfin que ces romans cachaient aussi une vision réjouissante et féroce de la société.
Ce dictionnaire tente d'éveiller la curiosité sur l'homme et les aspects riches de sa création littéraire unique. Comment évoquer avec amour le si prolifique Frédéric Dard ? Devant l'ampleur de la tâche, le plus simple était de faire comme l'auteur : tous les matins, afficher une page blanche, surmonter l'angoisse et laisser place à l'imagination désordonnée. Avec une idée forte que San-Antonio semblait me souffler à l'oreille : « Faut qu'on le capte bien, le grand, qu'on s'imprègne à fond de lui, qu'on pige son beau talent, […] et puis, tu comprends : qu'on ait envie de le choper par le cou pour l'accolade de la tendresse, histoire de bien se sentir un homme auprès de cet homme-là. »
Biographie de l'auteur
Médecin, publicitaire, muséographe, enseignant et écrivain depuis dix ans, Éric Bouhier a une véritable passion pour l'œuvre de San-Antonio. L'écriture de ce dictionnaire amoureux est l'aboutissement d'une lecture assidue depuis l'adolescence et d'un travail de recherche mené ces vingt dernières années avec des proches de Frédéric Dard et des membres d'une association dédiée à entretenir la mémoire de l'écrivain.
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Bien sûr, qu’il accepte ! Non pas pour vendre des montagnes de livres en plus, mais parce que l’écrivain Dard est mort ce soir, 11 janvier 1979, anéanti à jamais par le fils unique et préféré de Félicie, un certain San-Antonio. Mais ce San-Antonio ne sera plus jamais le même, car, comme le dira bientôt un de ses personnages : Maintenant, c’est fini. Je m’en fous. J’ai franchi le point de non-retour. Avant d’arriver au Fouquet’s, Frédéric sait que sa voie est dans la transe et qu’il ira désormais au bout de ses errements littéraires, sans plus de limites, car le besoin de choquer est le besoin de l’irrémédiable, un besoin de ne pas être récupérable.

Rimbaud l’accompagne en pensée dans les derniers mètres avant de franchir la porte de la célèbre brasserie des Champs-Élysées : « Des noyés descendaient dormir, à reculons ! » Il entre et ne croit voir que des visages dont le sérieux raconte la vie morne et convenue. Il vient de trouver comment va s’intituler son prochain San-Antonio dont la troupe du commissaire sera exclue : Y a-t-il un Français dans la salle ?

* * *

Ce n’est que lorsque les gens n’auront plus honte de paraître ce qu’ils sont qu’on pourra essayer quelque chose (Frédéric Dard, Équipe de l’ombre).

* * *

Frédéric a enregistré « Apostrophes ». Comme il s’y attendait, on a parlé de ses mots, on a oublié ses maux. Il s’est vite échappé des griffes de Claude Duneton, asphyxié par son brouillard de clopes dont il avait déjà ressenti la gêne pendant l’émission. Puis, il a prolongé un peu la soirée avec Pivot, qui l’a impressionné par sa culture œnologique. Il s’est promis de lui faire goûter, un jour, un de ses yquem 1967 de derrière les fagots. Le lendemain matin, il est rentré à Vandœuvres.

Avant 11 heures, il est devant sa machine. Françoise a compris qu’elle doit attendre le déjeuner pour avoir un compte rendu de son déplacement à Paris. Pendant le trajet en train, une idée est venue à Frédéric : profiter du San-Antonio en cours d’écriture, Tire-m’en deux, c’est pour offrir, pour régler son sort au Sana fier-à-bras qu’il trimballe depuis trente ans.

Ce bellâtre qui se tape les plus belles gonzesses de la Terre, je vais te le projeter vite fait dans les bras d’une immonde rombière, te lui écorner un brin la prestance au commissouille de mes deux caires. Eh oui, ma chère petite lectrice tout humide, ton beau Sana, il va se prendre un grand coup de pompe dans le culte. Relis ce que lui annonce le Vieux dans le dernier Sana paru, Mon culte sur la commode, que t’es sûrement en train de lire. Relis bien, c’est au début, ça lui pendait au nez, non ? Ce qui me gêne ? l’attaque Achille. Vous voulez vraiment savoir ce qui me gêne ? Votre culte, San-Antonio. Votre culte, uniquement votre culte. Vous êtes entouré d’une vénération intolérable.

Quatre mois plus tard, à la page 80 de Tire-m’en deux, c’est pour offrir, les lecteurs découvrent leur bel Antonio aux mille conquêtes dans les bras d’une Madeleine Moulfol. Madeleine, avec ses points noirs, […] ses prunelles éteintes, son cycle perturbé, sa morose connerie en stagnation, sa caisse, son tricot, des trucs rampants, incertains, ce rien qu’elle est issue, Mado. Floue et morte d’avance. Eux, j’sais pas, moi, j’ai frémi d’horreur, surtout quand Sana nous a laissé miroiter 800 pages à venir d’une Madeleine sur papier bible. Adieu polar, policerie de merde […]. Je ferme mon épicerie. Je préviens mon aimable clientèle de chiasse : dorénavoche, il n’y aura plus de livraison de livres. L’Antonio entreprend son œuvre, la vraie très belle qu’on attendait, le monde entier, en retenant son souffle.

Madeleine Moulfol ? Même Béru n’en aurait pas voulu !

Doit-on à Françoise, sa première lectrice, la vigie vigilante, d’avoir vite retrouvé notre Sana le Valeureux, Bouffeur de culs et d’étoiles ? Qui sait ! Il ne sera pourtant plus jamais pareil, et sans doute, pour la toute première fois de sa vie, un enfant de Rabelais et de Céline. Et tellement plus et si différent : Il m’aura fallu un demi-siècle pour devenir ce que j’étais.

Et ne plus jamais en revenir !

Nous-vos-mots, cale-en-bourg,

con par raison, nez au logisme,

et autres à-peu-près

Les fautes d’orthographe font bon ménage avec la sincérité.

San-Antonio.

NOUS-VOS-MOTS

On peut prendre le pari, peu risqué, de lire n’importe quel San-Antonio à n’importe quelle page et d’y découvrir au moins un mot nouveau. Je testai cette quasi-certitude ce matin, puisant à l’aveugle un San-A. dans ma bibliothèque et l’ouvrant au hasard : je tombai sur la page 75 ! (Normal pour un « pari », mais là n’est pas la question.) Il ne me fallut pas plus de six lignes pour apprendre qu’on trouve dans un bois des grognaciers nains, des fulbériouloux protubérents, des albiccocots sauvages, des mouvedecurvilles desséchés, des sarapaux[50] à feuilles persistantes et quelques vénérables érables veinés. Puis, un alinéa plus loin, un néologisme dont Sana est friand : la lune parcimonise à travers les arbres. Et pour clore la page, un clin d’œil à un écrivain, Jean de La Fontaine, dont on ne dira jamais assez combien la vision du monde et la manière de nous le raconter sont comparables à celles de Frédéric Dard : L’oraison du plus fort est toujours la meilleure, ainsi que me l’écrivait naguère mon charmant confrère Jean de La Fontaine, président donneur de la Société Prospectrice des Animaux. Par curiosité, j’ai lu la page 74. Elle commence par une comparaison : Je me dresse comme un farfadet sur la lande bretonne, et un néologisme à suivre : des ronces s’échevèlent. Sans compter que, en deux pages, Sana affuble César Pinaud d’une dizaine de surnoms : Baderne-Baderne, l’Homme-fossile, la Vieillasse, The Vieillasse, Lapinaud, la chère loque Holmes, Pépère, le Démantelé, César Pinuche et l’Homme-à-la-mine-de-mégot-mâché !

Le sujet est si riche qu’une simple pioche au gré des lectures de San-A., dans le plus joyeux désordre, ouvre l’appétit. La méthode de San-Antonio pour créer des mots nouveaux est… une absence de méthode. Ou plutôt elle tient à l’inspiration du moment et au besoin d’inventer un mot quand il ne lui vient pas à l’esprit ou quand celui-ci n’est pas assez précis. C’est le plus souvent un pur exercice jubilatoire, sans la prétention de faire avancer la langue, mais avec le souci constant de nous distraire.

Illustrons, par l’exemple, ce mode de création de mots, en y associant une pensée pour Pierre Dac. En 1965, ce dernier prononce le discours de remise du prix Gaulois à Frédéric Dard pour Le Standinge, un prix dont Pierre Dac fut le lauréat l’année précédente : « Mon cher récipiendaire, Mordicus d’Athènes, l’illustre philosophe ivrogne grec — 219–137 bis au fond de la cour, à droite av. J.-C. — , a dit, un soir qu’il en tenait, il faut bien le reconnaître, un sérieux coup dans la chlamyde : dans le domaine du discours, l’improvisation ne prend force et valeur que dans la mesure de sa minutieuse préparation. » L’année suivante, Frédéric entreprend l’écriture de Faut être logique !. À un moment de l’action, San-Antonio s’apprête à jouer de l’orgue. Une bonne occasion de renseigner le lecteur sur la pratique de cet instrument un tantisoit compliqué ! Une occasion rêvée de parodier le délire verbal de Pierre Dac : Sana déverrouille le parkinsonneur de cloches, fulmige le décompresseur de bas morceaux, agglomère le tamis, déregistre le heurkchplitz à basse fréquence, fadinge le grenouilleur à tête de loup pour débroquiller le ptafineur mérovingien, et carbonise l’aménageur indélébile afin que son superstatisme concentré n’affecte pas la paranoïaque central. On comprend mieux le conseil de San-A. : Le plus simple est de dire n’importe quoi qui te passe par la tête. Ailleurs, il lui arrive de se livrer à une bizarre « manière d’argot » : Elle avait fini par lui porter la scoume puisqu’il se trouvait au tapis avec une ragouze en forme de clopinette cointrée. Un jeu, on vous dit…

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Frédéric se lia d’amitié avec Théo Sarapo après la mort d’Édith Piaf.

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