Moby Dick
- Автор: Мелвилл Герман
- Язык: французский
- Жанр: Морские приключения
Электронная книга - «Moby Dick». Краткое содержание книги:
Faut-il présenter ce livre mythique, magnifique aventure, suspense prenant qui nous amène peu à peu à l'apocalypse finale, parabole chargée de thèmes universels et nouvelle Bible aux accents prophétiques.
Mes propres dispositions m’invitent à la relater dans les termes mêmes par lesquels j’en fis part, à Lima, à des amis espagnols à moi avec lesquels je m’attardais, à la veille d’une fête, tandis que nous fumions sur la terrasse aux pavés vermeils de l’Auberge Dorée. Parmi ces galants gentilshommes, les jeunes don Pedro et don Sebastian étaient mes intimes; c’est pourquoi ils m’interrompaient de questions auxquelles je répondis alors, comme de juste.
Quelque deux ans avant que j’apprenne les événements que je vais vous conter, messieurs, le Town-Ho, chasseur de cachalots de Nantucket, était en croisière dans votre Pacifique, à quelques jours de voile vers l’ouest de cette bonne Auberge Dorée, un peu au nord de la ligne. Un matin, tandis qu’on pompait, comme il était d’usage quotidien, on remarqua qu’il y avait plus d’eau que de coutume dans la cale. On crut, messieurs, qu’un espadon avait transpercé la quille. Mais le capitaine, ayant une raison insolite pour croire qu’une chose exceptionnelle l’attendait dans ces parages, répugnait à les quitter; d’autre part, la voie d’eau n’était pas considérée comme dangereuse, bien qu’en vérité les hommes n’aient pu la découvrir si bas qu’ils l’eussent cherchée dans les petits fonds pour autant que la grosse mer le permettait. Le navire poursuivit donc sa croisière, les matelots se relayant aisément aux pompes à de longs intervalles. Mais la chance ne vint pas, les jours passèrent et non seulement on ne trouva pas la voie d’eau mais elle s’aggrava sensiblement. De sorte que le capitaine, maintenant inquiet, mit le cap, toute toile dessus, sur l’île la plus proche offrant un port où il pourrait mettre en cale sèche et radouber. Bien qu’il eût de la route à faire, avec un peu de chance, il ne craignait aucunement d’aller par le fond, ses pompes étaient des meilleures et les trente-six hommes de son équipage s’y relevant régulièrement pouvaient sans peine soulager le navire, même si la voie d’eau doublait. Et en vérité, les vents ne cessant pas d’être favorables, le Town-Ho aurait eu toutes les chances d’atteindre en toute sécurité un port, n’eût été un incident fatal, provoqué par l’arrogance brutale de Radney, de Vineyard, le second, qui suscita la vengeance amèrement attisée de Steelkilt, un homme des Lacs, une tête brûlée, venant de Buffalo.
– Un homme des Lacs?… Buffalo! Je vous en prie, qu’est-ce qu’un homme des Lacs et où se trouve Buffalo? demanda don Sebastian, se soulevant dans le siège de rabane où il se balançait.
– Sur la rive est de notre lac Érié, señor, mais – je sollicite votre patience – car nous en reparlerons bientôt. Or, messieurs, sur les bricks à voiles carrées et sur les trois-mâts, les plus grands et les plus robustes qui aient fait voile de votre Callao vers les Philippines, personne plus que cet homme, venu d’un lac au cœur même de notre terre d’Amérique, n’avait reçu de ces impressions aventureuses que l’imagination populaire ne prête qu’à la mer libre. Car ces grandes mers d’eau douce des lacs Supérieur, Érié, Ontario, Huron, Michigan qui communiquent entre eux, ont une étendue océanique, de nombreuses caractéristiques de noblesse propres à l’Océan, et leurs rivages comportent la même diversité de races et de climats.
Ils ont, comme les eaux polynésiennes, de ronds archipels d’îles romantiques; comme l’Atlantique, ils séparent deux grandes nations fort dissemblables; ils sont une lointaine voie d’accès à la mer pour les nombreuses colonies de l’Est, établies un peu partout sur leurs rives; ici ou là des forts les menacent, comme les canons juchés, pareils à des chèvres dans les escarpements de Mackinac; ils ont entendu le grondement de victoires navales, ils cédèrent parfois leurs plages à des sauvages barbares dont les visages peints en rouge flamboyaient hors de leurs wigwams en peaux de bêtes; sur des lieues et des lieues, ils sont flanqués d’antiques forêts inviolées où des pins décharnés s’alignent comme les rois d’une généalogie gothique, où habitent de sauvages bêtes de proie et des créatures soyeuses dont les peaux partaient vêtir les empereurs tartares. Leurs eaux mirent aussi bien les capitales pavées de Cleveland et de Buffalo que les villages des Winnebagos, ils sont également sillonnés par le navire marchand gréé en trois-mâts carrés, par le croiseur de la marine de guerre, par le steamer et le canoë; ils sont balayés par des coups de vent du nord aussi funestes et destructeurs que ceux qui flagellent la mer, les naufrages ne leur sont pas étrangers car, hors de vue des terres qui les enferment, ils ont englouti la nuit bien des navires et leurs équipages hurlants.
C’est pourquoi, messieurs, bien que terrien, Steelkilt était né homme de l’Océan et fut nourri de la sauvagerie de la mer, marin audacieux s’il en fut. Quant à Radney, même si la mer l’avait nourri de son sein sur la grève désolée de Nantucket, même si ensuite il avait longuement parcouru notre austère Atlantique et votre méditatif Pacifique, il était tout aussi vindicatif et chicanier qu’un coureur des bois frais émoulu des régions où l’on manie le couteau de chasse en corne de cerf. Ce Nantuckais toutefois n’était pas sans bonté et cet homme des Lacs, une espèce de démon, à vrai dire, s’était longtemps montré inoffensif et docile parce qu’il avait été traité avec une inflexible fermeté tempérée par la simple politesse voulant qu’on reconnaisse dans l’autre un être humain, ce qui est le droit du plus humble esclave. Quoi qu’il en soit, il s’était montré jusqu’ici pacifique, mais Radney fut exaspéré et pris de folie, et Steelkilt… mais procédons par ordre:
Il n’y avait guère plus d’un jour ou deux que le Town-Ho avait mis le cap sur un port insulaire que sa voie d’eau parut s’accroître, ne requérant toutefois qu’un peu plus d’une heure de pompage par jour. Je dois vous dire, messieurs, que sur un Océan civilisé comme notre Atlantique, certains capitaines ne songent guère à pomper en cours de traversée, bien que, par une nuit calme et indolente, si l’officier de quart en venait à oublier son devoir dans ce domaine, il y ait de fortes chances que ni lui ni ses camarades de bord n’en gardassent le souvenir car ils seraient gentiment allés par le fond. Et même dans les mers solitaires et sauvages qui s’étendent loin à l’ouest de chez vous, messieurs, il est rare qu’un équipage se cramponne en chœur aux poignées des pompes, même lors d’un long voyage, pour autant que le navire ne soit pas trop loin d’une côte suffisamment accessible ou qu’il puisse trouver un refuge quelconque. C’est seulement lorsqu’il est en haute mer, sous des latitudes ne lui offrant aucune terre proche, que son capitaine commence à se sentir un peu soucieux.
Il en était allé à peu près ainsi avec le Town-Ho, de sorte que lorsqu’il commença à embarquer davantage, une inquiétude se répandit parmi quelques membres de l’équipage dont plus particulièrement Radney, le second. Il ordonna de hisser les voiles hautes, de les border à joindre, afin d’offrir le maximum de toile au vent. Je pense que ce Radney était aussi peu couard que possible, aussi peu enclin à craindre nerveusement pour sa personne que la créature la plus téméraire, la plus privée de discernement qu’il vous plaira d’imaginer, messieurs, tant sur mer que sur terre. De sorte que lorsqu’il manifesta une telle sollicitude pour la sécurité du navire, certains des matelots déclarèrent qu’elle provenait de ce qu’il en était en partie propriétaire. Aussi, tandis qu’ils travaillaient aux pompes ce soir-là, l’avaient-ils sournoisement pris comme tête de Turc, et s’en donnaient-ils à cœur joie, cependant que l’eau claire clapotait à leurs chevilles. Oui, messieurs, une eau claire comme une source de montagne bouillonnait au sortir des pompes, courait sur le pont et se déversait à jets réguliers par les dalots sous le vent.