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Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi

Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:

Hortense est à Londres et c'est toujours hyper compliqué entre elle et Gary.
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
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— Non, dit Chaval qui tremblait à l’idée de la prison. À vrai dire, avant que vous veniez me chercher, j’avais tiré un trait sur tout projet de faire fortune… Hormis le loto, bien sûr.

— Pffft ! dit Henriette en haussant les épaules. C’est une occupation pour larves humaines… D’ailleurs, ce sont toujours des larves qui gagnent, jamais des gens prospères et diplômés !

— Parce qu’il y a une justice, murmura Chaval. Le loto console les éprouvés.

— Une morale au loto ! pesta Henriette. Quelle absurdité ! Mais vous dites n’importe quoi ! Vous cherchez des excuses à votre paresse !

— C’est tout ce qu’il me restait, s’excusa encore Chaval, les épaules basses.

— Vous avez vraiment peu d’ambition et peu de nerf ! Je vous pensais plus roublard… J’avais fondé de grands espoirs sur vous. Vous étiez entreprenant et rusé autrefois…

— Quand je vous dis qu’elle m’a lessivé, rompu…

— Mais arrêtez de parler de vous au passé ! Visualisez-vous, au contraire, comme un homme fort, puissant, riche. Vous n’êtes pas moche, vous pouvez avoir une lueur dans l’œil, une certaine dégaine. Vous avez une chance qu’elle vous revienne. Si ce n’est par amour, ce sera par intérêt et, entre les deux, la marge est mince et le résultat identique !

Il leva sur elle un regard rempli d’un espoir insensé, d’un espoir qu’il avait depuis longtemps remisé au rayon des objets perdus.

— Vous croyez que si je devenais très riche, elle me reprendrait ?

Car il préférait encore souffrir par elle que de végéter sans le moindre espoir de souffrir encore.

— Je n’en sais rien, mais je suis sûre qu’elle reconsidérerait l’affaire. Un homme riche est forcément un homme séduisant. Cela va de soi. C’est comme le nez au milieu de la figure. C’est ainsi que tourne le monde depuis la nuit des temps… Pensez à Cléopâtre. Elle n’a aimé que des hommes puissants, des hommes qui lui offraient des terres et des mers, des hommes prêts à tuer pour elle, que dis-je, tuer : massacrer. Elle ne s’est pas encombrée de lavettes ! Hortense ressemble plus à Cléopâtre qu’à Yseult ou Juliette !

Il n’osa pas demander qui étaient ces deux-là, mais retint la comparaison avec Cléopâtre. Un soir, il avait regardé le film avec sa mère en buvant une tisane de serpolet car ils étaient tous deux un peu fiévreux. Cléopâtre avait les yeux violets d’Elizabeth Taylor et une forte poitrine qui palpitait. Il ne savait plus que regarder : les grands yeux violets, troublants, impérieux ou les globes laiteux qui montaient et descendaient sur l’écran. Il était allé se branler dans les cabinets.

— Et il faudrait que je fasse quoi pour devenir riche ? demanda-t-il en se redressant, soulevé par les seins volumineux de Cléopâtre.

— Qu’on trouve une combine tous les deux et une combine sûre… Ensuite, avec votre connaissance de l’entreprise et mon imagination, on se remplit les poches. Je n’aurai pas de scrupules, moi ! Je foncerai…

— Si seulement je pouvais la retrouver… m’enfoncer encore une fois dans ce fourreau humide et chaud…

— Chaval ! hurla Henriette en frappant la table. Je ne veux plus jamais vous entendre parler ainsi de ma petite-fille ! Vous avez compris ? Ou je vous dénonce à la brigade des mœurs. Après tout, vous l’avez reconnu vous-même, vous avez eu des relations coupables avec une gamine qui n’avait pas seize ans… Cela vous conduit tout droit en prison. Et vous savez ce qu’on fait en prison aux violeurs de petites filles ?

Chaval la dévisagea, terrifié, les épaules secouées d’une trépidation involontaire.

— Oh non ! madame… pas ça, pas ça…

— Alors vous me trouvez une idée, une idée brillante pour dévaliser le père Grobz. Vous avez une semaine. Pas un jour de plus ! Dans huit jours, nous nous retrouverons à l’église Saint-Étienne, dans la petite chapelle de la Vierge Marie, chacun sur son prie-Dieu, et vous me confierez votre plan… sinon, c’est la prison !

Chaval, à présent, tremblait de tous ses membres. C’est qu’elle en était capable, la vieille ! Il pouvait lire sur son visage une détermination de bête féroce prête à manger son petit pour ne pas mourir de faim.

— Oui, madame…

— Rompez maintenant ! Et faites marcher vos méninges ! Depuis le temps qu’elles sont en jachère, elles se sont assez reposées… Allez, hop !

Il se leva. Bredouilla au revoir, madame et se retira en glissant vers la sortie tel un forçat évadé qui ne tient pas à se faire remarquer.

— Garçon ! l’addition, commanda Henriette d’une voix forte en sortant son porte-monnaie pour payer les consommations.

Il lui restait de la monnaie dérobée dans les troncs de l’église. Les serrures étaient branlantes. On les forçait aisément tout en les refermant aussi aisément. Ni vu ni connu. Il suffisait juste de passer avant l’abbé. Maigre récolte, se dit-elle en comptant les piécettes, les paroissiens deviennent pingres. Ou l’abbé m’a repérée et vide les troncs plus souvent. Pauvre Jésus, pauvre Vierge Marie, pauvre saint Étienne ! La ferveur religieuse n’est plus ce qu’elle était et vous en faites les frais…

Et elle se mit à blâmer une époque qui ne respectait ni les femmes seules, ni les prêtres dépourvus de ressources. Et après, on s’étonne que les âmes pures versent dans le crime, mais ce n’est que justice, se dit-elle, que justice…

Le premier janvier au soir, chez les Cortès, chacun jouait à être gai. Gesticulait, s’exclamait, tentait de dissimuler les tourments de son cœur sous une mine enjouée, des rires forcés, mais chacun aussi sentait les limites de cette gaieté artificielle.

On se serait cru à un bal masqué pour convalescents.

Joséphine parlait en s’étourdissant pour ne pas penser à la montre de Dottie posée sur la table de nuit ; elle faisait réchauffer un lapin à la moutarde et tournait lentement une cuillère en bois en racontant n’importe quoi… Elle riait faux, elle parlait faux, elle renversait une bouteille de lait, goûtait un morceau de beurre, glissait une tranche de saucisson dans le toasteur.

Zoé marchait les jambes écartées, Gaétan posait un bras sur ses épaules en un geste de propriétaire confiant. Hortense et Gary se mesuraient, se rapprochaient, se cognaient, puis se détachaient en grommelant. Shirley observait son fils et songeait qu’il était en train de la pousser tout doucement vers une capitulation forcée des sens et du cœur. Est-ce cela aimer son enfant plus que tout ? s’interrogeait-elle. Et pourquoi ai-je l’impression de renoncer à mon dernier amour ? Ma vie n’est pas finie tout de même…

Seul Du Guesclin allait de l’un à l’autre avec entrain en quête d’une caresse, d’un peu de sauce sur un morceau de pain, d’un sucre candi qui traînerait sur la table. Il se dandinait sur ses grosses pattes carrées comme un chien impatient guette la récompense, de longs filets de salive pendant aux babines.

Chacun pensait à soi en faisant semblant de s’intéresser aux autres.

Il part après-demain et je ne le revois plus avant longtemps, se tourmentait Zoé, est-ce qu’il m’aimera autant qu’avant ? Et si j’étais enceinte ?

Ça y est ! exultait Gaétan, je l’ai fait, je l’ai fait, je suis un homme, un vrai ! Je l’aime et elle m’aime, elle m’aime et je l’aime.

Cette nuit, c’est pour cette nuit, bourdonnait Hortense en passant la main dans le cou de Gary, je ferai semblant d’aller me coucher dans la chambre de Zoé et je le rejoindrai, je me glisserai contre lui, je l’embrasserai, je tournerai sept fois ma langue dans sa bouche, ce sera bon, ce sera bon…

Elle croit qu’elle va m’avoir comme ça, mais non, mais non, c’est trop facile, maugréait Gary en se resservant de pâtes fraîches et de lapin à la moutarde, je peux aussi avoir une tranche de pain ou c’est trop te demander ? disait-il à Hortense qui lui tendait un morceau de baguette avec un large sourire confiant…

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