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La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]

Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:

Pendant plus de sept cent mille ans, le Peuple avait vécu dans une caverne profonde, un Nid. Au dehors, la Terre avait été bombardée tout ce temps par une pluie de comètes et d’astéroïdes : un phénomène qui se reproduit sur Terre tous les vingt-six millions d’années et qui est responsable de l’extermination en masse d’espèces, comme jadis les dinosaures.
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
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Les deux vieillards gardent le silence. Mais il sent leur présence bienveillante qui le soutient et l’enrichit.

— Oh ! Thaggoran ! Oh ! Père ! Comme j’ai peur ! Comme je suis triste et las…

— Tu dis des bêtises ! lance Noum om Beng d’une voix cinglante.

— Oui, des bêtises ! murmure Thaggoran de sa voix fluette et éraillée. Tu as des moyens à ta disposition. Tu le sais bien ! Les pierres de lumière, Hresh ! Le moment est enfin venu de t’en servir.

— Les pierres de lumière ? Mais…

— Et puis le Barak Dayir, ajoute Noum om Beng dans un murmure ténu. Essaie cela aussi.

— Mais d’abord les pierres de lumière. Les pierres de lumière en premier.

— Oui, dit Hresh. Les pierres de lumière.

Il traverse la pièce. Les mains tremblantes, il sort les petits talismans de leur cachette. Les pierres de lumière sont encore un mystère pour lui après toutes ces années. Thaggoran est mort avant d’avoir eu le temps de lui expliquer comment s’en servir.

Il sait seulement que ce sont des instruments divinatoires, des cristaux naturels découverts sous le cocon, dans les profondeurs de la terre. Elles sont utilisées pour affiner la seconde vue et permettent de discerner certaines choses qui ne peuvent être perçues avec les méthodes habituelles.

Il les dispose soigneusement pour former une étoile à cinq branches, comme il a vu Thaggoran le faire dans le cocon, un jour où il l’espionnait. Et il a l’impression que Thaggoran se tient à ses côtés et qu’il le guide.

Les pierres de lumière sont noires et brillantes comme des miroirs, et elles luisent d’un éclat intérieur froid et dur. Hresh connaît leurs noms. Celle-ci s’appelle Vingir, celle-là Nilmir et les autres Dralmir, Hrongnir et Thungvir. Il regarde longuement les pierres. Il les touche l’une après l’autre. Il sent le pouvoir qui se trouve en elles. Puis, avec un profond respect, il s’ouvre à elles.

Dites-moi, dites-moi, dites-moi…

Il y a une sensation de chaleur. Un picotement. Hresh fait appel à sa seconde vue et il perçoit une sorte d’interaction avec les pierres.

— Continue, dit la voix éraillée de Thaggoran, dans l’ombre.

Dites-moi, dites-moi, dites-moi…

Les pierres deviennent plus chaudes. Elles palpitent sous ses doigts. Avec crainte, avec angoisse, il formule la question dont il redoute tant la réponse.

Ma fille… Est-elle encore vivante ?

Et il fait apparaître l’image de Nialli Apuilana.

Il s’écoule un certain temps. L’image de Nialli commence à flamboyer avec un rayonnement céleste. Une auréole éblouissante de lumière blanche l’entoure. Les yeux de Nialli Apuilana deviennent brillants et pénétrants. Elle sourit ; sa main est affectueusement tendue vers lui. Hresh sent toute la vitalité qui est en elle, l’énergie profonde dont elle est remplie.

Elle est donc vivante ?

L’image se rapproche de lui, rayonnante, les bras ouverts.

Oui. Oui, elle doit être vivante.

Sa présence est irrésistiblement réelle. Hresh a l’impression qu’elle est avec lui dans la pièce, en chair et en os, à portée de sa main. C’est assurément la preuve qu’elle vit, se dit-il. Assurément. Assurément.

Il regarde les pierres de lumière avec émerveillement et gratitude.

Mais où est-elle donc ?

Cela, les pierres de lumière ne peuvent le lui dire. La chaleur qu’elles émettent diminue, les picotements cessent. La froide clarté intérieure devient intermittente. L’image de Nialli qu’il a fait apparaître commence à s’estomper. Il se tourne vers Thaggoran et vers Noum om Beng. Mais il a de la peine à distinguer les deux vieux spectres chenus. Leurs formes se voilent dans l’obscurité, deviennent transparentes et irréelles.

Hresh pose vivement les mains sur Vingir et Hrongnir. Il caresse Dralmir, la plus grosse des pierres de lumière. Il appuie le bout de ses doigts sur Thungvir et Nilmir et il implore les pierres de lui donner une réponse. Mais il n’obtient rien de plus d’elles. Elles lui ont dit tout ce qu’elles avaient à lui dire ce jour-là.

Nialli est vivante. Il a au moins cette certitude.

— Elle est partie chez les hjjk, n’est-ce pas ? demande Hresh. Pourquoi ? Dites-moi pourquoi.

— La réponse est entre tes mains, dit Thaggoran.

— Je ne comprends pas. Comment…

— Le Barak Dayir, mon garçon, dit Noum om Beng. Utilise le Barak Dayir !

Hresh incline la tête. Il replace les pierres de lumière dans leur boîte et il sort de sa bourse l’autre talisman, le plus puissant, celui que le Peuple appelle la Pierre des Miracles, un objet antérieur à la Grande Planète, redouté de tous et qu’il est le seul à savoir utiliser. Depuis quelques années, Hresh commence lui aussi à le redouter. Du temps de sa jeunesse, il n’hésitait jamais à s’en servir pour se transporter jusqu’aux royaumes les plus éloignés de la perception, mais plus maintenant. Plus maintenant. Le Barak Dayir est devenu trop puissant pour lui. Chaque fois qu’il effleure la pierre de son organe sensoriel, il la sent pomper toute son énergie et les visions qu’elle lui donne sont si lourdes de signification qu’elles le laissent souvent hébété et étourdi. Depuis quelques années, il fait de plus en plus rarement appel au Barak Dayir.

Il prend la pierre dans sa main et contemple ses mystérieuses profondeurs.

— Vas-y, dit Thaggoran.

— Oui. Oui.

Hresh lève son organe sensoriel et l’enroule autour de la Pierre des Miracles, mais sans la toucher, puis, d’un mouvement très vif, il referme la spirale de son organe sensoriel sur le talisman et y applique l’extrémité de son appendice.

Il y a une secousse intense, une sensation de dislocation et il a l’impression de plonger dans un abîme sans fond. Mais aussitôt lui parvient la musique céleste et familière qu’il associe au talisman et qui l’enveloppe comme un voile, envahit son âme et le soutient. Il sait qu’il n’a rien à craindre. Il s’abandonne à cette musique, comme il l’a déjà fait si souvent, et il se laisse submerger et entraîner par elle dans les airs, emporter dans un univers de lumière, de couleur, de formes transcendantales où tout est possible, où le cosmos tout entier lui est accessible.

Il prend la direction du nord, à travers le grand continent dans toute son étendue, survolant des terres noircies, couvertes d’une croûte formée par les innombrables dépôts accumulés tout au long de l’histoire de la planète, les sédiments et les roches détritiques laissés par le monde qui était avant le monde.

Il laisse derrière lui la Cité de Dawinno, vaste et blanche et belle, nichée au creux de ses collines verdoyantes, en bordure de sa baie abritée. Il voit à l’occident l’immense et menaçante étendue sombre de la mer pesant de toute sa masse sur la moitié de la planète, renfermant des mystères si profonds qu’ils dépassent l’entendement. Il continue de s’élever, de plus en plus haut, toujours vers le nord. La cité cède la place à des habitations éparses, puis à des fermes et à la forêt.

Sans cesser de s’élever, il cherche l’étincelle ardente et brillante qu’est l’âme de Nialli Apuilana, mais il n’en perçoit nulle part la trace.

Il est déjà beaucoup plus au nord maintenant et, très loin au-dessous de lui, il distingue de minuscules villages, de petites taches d’un blanc et d’un vert vifs sur le fond brun des champs fraîchement labourés et, encore plus loin, les terres qui n’ont pas encore été repeuplées depuis le début du Printemps Nouveau, là où les animaux sauvages du Long Hiver errent en liberté dans les forêts et où les vestiges calcinés et érodés des cités de la Grande Planète gisent tels des fragments d’os racornis sur les plateaux déserts et desséchés par le vent. Et de ces cités mortes émane encore la présence écrasante et éclatante des Six Peuples dont l’empire s’étendait sur la totalité de la planète.

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