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Электронная книга - «Moby Dick». Краткое содержание книги:

Ismaël, attiré par la mer et le large, décide de partir à la chasse à la baleine. Il embarque sur le Pequod, baleinier d'un capitaine nommé Achab, amputé d'une jambe, qui emmènera Ismaël autour du monde à la poursuite du cachalot blanc…
Faut-il présenter ce livre mythique, magnifique aventure, suspense prenant qui nous amène peu à peu à l'apocalypse finale, parabole chargée de thèmes universels et nouvelle Bible aux accents prophétiques.
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Or, comme vous le savez, il n’est pas rare dans ce monde qui est le nôtre, qu’il soit liquide ou solide, que lorsqu’un homme, assumant le commandement sur ses semblables, découvre que l’un d’eux lui est supérieur en dignité humaine, il nourrisse aussitôt contre lui une aversion et une rancœur insurmontables; et si la chance lui en est donnée, il abattra la forteresse de ce subalterne, la pulvérisera et la réduira à un petit tas de poussière. C’est peut-être une idée que je me fais, messieurs, toujours est-il que Steelkilt était un grand et noble animal, avec une tête de Romain et une barbe blonde qui flottait comme le harnachement à aigrettes du destrier de votre dernier vice-roi; et il avait un cerveau, un cœur et une âme, messieurs, qui eût fait de Steelkilt Charlemagne s’il était né fils de Charlemagne. Cependant que Radney, le second, était laid comme une mule et mêmement résistant, entêté et mauvais. Il n’aimait pas Steelkilt et Steelkilt le savait.

Apercevant le second qui s’approchait tandis qu’il travaillait aux pompes avec les autres, l’homme des Lacs feignit de ne l’avoir point remarqué et poursuivit ses railleries irrespectueuses.

– Oui, oui, mes joyeux compères, voilà une vigoureuse voie d’eau, que l’un de vous prenne un bidon et qu’on y goûte. Seigneur, elle vaut d’être mise en bouteilles! Je vais vous dire, les gars, les actions du vieux Rad vont en prendre un coup! Il aurait mieux fait de couper sa part de quille et de la remorquer jusque chez lui. Le fait est que cet espadon a seulement ébauché le travail et qu’il est revenu avec une escorte de poissons-charpentiers, de poissons-scies, de poissons-limes et toute l’équipe. Elle est maintenant au travail au complet, elle coupe et taillade, à qui mieux mieux, par là-dessous, en vue d’améliorations, je présume. Si le vieux Rad était ici en ce moment, je lui conseillerais de se jeter à la mer et de les disperser. Ils sont en train d’envoyer au diable tout son bien, je le lui dirai aussi. Mais c’est une âme simple, Rad… et une beauté par-dessus le marché. On dit, les gars, qu’il a placé le reste de ses actions sur des miroirs. Je me demande s’il donnerait à un pauvre diable comme moi le modèle de son nez.

– Que le diable vous emporte! Pourquoi cette pompe s’arrête-t-elle? rugit Radney, faisant comme s’il n’avait pas entendu le bavardage des matelots. Allons, que ça barde!

– Oui, oui, sir, répondit Steelkilt, joyeux comme un grillon. De l’entrain, les gars, de l’entrain! Et là-dessus, les pompes retentirent comme cinquante pompes à incendie, les hommes repoussèrent leurs chapeaux et l’on entendit ce long halètement des poumons qui trahit la plus grande tension de l’énergie vitale.

Quittant les pompes enfin avec le reste des hommes, l’homme des Lacs s’avança tout essoufflé jusqu’au guindeau et s’y assit, cramoisi, les yeux injectés de sang et il essuya l’abondante sueur de son front. Quel insidieux démon poussa alors Rad à chercher noise à un homme dans un pareil état d’excitation physique, messieurs, je ne saurais le dire. Mais il en fut ainsi. Arpentant le pont d’une manière insupportable, le second lui intima l’ordre de prendre un balai, de nettoyer les planches et d’aller chercher une pelle pour ramasser les immondices d’un cochon qui avait été laissé en liberté.

Or, messieurs, balayer les ponts en mer est une besogne ménagère qui est faite tous les soirs, sauf en cas de tempêtes violentes. Il est des exemples où ils furent dûment balayés pendant que le navire sombrait. Telle est, messieurs, la rigueur des usages à la mer et l’amour instinctif que les marins portent à la propreté est tel que certains ne se noieraient pas volontiers sans s’être lavé la figure. Mais sur tous les navires cette histoire de balais est le partage des mousses, si mousses il y a. D’autre part, ce furent les hommes les plus robustes du Town-Ho qui avaient été répartis en équipes pour les pompes, et Steelkilt étant le plus athlétique d’entre eux, avait régulièrement été nommé chef d’une de ces équipes, aussi aurait-il dû être libéré de tout travail subalterne qui ne relevât pas directement du devoir nautique, ce qui était le cas pour ses camarades. Si je fais état de ces détails, c’est afin que vous compreniez mieux de quoi il en retournait entre ces deux hommes.

Qui plus est, l’ordre donné au sujet de la pelle visait aussi ouvertement à piquer au vif Steelkilt et à lui faire affront que si Radney lui avait craché au visage. Tout homme qui a été à bord d’un baleinier comprendra cela, et bien davantage encore. L’homme des Lacs en saisit toute la portée dès que le second eut formulé son ordre. Mais il resta tranquillement assis et regarda sans broncher au fond des yeux mauvais du second; il y voyait une mèche brûler silencieusement en s’approchant des barils de poudre qui y étaient amoncelés. Comme il voyait instinctivement tout cela, une étrange indulgence l’envahit, une répugnance à attiser plus profondément la colère d’un être irrité; lorsqu’elle est ressentie, cette répugnance révèle des hommes vraiment courageux même lorsqu’ils sont blessés et ce sentiment indéfinissable, messieurs, s’empara de Steelkilt.

C’est pourquoi, de sa voix habituelle, un peu brisée par la fatigue, il lui répondit que balayer le pont n’était pas son affaire et qu’il ne le ferait pas. Puis, sans aucune allusion à la pelle, il nomma les trois garçons dont c’était la charge coutumière et qui, n’ayant pas été affectés aux pompes, n’avaient pas fait grand-chose de toute la journée. Radney répliqua par un juron et réitéra son ordre de la manière la plus catégorique, la plus impérieuse et la plus insultante, tout en s’approchant de l’homme des Lacs resté assis. Il tenait à la main un cochoir de tonnelier qu’il avait empoigné sur un baril voisin.

Échauffé et énervé comme il l’était par son travail athlétique aux pompes, malgré le sentiment mystérieux d’indulgence qu’il avait tout d’abord éprouvé, encore en nage, Steelkilt supportait difficilement cette attitude du second; pourtant il parvint à maîtriser en lui le feu de la colère et sans mot dire resta obstinément vissé à son siège jusqu’à ce qu’enfin Radney exaspéré brandit le cochoir à deux doigts de son visage, en lui intimant avec fureur d’obéir.

Steelkilt se leva, se retira lentement derrière le guindeau, talonné par le second armé du cochoir, et exprima délibérément son refus d’obéir. Comprenant toutefois que son indulgence n’avait pas le moindre effet, il fit un geste atroce et innommable de la main signifiant à cet homme insensé et dément de se retirer. Cela ne servit de rien. Et c’est ainsi que les deux hommes firent lentement le tour du guindeau quand enfin, résolu à l’affronter, trouvant qu’il avait patienté jusqu’aux limites de son tempérament, l’homme des Lacs s’immobilisa sur le panneau d’écoutille et s’adressa ainsi à l’officier:

– Monsieur Radney, je ne vous obéirai pas. Enlevez ce cochoir de là, ou gare à vous!

Mais prédestiné, le second se rapprocha encore de l’homme des Lacs figé et il secouait à présent le lourd cochoir à un doigt de ses dents en proférant un chapelet d’intolérables malédictions. Sans reculer d’un millième de pouce, le poignardant d’un regard impassible, fermant le poing droit et le ramenant doucement en arrière, Steelkilt avertit son persécuteur que si le cochoir effleurait seulement sa joue, lui, Steelkilt le tuerait. Mais, messieurs, ce fou était marqué au sceau du massacre par les dieux. Aussitôt le cochoir effleura la joue et à l’instant, la mâchoire défoncée, il s’effondra sur l’écoutille, crachant le sang comme une baleine.

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