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Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi

Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:

Hortense est à Londres et c'est toujours hyper compliqué entre elle et Gary.
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
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À quatre heures du matin, Joséphine eut soif et se leva.

Dans le couloir, provenant de la chambre d’Hortense, elle entendit des bruits de lit qui grince, des bruits de lutte douce, des gémissements, des soupirs.

Elle s’immobilisa dans sa longue chemise de nuit blanche en coton. Frissonna.

Hortense et Gary…

Elle alla pousser la porte de la chambre de Zoé, tout doucement, tout doucement…

Zoé et Gaétan dormaient, nus, enlacés.

Le bras nu de Gaétan sur l’épaule nue de Zoé…

Le sourire repu, heureux de Zoé.

Un sourire de femme…

— Cette fois, c’est sûr, je suis complètement dépassée, dit Joséphine à Shirley en revenant se coucher.

Shirley se frotta les yeux et la regarda.

— Qu’est-ce que tu fais ? T’es debout en pleine nuit ?

— Je peux te dire que ton fils et ma fille s’envoient en l’air et que ça n’a pas l’air triste !

— Enfin…, soupira Shirley en pétrissant son oreiller afin qu’il reprenne sa forme rebondie. Depuis le temps que ça leur pendait au nez !

— Et que Zoé et Gaétan dorment du sommeil de deux justes et qu’à mon avis ils ont forniqué…

— Ah ? Zoé aussi ?

— C’est tout l’effet que ça te fait ?

— Écoute, Jo, c’est la vie… Elle l’aime, il l’aime. Réjouis-toi !

— Elle a quinze ans ! C’est beaucoup trop tôt !

— Oui, mais elle a Gaétan dans la tête depuis longtemps. Ça devait arriver…

— Ils auraient pu attendre… Qu’est-ce que je vais lui dire, moi ? Est-ce qu’il faut que je dise quelque chose ou que je fasse semblant d’ignorer ?

— Laisse venir. Si elle a envie de t’en parler, elle t’en parlera…

— Pourvu qu’elle ne tombe pas enceinte !

— Pourvu que ça se soit bien passé ! Il m’a l’air un peu jeune pour être un parfait amant…

— Je me rappelle plus quand elle a eu ses souris-mimi…

— C’est quoi, ce truc ? demanda Shirley qui avait enfin trouvé le bon creux dans l’oreiller et y lovait sa joue.

— C’est Zoé qui a inventé ce mot. Au lieu de dire « rat-gnagna », elle dit « souris-mimi », c’est mignon, non ?

— Très mimi… de l’art de transformer un truc pas ragoûtant en babiole de décoration !

Joséphine réfléchit encore, croisa les bras sur sa poitrine et laissa tomber, funèbre :

— On a l’air malignes toutes les deux dans notre lit !

— Deux bonnes sœurs fripées ! Va falloir t’y faire, ma belle, on est en train de passer les clés du désir à notre progéniture, on vieillit, on vieillit !

Joséphine méditait. Vieille, vieille, vieille. Elle avait fait un exposé sur les origines du mot « vieux ». À l’université de Lyon 2-Lumière. Premier emploi de « vieil » dans la Vie de saint Alexis, puis dans la Chanson de Roland en 1080. Du latin vetus, puis vetulus, de l’ancien français viez, qui correspondait aux notions d’« ancien » dans le sens de « qui se bonifie avec l’âge, vétéran, expérimenté », mais aussi à celui d’« usé ». Sens qui émergea au douzième siècle. « Altéré, hors d’usage, bon à jeter. » À partir de quel âge devient-on bonne à jeter ? Y a-t-il une date officielle comme sur les yaourts ? Qui décide ? Le regard des autres qui vous ratatine en pomme ridée ou le désir qui se retire et sonne le clairon de la retraite ? « Verte vieillesse », assurait Rabelais, bon vivant. « Vieillard », disait Corneille en évoquant Don Diègue, incapable de défendre son honneur. Au douzième siècle, on était un vieillard à quarante ans. Vieillir. Drôle de mot.

— Tu crois qu’il dort avec Dottie, ce soir ?

Dottie n’est pas vieille. Dottie n’est pas vétuste. Dottie est un yaourt non périmé.

— Arrête, Jo ! Je te dis qu’elle dort chez elle et qu’il se morfond chez lui… Il pense à toi et tâte son grand lit vide. Comme lui. Livide !

Shirley donna une bourrade à Joséphine et pouffa de rire. Puis râla : elle avait perdu son creux dans l’oreiller.

Joséphine ne sourit pas.

— Je ne crois pas qu’il soit triste… Je ne crois pas qu’il dorme dans un grand lit vide. Il dort avec elle et il m’a oubliée…

Philippe se réveilla et dégagea son bras, engourdi sous le poids du corps de Dottie.

Première nuit de l’année.

Une lumière bleuâtre filtrait à travers les rideaux de la chambre, éclairant la pièce d’un halo froid. La veille, Dottie avait renversé son sac sur la commode. Elle cherchait son briquet. Elle fumait quand elle avait du vague à l’âme. Elle fumait de plus en plus. Dottie revint se blottir contre lui. Il sentit l’odeur de cigarette dans ses cheveux, une odeur froide et âcre qui lui fit détourner la tête.

Elle ouvrit un œil et demanda :

— Tu dors pas ? ça va pas ?

Il lui caressa les cheveux afin qu’elle se rendorme.

— Non, non, tout va bien… J’ai juste soif.

— Tu veux que j’aille te chercher un verre d’eau ?

— Non ! protesta-t-il, agacé, je suis assez grand pour aller le chercher moi-même. Rendors-toi…

— Je disais ça comme ça…

— Rendors-toi…

Et il garda les yeux grand ouverts.

Joséphine. Que faisait Joséphine en ce moment ?

À quatre heures cinquante du matin…

À midi et demi, la sonnerie du téléphone d’Hortense retentit. Une chanson de Massive Attack, Tear Drop…

Elle repoussa ses longs cheveux emmêlés, fit une grimace, se demanda qui ça pouvait être si tôt, ils venaient à peine de s’endormir. Son visage se plissa de plaisir en apercevant Gary dont le long bras lui barrait le ventre, replongea la tête sous l’oreiller, elle ne voulait pas entendre… Dormir, dormir, se rendormir… Se souvenir du plaisir inouï de la veille, promener ses doigts sur la peau de son amant. Mon amant, mon amant magnifique. Se recroquevilla brusquement, elle se rappelait quand il l’avait enfin, enfin… Ainsi, c’est ça qui fait tourner le monde… Et j’ai vécu vingt ans sans savoir, mmmm ! ça va changer, ça va changer ! L’homme qui l’avait emportée au fond des ténèbres était cet homme endormi qu’elle croyait connaître depuis si longtemps.

Me voilà émue comme une jeune dinde.

Le téléphone insistait, elle regarda l’heure au cadran de son réveil Mickey, celui que lui avait offert son père quand elle avait huit ans… Midi et demi !

Se redressa d’un seul coup dans le lit. Midi et demi à Paris, onze heure et demie à Londres ! Miss Farland !

Se jeta sur le téléphone.

Murmura tout bas, « allô ? allô ? » en enfilant son tee-shirt, en faisant attention à ne pas réveiller Gary.

Sortit de la chambre sur la pointe des pieds.

— Hortense Cortès ? aboya la voix dans le téléphone.

— Yes…, chuchota Hortense.

— Paula Farland on the phone. You’re in ! You are the one ! You won !

Hortense se laissa tomber sur les talons dans le couloir. Gagné ! Elle avait gagné !

— Are you sure ? demanda-t-elle en avalant sa salive, la gorge nouée.

— I want to see you at my office today, five o’clock sharp !

Cinq heures tapantes dans son bureau de Londres ?

Il était midi et demi à Paris. Elle avait à peine le temps de faire son sac, sauter dans l’Eurostar, grimper au huitième étage de l’immeuble de Bond Street, faire un pied de nez à la secrétaire, ouvrir la porte et roulement de tambour Here, I am !

— OK, Miss Farland, five o’clock in your office !

— Call me Paula !

Elle courut à la cuisine.

Shirley et Joséphine épluchaient des carottes, des poireaux, du céleri, des navets, des pommes de terre pour faire un potage de légumes. Shirley expliquait à Joséphine que les pommes de terre longues et grosses étaient délicieuses à déguster avec du beurre salé, alors que les courtes et rondes servaient plutôt à faire des frites ou de la purée.

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