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Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi

Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:

Hortense est à Londres et c'est toujours hyper compliqué entre elle et Gary.
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
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— Bonjour, ma chérie, dit Jo, en inspectant sa fille des pieds à la tête. Tu as bien dormi ?

— Maman ! Maman ! J’ai mes vitrines ! Je les ai ! Miss Farland vient de m’appeler, je pars ! J’ai rendez-vous à cinq heures dans son bureau à Londres ! Super, génial, trop cool, méga-trendy, over droopy youpi youpos, I’m the big boss !

— Tu pars pour Londres ? répétèrent, ébahies, Shirley et Joséphine. Mais…

Elles avaient failli dire mais Gary ? et s’étaient retenues à temps.

— … ce n’est pas un peu précipité comme départ ? dit Joséphine.

— Maman ! J’AI MES VITRINES ! Tu vois, j’avais raison ! J’avais raison ! Je peux emporter le reste de lapin à la moutarde pour ce soir ? Je n’aurai pas le temps de faire les courses et je ne sais pas si les garçons auront laissé un frigo plein…

Et elle retourna dans sa chambre faire son sac en silence.

— Ouvre grand les oreilles ! On va avoir droit à une scène ! prévint Shirley.

— Elle peut pas tenir en place une seconde ! Mais de qui tient-elle ça ? se lamenta Joséphine. Et lui, il va être malheureux comme les pierres…

— Il était averti. Il savait très bien qu’il n’allait pas la transformer en bonne petite ménagère…

— J’ai rêvé ou ton portable a sonné ? demanda Gary appuyé sur un coude, dans le lit.

Hortense le regarda et se dit qu’il est beau ! mais qu’il est beau ! Elle eut envie de recommencer la nuit.

— Ah ? T’es réveillé ? elle répondit d’une petite voix voilée.

— Ou alors je dors les yeux grand ouverts ! ironisa Gary.

Hortense avait ouvert sa penderie et entassait ses affaires dans son sac.

— Tu fais quoi ? demanda-t-il en ramenant les oreillers contre lui.

— Mon sac. Je pars pour Londres…

— Dans la minute ?

— J’ai rendez-vous à cinq heures tapantes avec Miss Farland. Oh pardon ! Paula. Elle m’a dit de l’appeler Paula désormais…

— Tu as gagné le concours ?

— Oui.

— Félicitations, dit-il d’un ton lugubre en se recouchant et en lui tournant le dos.

Hortense le regarda, découragée. Oh non ! gémit-elle silencieusement, oh non ! ne fais pas la tête, ne me fais pas ça. C’est suffisamment dur de partir…

Elle vint s’asseoir sur le lit et s’adressa au dos tourné.

— Essaie de comprendre. C’est mon rêve, mon rêve qui devient réalité…

— Je suis très content pour toi… j’en ai peut-être pas l’air, mais je suis hilare ! marmonna-t-il le nez dans l’oreiller.

— Gary… s’il te plaît… Je veux faire quelque chose de grand de ma vie, je veux avancer, réussir, arriver tout en haut, cela signifie tout pour moi…

— Tout ? releva-t-il, ironique.

— Gary… Cette nuit a été… formidable. Plus que formidable. Je n’aurais jamais cru que… J’ai cru devenir folle, folle de plaisir, de bonheur…

— Merci beaucoup, ma chère, l’interrompit Gary. Je suis très ému d’avoir été à la hauteur.

— Je n’avais jamais connu ça, Gary, jamais…

— Mais tu files à Londres et tu étais en train de faire ton sac en espérant que je ne me réveille pas…

Elle parlait toujours à un dos tourné. Un dos tourné de méchante humeur.

— C’est une occasion incroyable, Gary. Et si je n’y vais pas…

— Si tu ne te présentes pas au garde-à-vous devant Miss Farland ?

— Si je n’y vais pas, il se peut qu’une autre ou qu’un autre me pique ma place !

— Alors vas-y, Hortense, cours, vole, saute dans l’Eurostar, prosterne-toi aux pieds de Miss Farland… Je ne te retiens pas. Je comprends très bien. C’est logique… Ou plutôt je devrais dire, c’est dans ta logique.

— Mais je te quitte pas pour un autre !

— Pour deux vitrines à la con chez Harrods ! Le magasin le plus vulgaire de Londres ! C’est de ma faute aussi. D’habitude, je suis plus clairvoyant avec les filles…

Hortense le regarda, les bras et les jambes coupés. Il ne pouvait pas dire ça ! La mettre sur le même plan que les autres filles. Il passait des nuits comme ça avec toutes les filles ? Impossible. Cette nuit avait été unique. Ce ne pouvait pas être autrement pour lui. Impossible, impossible.

— Mais ça ne veut pas dire que j’efface ce qu’on a vécu, cette nuit, nous deux, insista-t-elle en appuyant sur le « nous deux ».

— C’est qui, « nous deux » ? demanda-t-il en se retournant vers elle.

— On a tout le temps, Gary, tout le temps.

Il la regarda avec un grand sourire.

— Mais je ne te retiens pas, Hortense. Vas-y. Je vais te regarder faire ton sac sans gémir ni grincer des dents, si tu oublies quelque chose, je te le signalerai. Tu vois, je suis prêt à t’aider…

— Gary, arrête ! trépigna Hortense. C’est ma vie que je suis en train de prendre en main. Là. En ce moment. Ma passion qui va se réaliser… Et je le ferais contre tous, s’il le fallait…

— C’est exactement ce que je vois… une passion qui se réalise. C’est beau, je n’avais jamais vu ça de si près. J’applaudis !

Il joignit ses mains et applaudit mollement comme s’il se moquait.

— C’est pas contre toi, Gary… Mais il faut que je parte ! Viens avec moi.

— Pour porter tes sacs et décorer tes vitrines ? Non merci ! J’ai mieux à faire.

Et puis Hortense réfléchit. Elle n’allait pas se mettre à genoux devant lui. Il ne comprenait pas ? Tant pis ! Elle partirait. Seule. Elle était habituée à être seule. Elle n’en était pas morte. Elle avait vingt ans et toute la vie devant elle.

— Eh bien ! Reste ici. Boude tranquille ! Je prendrai Harrods, je prendrai Londres, je prendrai Paris, je prendrai New York, Milan, Tokyo… Et je le ferai sans toi puisque tu fais la tronche.

Il applaudit encore, de plus en plus ironique.

— Tu es formidable, Hortense, formidable ! Je m’incline devant la grande artiste…

Alors elle eut le sentiment qu’il l’humiliait, qu’il se moquait de son envie de réussir, qu’il la rangeait dans le même sac que les opportunistes, les arrivistes, les petites connes prêtes à tout, I want to be a star, I want to be a star, celles qui rêvent d’un quart d’heure de gloire en se collant contre un pipole éméché en fin de soirée. Il la rabaissait au rang des besogneuses et se haussait, lui, au côté des vrais artistes. Ceux qui honorent l’Homme, collent des majuscules partout et avancent en toute probité dans la vie. Il l’écrasait de son mépris. Tout son être se révolta, elle ne le supporta pas.

— Oh mais… c’est facile pour toi de dire ça, monsieur le coq en pâte ! Monsieur le petit-fils de la reine ! Monsieur j’ai pas besoin de gagner ma vie, j’ai qu’à faire des gammes nonchalantes qui montent et qui descendent sur un clavier en me prenant pour Glenn Gould ! Trop facile !

— Hortense ! Je t’interdis de dire ça, c’est bas… très bas, répondit Gary qui avait pâli.

— Je le dis comme je le pense ! La vie est trop facile pour toi, Gary ! Tu tends une main molle et l’argent tombe. C’est pour ça que tu joues les offensés. T’as jamais eu à te battre ! Jamais ! Moi, je me défends depuis que je suis toute petite !

— Pauvre petite fille !

— Exactement : pauvre petite fille ! Et j’en suis fière !

— Alors continue à mordre les gens ! Tu excelles à ce truc-là !

— Pauvre type !

— Je ne relèverai pas…

— Je te déteste !

— Et moi, même pas ! Il y en a plein de filles comme toi. Elles courent les rues… Tu sais comment on les appelle ?

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