Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
— J’ai froid, je vais chercher un pull, dit Dottie en se dégageant, des larmes dans les yeux.
— T’es triste ? demande Alexandre à son père.
— Non. Pourquoi tu dis ça ?
— Tu penses à maman… Elle aimait les feux d’artifice. Tu sais, parfois elle me manque. J’ai envie de lui dire des choses et juste, elle est plus là…
Philippe ne sait pas quoi dire. À court de paroles, pris par surprise. Pas très courageux, non plus. Parler, c’est poser des mots. Si je dis des mots maladroits, Alexandre se souviendra de ces mots-là. Pourtant je devrais lui parler…
— C’est drôle parce qu’on se parlait pas beaucoup…, ajoute Alexandre.
— Je sais… Elle était secrète, réservée… Mais elle t’aimait. Elle allait s’allonger dans ta chambre quand tu n’arrivais pas à dormir, elle te prenait dans ses bras, te berçait et moi, j’étais furieux !
— Depuis que Becca est là, et Dottie aussi, ça va mieux, dit Alexandre. Avant, c’était un peu triste, rien que nous deux…
— Ah ?
— J’aime bien comme c’est maintenant…
— Moi aussi…
Et c’est vrai. Ils viennent de passer une semaine de grandes vacances. Chacun a trouvé ses marques dans la maison. Becca dans la lingerie transformée en chambre, Dottie et lui dans sa chambre. La présence si légère de Dottie qui ne demande rien et frémit de bonheur retenu, un bonheur qu’elle ne veut pas montrer de peur qu’il ne s’évapore. Annie qui bavarde avec Becca, lui montre des cartes postales de sa Bretagne natale. Brest. Ça, c’est Brest et ça, c’est Quimper, répète-t-elle, Quimper… et Becca qui n’arrive à prononcer ni les « qu », ni les « r » et ânonne les syllabes, la bouche pleine de bouillie anglaise.
— Suis content, papa.
— Et moi je suis content que tu sois content…
— Je voudrais pas que ça change.
Becca est allée se coucher à minuit trente. Depuis que j’ai une vraie maison, je dors tout le temps. Je deviens une vraie petite vieille. Le confort, ça ramollit. J’étais plus vaillante dans le parc. Elle dit ça en souriant, mais on devine qu’elle le pense et que ça ne lui plaît pas beaucoup.
— Je crois même que j’ai jamais été aussi heureux…, soupire Alexandre.
Il regarde son père. A un large sourire. Un sourire d’homme à homme.
— Suis heureux, répète-t-il en regardant le bouquet final illuminer le parc.
Zoé et Gaétan sont descendus à la cave. Avec une bougie, des allumettes, un fond de bouteille de champagne et deux verres à dents. Gaétan gratte l’allumette et la cave s’éclaire d’une lueur tremblante. Zoé ramène ses jambes contre elle et se recroqueville contre lui en se plaignant du sol dur et froid.
— Tu te souviens la première fois… dans la cave avec Paul Merson ?
— Je l’ai pas vu Paul…
— Il a dû partir au ski…
Elle resserre le haut de son manteau et enfonce son menton dans le col qui gratte un peu.
— Dans trois jours, tu repars, elle murmure.
— N’y pense pas. Ça ne sert à rien…
— Je peux pas m’en empêcher.
— Tu aimes tant que ça être malheureuse ?
— Tu seras malheureux, toi ? elle demande en levant un petit nez inquiet de femme aux aguets.
Elle se sent chavirée face à ce garçon qui essaie d’avoir l’air grand et de dominer la vie. Elle n’est plus certaine de rien. Ce doit être ça aussi, être amoureuse. Ne plus être certaine de rien, douter, avoir le trac, imaginer le pire.
Il enfonce le nez dans les cheveux de Zoé et ne répond pas.
Zoé soupire. L’amour, c’est comme les montagnes russes, ça monte et ça descend, ça change tout le temps. Un coup, je suis sûre qu’il m’aime et je danse de joie, un coup, je ne sais plus et j’ai envie de m’asseoir par terre et de mourir.
— Pourquoi tu te laves les cheveux tous les jours ? demande Gaétan en remuant son nez dans les cheveux de Zoé.
— Parce que j’aime pas quand le matin, il sentent… ils sentent le sommeil…
— Et moi, j’aime bien le matin sentir le sommeil dans tes cheveux…
Et le corps de Zoé se détend, ses épaules tombent ; elle se pousse contre lui comme un animal qui cherche la chaleur de l’autre pour s’endormir et tend son verre pour qu’il le remplisse de champagne.
Joséphine glisse dans le lit aux côtés de Shirley. Elle dort droite, les mains croisées sur la poitrine. Elle songe aux gisants du Moyen Âge, à ces hommes, à ces femmes remarquables qu’on a représentés, allongés sur une couche de pierre ou de marbre. Ils ont dirigé de main de maître une province, une abbaye, un château, résisté aux bandes de pillards, aux seigneurs de la guerre, au feu, à la poix bouillante, aux violences des soldats qui coupaient les seins, les nez et violaient les femmes. Nous sommes deux femmes saccagées par les hommes, deux femmes qui se replient dans la solitude glacée d’un château ou d’un cloître et dorment côte à côte, les mains jointes. Allongées parce que mortes. On dormait assis au Moyen Âge. Assis, entouré de coussins, les jambes allongées, le corps à angle droit. On redoutait la position horizontale. Elle signifiait la mort.
Du Guesclin pousse la porte de la chambre et s’enroule au pied du lit. Joséphine sourit dans le noir. Il devine son sourire et vient lui lécher la main. Le chien aux pieds de la gisante était un symbole de fidélité. Doug a raison, je suis une femme fidèle et elle se penche pour le caresser.
Je suis une femme fidèle et il dort avec une autre.
Dans la nuit, Shirley se réveille et entend Joséphine qui pleure doucement.
— Pourquoi tu pleures ? Il ne faut pas commencer l’année en pleurant…
— C’est Philippe, hoquette Joséphine. Je l’ai appelé. C’est Dottie qui a décroché… et elle dort avec lui. Elle est même installée chez lui, dans sa chambre et ça fait mal… Elle avait perdu sa montre et elle était sur sa table de nuit à lui et ça avait l’air normal…
— Tu lui as parlé ?
— Non… J’ai raccroché. J’ai pas pu lui parler… j’ai entendu Alexandre qui disait tout ça en s’adressant à Dottie… Il disait j’ai retrouvé ta montre, elle était sur la table de nuit de papa…
Shirley n’est pas sûre de comprendre. Elle retient que Joséphine a de la peine, qu’il ne faut pas lui demander d’explications.
— C’était pas notre jour, hein ?
— Non, c’était pas notre jour du tout, dit Joséphine en repliant un bout de drap et en le mâchouillant. N’empêche qu’on commence mal l’année…
— Mais on a un an pour se rattraper !
— Moi, je ne rattraperai rien du tout. Je finirai comme Hildegarde de Bingen. Dans un couvent…
— Tu te vantes pas un peu, là ? C’était une vraie vierge, elle…
— Je renonce à l’amour… Et puis d’abord, je suis trop vieille ! Je vais avoir quarante-cinq ans…
— Dans un an !
— Ma vie est finie. J’ai passé mon tour.
Et elle se remet à sangloter de plus belle.
— Oh là là ! Mais tu mélanges tout, Jo ! OK, il passe le 31 avec Dottie, mais c’est de ta faute aussi… Tu ne bouges pas, tu l’appelles pas, tu restes plantée comme un bâton en France !
— Mais comment je fais pour bouger ? s’écrie Joséphine en se redressant dans le lit. C’est le mari de ma sœur ! Je peux rien faire contre ça !
— Mais elle est morte, ta sœur !
— Elle est plus là, mais moi, j’y pense tout le temps…
— Pense à autre chose ! Pense à ses cendres et redeviens vivante, sexy !
— Je ne suis pas sexy, je suis moche, vieille et bête…
— C’est bien ce que je pensais, t’es complètement cinglée… reviens sur terre, Jo, cet homme est magnifique et tu es juste en train de le laisser passer avec tes voiles de veuve… C’est toi qui l’abandonnes, pas lui !