Moby Dick
- Автор: Мелвилл Герман
- Язык: французский
- Жанр: Морские приключения
Электронная книга - «Moby Dick». Краткое содержание книги:
Faut-il présenter ce livre mythique, magnifique aventure, suspense prenant qui nous amène peu à peu à l'apocalypse finale, parabole chargée de thèmes universels et nouvelle Bible aux accents prophétiques.
«Terrible vieil homme! pensa Starbuck en frissonnant, tu dors dans la tempête et pourtant ton regard reste implacablement fixé sur ton but!»
CHAPITRE LII L’Albatros
Au sud-est du Cap, au large des lointaines Crozets, un bon parage de pêche pour la baleine franche, un voilier se dessina devant nous. C’était le Diomède (Albatros). Tandis qu’il se rapprochait lentement, du haut de mon perchoir élevé au mât de misaine, m’apparut ce spectacle étonnant pour un novice de ces pêches de plein Océan: un navire-baleinier en haute mer et ayant depuis longtemps quitté son port d’attache.
Le foulon des vagues l’avait blanchi comme le squelette d’un morse échoué. De longues traînées de rouille sillonnaient de sang ses flancs fantomatiques, les branches épaisses de ses espars et de son gréement étaient enrobées de givre comme un arbre hivernal. Il ne portait que ses basses voiles. Ses hommes de vigie aux longues barbes, perchés dans ses trois mâts, offraient une étrange vision. Ils semblaient enveloppés de peaux de bêtes tant étaient déchirés et rapiécés leurs vêtements qui avaient survécu à quelque quatre ans de voyage. Debout dans les cerceaux de fer fixés au mât, ils oscillaient sur une mer sans fond et bien que, leur navire venant à se trouver proche de notre poupe, nous autres, hommes juchés dans les airs, eussions pu sauter de nos mâts sur les leurs, ces pêcheurs de si pitoyable apparence se contentèrent de nous regarder avec douceur sans mot dire à nos hommes de vigie, cependant qu’un appel partait du gaillard d’arrière:
– Ohé! du navire! Avez-vous vu la Baleine blanche?
Mais tandis que le capitaine étranger, penché sur son pavois décoloré, s’apprêtait à élever jusqu’à ses lèvres son porte-voix, il lui échappa des mains et tomba à la mer. Or, le vent ayant fraîchi à nouveau, ce fut en vain qu’il tenta de se faire entendre sans cornet, cependant que son navire s’éloignait du nôtre. Tandis que les marins, chacun à leur manière, interprétaient en silence cet incident comme un mauvais présage, provoqué par la seule mention de la Baleine blanche faite à un autre navire, Achab parut réfléchir et on eût presque dit qu’il envisageait de mettre à la mer pour aborder le navire étranger, n’eût été la violence du vent. Profitant de l’avantage de se trouver au vent, il saisit de nouveau son porte-voix et, reconnaissant à son aspect que le navire était de Nantucket et qu’il y serait bientôt de retour, il cria fortement:
– Ohé! là-bas! Ici, le Péquod, en route pour le tour du monde! Dites-leur d’adresser nos lettres dans l’océan Pacifique! Et si je ne suis pas de retour d’ici trois ans, qu’ils les adressent à…
À cet instant les deux sillages se croisèrent et aussitôt obéissant à leurs mœurs étranges, des bancs d’inoffensifs petits poissons qui des jours durant nous avaient tranquillement escortés, filèrent loin de nous, les nageoires toutes frissonnantes, semblait-il, pour s’aller serrer à l’avant et à l’arrière du navire étranger. Bien qu’au cours de ses innombrables voyages Achab ait dû plus d’une fois voir se produire pareil phénomène, l’obsession sait charger d’un sens fantastique la moindre vétille. Il regarda la mer et murmura:
– Vous vous éloignez de moi, n’est-ce pas?
Ces mots en eux-mêmes étaient anodins, mais le timbre de sa voix trahissait un abandon, une tristesse profonde, tels que le vieil homme insensé n’en avait jamais encore manifestés. Mais se tournant vers le timonier qui jusqu’alors avait loffé pour ralentir le navire, il rugit de son habituelle voix de lion:
– La barre au vent! Le cap sur le tour du monde!
Le tour du monde! On peut tirer gloire des ces mots mais cette circumnavigation où mène-t-elle, à travers d’innombrables dangers, sinon au point dont nous sommes partis, ceux que nous avions laissés à l’abri derrière nous se trouvant toujours de ce fait devant nous.
Ce monde serait-il une plaine sans fin, qu’en faisant voile vers l’est, nous pourrions sans cesse atteindre des lieux nouveaux et découvrir des charmes plus étranges que ceux des Cyclades et des îles Salomon, le voyage alors serait une espérance. Mais lorsque nous poursuivons nos rêves autour d’un noyau de mystère, ou que nous livrons une chasse torturante à ce démon invisible qui, une fois ou l’autre, nage devant tout cœur humain, nous tournons en rond autour du monde et nous pénétrons dans de stériles labyrinthes, ou nous sombrons en chemin.
CHAPITRE LIII La gamme
La prétendue raison pour laquelle Achab n’avait pas rendu visite au baleinier dont nous venons de parler était que le vent et la mer menaçaient. Si tel n’avait pas été le cas, peut-être qu’il ne l’eût pas davantage abordé pour autant, si l’on en juge par la façon dont il se conduisit ultérieurement dans des circonstances identiques, lorsque, après avoir hélé un navire, il obtenait une réponse négative à sa question. Car il se révéla qu’il ne tenait pas à avoir de rapport avec un capitaine étranger, fût-ce pour cinq minutes, sauf si celui-ci pouvait lui fournir quelques-uns des indices à l’affût desquels il était avec vigilance. Mais tout cela resterait peu clair si nous ne disions ici un mot des usages établis entre navires baleiniers lorsqu’ils se rencontrent en des mers étrangères et plus particulièrement dans des parages de croisière communs.
Si deux étrangers viennent à se rencontrer dans les Pine Barrens de l’État de New York ou dans la plaine non moins désolée de Salisbury en Angleterre, si les hasards les mettent face à face dans des solitudes aussi inhospitalières, ils peuvent difficilement, fût-ce au prix de leur vie, éviter de se saluer et de s’arrêter un instant pour se donner des nouvelles, peut-être même de s’asseoir un moment et de se reposer ensemble. Il est combien plus naturel dès lors que, sur ces landes illimitées de la mer, deux navires baleiniers s’entr’apercevant aux confins du monde, au large de la solitaire île Fanning ou des distantes îles Gilbert, combien plus naturel, dis-je, qu’en pareilles circonstances ces navires ne se bornent pas à échanger des salutations mais recherchent un contact plus intime, plus amical, plus fraternel. Il semble que cela coule de source lorsque deux navires appartiennent, de plus, au même port d’attache et que le capitaine, ses officiers et bon nombre de ses hommes se connaissent personnellement et ont, dès lors, à parler de toutes sortes de choses chères et familiales.
Celui qui est parti depuis peu de temps a peut-être à bord des lettres destinées au navire depuis longtemps en mer, il est, à coup sûr, en possession de journaux plus récents d’une année ou deux que les liasses maculées et écornées du navire parti le premier. En courtois échange, le navire sur le chemin du retour donnera des renseignements tout frais et de la plus haute importance sur les parages de pêche où l’autre se rend éventuellement. Cela reste vrai aussi jusqu’à un certain point, lorsque les navires sont en mer depuis le même laps de temps, se rencontrant sur le lieu de croisière même car l’un d’eux peut avoir du courrier reçu d’un troisième navire, maintenant à son tour fort éloigné, et peut-être destiné au bâtiment rencontré. D’autre part, ils peuvent échanger des nouvelles de la pêche et bavarder agréablement, étant non seulement unis par la sympathie des marins entre eux, mais par cette communauté de sentiments engendrée par une même poursuite, par des privations et des dangers semblables.