Moby Dick
- Автор: Мелвилл Герман
- Язык: французский
- Жанр: Морские приключения
Электронная книга - «Moby Dick». Краткое содержание книги:
Faut-il présenter ce livre mythique, magnifique aventure, suspense prenant qui nous amène peu à peu à l'apocalypse finale, parabole chargée de thèmes universels et nouvelle Bible aux accents prophétiques.
Traversant le pont à enjambées rapides et obliques, Achab donna l’ordre de déployer les perroquets et les cacatois, ainsi que toutes les bonnettes. L’homme le plus qualifié dut prendre la barre, les trois postes de vigie furent parées, et le navire, sous toute sa voile, courut vent arrière. La brise gonflant tant de voiles donnait l’impression étrange de soulever le navire et de laisser l’air circuler librement sous un pont qui aurait flotté et pourtant, tandis qu’il courait ainsi, il semblait la proie de deux influences contraires, l’une tendant à l’emporter droit au ciel, l’autre à le faire embarder horizontalement. Et si vous aviez pu observer le visage d’Achab, cette nuit-là, vous auriez pensé que deux antagonistes se livraient combat en lui. Tandis que sa jambe vivante éveillait sur le pont des échos de la vie, chaque coup de sa jambe morte clouait un cercueil. C’est sur la vie et sur la mort que marchait ce vieil homme. Mais bien que le navire eût filé à vive allure, bien que les regards avides eussent lancé toutes leurs flèches sur la mer, le souffle d’argent ne devait pas être revu cette nuit-là. Chaque matelot affirma l’avoir aperçu une fois, mais une seule.
Ce souffle de minuit était presque oublié lorsque, quelques jours plus tard, voici que, à la même heure de silence, il fut à nouveau annoncé, voici que tous déclarèrent à nouveau l’avoir vu, mais lorsqu’on mit le cap sur lui, il disparut de même, comme s’il n’avait jamais été. Il en alla ainsi nuit après nuit, jusqu’à ce que chacun n’y prêta plus attention sinon pour s’en étonner. Jaillissant mystérieusement soit à la clarté de la lune, soit à celle des étoiles, disparaissant pendant un jour ou deux, ou trois, et paraissant chaque fois surgir à une plus grande distance, ce souffle solitaire semblait vouloir nous entraîner à jamais plus avant.
Soumis à la superstition de tout temps inhérente à leur race, sensibilisés par le caractère surnaturel du Péquod, certains matelots juraient qu’où que ce soit, en quelque temps que ce fût, si immémorial qu’il puisse être, sous quelque latitude, quelque longitude si lointaine qu’elle puisse être, ce souffle inaccessible était la respiration d’une seule et même baleine, et qu’elle avait nom Moby Dick. Pendant un certain temps, cette apparition fugitive engendra une singulière terreur, comme si elle nous invitait traîtreusement à la suivre, toujours plus loin, afin que le monstre pût faire volte-face et nous déchiqueter enfin dans des mers écartées et sauvages.
Ces appréhensions passagères, si vagues mais si atroces, gagnaient en puissance par leur contraste avec la sérénité du temps; certains découvraient sous son azur caressant un maléfice satanique tandis que nous voguions, jour après jour, sur des mers solitaires d’une douceur obsédante, comme si l’espace, réprouvant notre quête vengeresse, se vidait de toute vie devant l’urne funéraire de notre proue.
Mais quand enfin nous fîmes route vers l’est, les vents du Cap commencèrent à hurler autour de nous et ses eaux tourmentées nous soulevèrent et nous abaissèrent longuement. Alors, quand le Péquod poignarda le vent de ses défenses d’ivoire et, dans sa folie, éventra les vagues sombres jusqu’à ce que les flocons d’écume s’envolassent au-dessus des pavois comme une averse de copeaux d’argent, alors s’évanouit la désolation vide de la vie mais pour faire place seulement à de plus lugubres spectacles.
Près de l’étrave, surgissaient ici et là des formes étranges tandis que nous suivaient des vols serrés d’impénétrables cormorans. Chaque matin, ils se perchaient en rang sur les étais et se cramponnaient aux filins longuement, obstinément, en dépit de nos huées, comme s’ils prenaient notre navire pour une épave abandonnée à la dérive, vouée à la désolation, et dès lors pour un perchoir idéal pour eux, les sans-asile. Et le sombre Océan se soulevait, respirait, se soulevait encore dans une incessante angoisse comme la marée d’une conscience, comme si l’âme du monde y exprimait le remords torturant d’avoir engendré de si longues souffrances et le si lourd péché.
On te nomme, n’est-ce pas, cap de Bonne-Espérance? Plutôt cap des Tempêtes comme on t’appelait jadis. Longuement séduits par les silences perfides qui nous avaient entourés, nous nous trouvions jetés dans la tourmente où les âmes coupables incarnées en oiseaux, en poissons, semblaient condamnées à nager éternellement sans espoir d’un havre, ou à brasser de leurs ailes un air ténébreux dépourvu d’horizon. Mais paisible, d’une blancheur de neige, immuable, sa fontaine de plumes jaillissant toujours vers le ciel, nous invitant sans cesse, le souffle solitaire était aperçu parfois.
Pendant cette période de ténèbres, Achab, bien qu’assurant le commandement sur le pont glissant et dangereux montra une ombrageuse réserve, adressant moins que jamais la parole à ses seconds. Par de pareilles tempêtes, lorsque tout est assuré tant sur le pont que dans la mâture, il n’y a plus rien à faire qu’à attendre qu’elles passent. Le capitaine et son équipage devenaient fatalistes. De sorte que, sa jambe d’ivoire fixée dans son trou de tarière comme à l’accoutumée, une main agrippée à un hauban pendant des heures et des heures, Achab se tenait debout, le regard au vent, tandis que, parfois, une rafale de neige fondue soudait de gel ses cils. Pendant ce temps, les hommes chassés du gaillard d’avant par les paquets de mer qui passaient par-dessus les pavois, s’alignaient le long du bastingage de la coursive et pour se mieux protéger des lames ils s’assuraient dans des boulines fixées aux râteliers des haubans qui leur faisaient une ceinture lâche. On ne disait mot ou presque et le navire réduit au silence, comme s’il était monté par des matelots de cire peinte, s’arrachait, jour après jour, à la folie et à la joie démoniaque des vagues. La nuit, les hommes opposaient un mutisme pareil aux cris aigus de l’Océan; taciturnes, ils étaient bercés dans leurs boulines et sans mot dire, Achab faisait front au vent. Même lorsque la nature semblait réclamer une trêve, il n’allait pas chercher le repos de son hamac. Jamais Starbuck n’oublierait l’aspect du vieil homme, lorsqu’il descendit une nuit dans la cabine pour regarder le baromètre, et le vit assis tout droit sur sa chaise rivée au plancher, les yeux fermés, son chapeau et son caban qu’il n’avait pas ôtés dégouttant d’eau et de neige fondue; sur la table, près de lui, le rouleau d’une carte des courants et marées dont nous avons parlé. Dans sa main crispée, son fanal se balançait. Bien qu’il fût assis avec raideur, sa tête était rejetée en arrière de sorte que ses yeux clos étaient dirigés vers l’aiguille de l’axiomètre pendu au plafond [9].
[9] Le compas renversé ou axiomètre permet au capitaine de savoir, depuis sa chambre, quel est le cap du navire sans avoir besoin d’aller consulter le compas de route.