Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
Elle a un sourire un peu idiot. Il a le même sourire idiot. Ils s’appuient, à bout de souffle, contre le battant de la porte d’entrée. Ils laissent tomber la tête, les bras, les épaules, ils se rapprochent, ils se butent front contre front, lèvres contre lèvres…
— On le dit à personne, dit Gaétan.
— On le dit à personne. C’est notre secret, répond Zoé.
Et elle a envie de le dire à tout le monde.
Il est dix heures du matin quand Gary et Hortense sortent de la boîte de nuit, le Show Case, sous le pont Alexandre-III.
Ils attendent Peter et Rupert qui baratinent la fille du vestiaire. Ils veulent l’embarquer, ils veulent qu’elle trouve une copine pour que deux plus deux fassent quatre, et la fille sourit sans répondre en effaçant d’un doigt l’ombre à paupières verte qui mouille le pli de ses yeux fatigués.
Hortense et Gary s’accoudent à la balustrade en pierre au-dessus de la Seine. Ils soupirent dans un même souffle, c’est beau, Paris ! et se donnent un coup de coude complice.
Une lumière blême, entre jaune et gris, se reflète dans les eaux noires, faisant des bosses et des trous, et un voile de brume flotte tel un long drap. Un bateau passe, les passagers allongés sur le pont avant hurlent bonne année en tendant une bouteille vers eux. Ils leur répondent en agitant une main molle.
— Elle viendra pas, la fille, dit Gary.
— Et pourquoi pas ?
— Parce qu’elle a pas fini sa nuit, qu’elle tombe de sommeil, qu’elle a rangé des tonnes de manteaux, donné des tonnes de tickets, qu’elle en a marre des fêtards qui essaient de la draguer… elle ne rêve que d’un truc, c’est de son lit.
— Monsieur est fin psychologue, sourit Hortense en caressant la manche de Gary.
— Monsieur observe les gens. Et monsieur a très envie de vous embrasser…
Elle semble hésiter, balance un peu, ferme les yeux et se penche par-dessus la balustrade qui surplombe le quai tout cabossé de pavés. Un sourire étire ses lèvres, un petit sourire qui ne s’adresse qu’à elle-même.
— One penny for your thoughts, dit Gary.
— Je pense à mes vitrines. Dans vingt-quatre heures, je saurai…
— Tu fais chier.
Peter et Rupert les rejoignent. Seuls. Gary avait raison, la fille rêve de son lit.
— Alors les amoureux ? On fête le premier jour de l’an ? dit Peter en nettoyant ses petites lunettes rondes de son écharpe en laine qui laisse des peluches partout.
— On fête rien du tout ! dit Gary en se détachant ostensiblement d’Hortense. Et moi, je rentre…
— Attends-moi, crie Hortense alors qu’il s’éloigne, le col de son caban relevé, les mains crevant ses poches.
— Qu’est-ce qu’il a ? demande Peter.
— Il trouve que je suis pas assez romantique…
— S’il voulait une fille romantique, il fallait qu’il cherche ailleurs, dit Peter.
Rupert rigole. Il boit au goulot d’une bouteille de scotch qu’il a mise dans sa poche en sortant de la boîte.
— Hier soir, chez Jean, on a joué au poker sur Internet et j’ai gagné une strip-teaseuse, dit Rupert.
— Vous dormez où ? demande Hortense, renonçant à poursuivre Gary.
— Chez l’oncle de Jean… rue Lecourbe.
— C’est qui, Jean ?
— Un possible coloc…
— Un quoi ?
— Ah ! on t’a pas dit ? On va devoir trouver un nouveau coloc…
— Vous auriez pu m’en parler…
— On n’est plus sûrs de pouvoir continuer à payer le loyer, affirme Peter. Sam est sur le point de perdre son job, il laisse sa chambre, il retourne chez ses parents. Il n’a plus un rond…
— On est tous fauchés, ajoute Rupert. Tout le monde se casse en ce moment, la City se vide, les banquiers se retrouvent vendeurs de frites chez MacDo, c’est sinistre. Alors on est venus à Paris… C’est Jean qui nous a invités. Chez son oncle.
— Je suis partie, il y a dix jours, et vous en profitez pour tout changer…
— On n’a pas encore décidé, mais c’est sûr que Jean est notre nouvel ami…, disent en chœur les deux garçons.
— Il est français ?
— Oui. Français et méritant. C’est un garçon au physique un peu ingrat, tu risques d’avoir du mal avec lui au début…
— Ça commence bien ! dit Hortense en bâillant. Quel ennui !
— … il étudie à la LSE, l’économie et la finance internationale, il travaille pour se payer ses sandwichs et son loyer, tu n’auras pas forcément envie de le séduire… car il souffre d’une acné envahissante et nous connaissons tous ton goût pour les fronts lisses, les joues roses, les garçons propres, sains, appétissants !
— Je vais devoir partager la salle de bains avec un boutonneux…
— On n’a pas encore décidé, mais on l’aime bien, c’est sûr…, dit Peter.
Elle proteste pour la forme. Elle sait bien que la vie est chaque jour plus difficile pour les garçons ; ceux qui travaillent prient pour garder leur emploi, les autres dépendent de leurs parents qui, eux-mêmes, prient pour garder leur emploi.
Et puis, elle aurait détesté qu’ils choisissent une fille.
Elle n’aime pas les filles. Elle déteste les déjeuners entre copines, les gloussements, les confidences, les séances de shopping, la jalousie sous les grands sourires. Avec les filles, il faut toujours composer, avancer à pas de loup, ménager une sensibilité, une susceptibilité.
Elle aime aller droit au but. On gagne du temps en allant droit au but. Et puis, elle n’a rien à dire à tout le monde.
— C’était ça ou on augmentait chacun notre contribution et compte tenu des prix qui grimpent à vue d’œil…
— À ce point ? demande Hortense, sceptique.
— Tout augmente. Tesco devient hors de prix ! Le Black Currant de Ribena ? Hors de prix ! Les chips Walkers au vinaigre ? Hors de prix ! Le dark chocolate de Cadbury ? Hors de prix ! Les délicieux crackers Carr’s ? Hors de prix ! Les pork sausages dégueulasses dont nous raffolons ? Hors de prix ! La Worcestershire sauce ? Hors de prix ! Et le ticket de métro a encore augmenté !
— L’heure est grave, ma chère Hortense…
— Je m’en fous, dit Hortense, je vais avoir mes vitrines ! Et même si je devais dormir sur le trottoir, je me relèverais la nuit pour y travailler, je veux que ce soit un triomphe…
— Mais nous n’en doutons pas, nous n’en doutons pas une seconde !
Et sur ces paroles, ils prennent congé en s’inclinant, égrènent une ribambelle de au revoir, ma belle et se disputent la bouteille de scotch.
Ils traversent le pont pour regagner l’appartement de l’oncle de Jean. Rue Lecourbe, rue Lecourbe, c’est à droite ou c’est à gauche…
— C’est en France, hurlent-ils en zigzaguant.
Hortense rentre à pied. Elle a besoin de réfléchir. En enfonçant les talons dans le macadam de Paris. Paris qui s’étire après une nuit de fête… Il y a des bouteilles de bière et de champagne sur les bancs publics, dans les poubelles, au pied des feux rouges. Paris, belle ville endormie, ville langoureuse, ville paresseuse, ville amoureuse. J’ai perdu mon amoureux. Il a disparu dans le petit matin gris, les mains furieuses dans les poches de son caban bleu… Le long ruban de brume s’efface au-dessus des toits gris de Paris. J’ai perdu mon amoureux, mon amoureux, mon amoureux, elle chantonne en sautant par-dessus les caniveaux recouverts de glace transparente.