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Chroniques de Majipoor [Majipoor Chronicles - fr]

Электронная книга - «Chroniques de Majipoor [Majipoor Chronicles - fr]». Краткое содержание книги:

Majipoor, planète géante, abrite des dizaines de milliards d’habitants, humains, Hjorts, Métamorphes, Vroons, Skandars et autres étrangers. Parce que les métaux y sont rares, la technologie y est presque absente. Mais on y excelle dans les arts et les aménités de la vie. Jeune saute-ruisseau, Hissune est entré au service du Pontife de Majipoor. Il a accès au Registre des Ames où des millions d’habitants de Majipoor ont déposé au fil de milliers d’années des enregistrements de leurs souvenirs.
II suffit de prendre une capsule, de la glisser dans une fente spéciale et, d’un seul coup, c’est comme si on était devenu la personne qui a fait l’enregistrement.
Hissune en prend une et une autre et une autre encore, et c’est comme s’il voyageait à travers les continents démesurés, les océans interminables de Majipoor, comme s’il explorait les plaines, les déserts, les montagnes, les villes, les palais et les âmes aussi.
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— Ma pauvre, inutile de vous faire les poches. Quelqu’un est déjà passé !

Inyanna se cramponna à son sac.

— Non, dit Liloyve. Je veux dire que vous avez été refaite, si vous croyez avoir hérité la Perspective Nissimorn.

— Il y avait des papiers avec le sceau pontifical. Deux hommes de Ni-moya les ont apportés en personne à Velathys. Je suis peut-être une fille de la campagne mais je ne suis pas assez bête pour avoir fait ce voyage sans preuves. J’ai eu des soupçons, c’est vrai, mais j’ai vu les documents. J’ai fait enregistrer mes droits ! Cela m’a coûté vingt royaux, mais les papiers ont été faits dans les règles.

— Où allez-vous loger quand nous arriverons à Strelain ? demanda Liloyve.

— Je n’y ai pas encore réfléchi. Une auberge, je suppose.

— Économisez vos couronnes. Vous en aurez besoin. Nous vous hébergerons chez nous dans le Bazar. Et demain matin, vous raconterez tout cela aux gardes impériaux. Peut-être pourront-ils vous aider à récupérer une partie de ce que vous avez perdu.

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L’idée d’avoir été victime d’escrocs avait trotté dans la tête d’Inyanna depuis le début, comme un bourdonnement grave et harcelant sous une belle musique, mais elle avait préféré ne pas prêter attention à ce bourdonnement et maintenant encore, alors que le bourdonnement s’était amplifié jusqu’à devenir un monstrueux grondement, elle se forçait à rester confiante. Cette petite souillon du Bazar qui reconnaissait être une voleuse professionnelle avait la méfiance aiguisée de quelqu’un qui vivait d’expédients dans un univers hostile et voyait le mal et l’imposture partout, peut-être même où ils n’existaient pas. Inyanna était consciente du fait que sa crédulité avait pu l’entraîner dans une terrible erreur, mais il ne servait à rien de se lamenter si vite. Peut-être, après tout, faisait-elle quand même partie de la famille du duc, ou peut-être Liloyve s’était-elle trompée sur l’identité du propriétaire de la Perspective Nissimorn ; et puis, s’il s’avérait qu’elle était venue à Ni-moya en pure perte, dépensant ses dernières couronnes pour ce voyage infructueux, elle était au moins à Ni-moya plutôt qu’à Velathys, et c’était en soi un motif de jubilation.

Quand le ferry-boat accosta le débarcadère de Strelain, Inyanna vit enfin de près le centre de Ni-moya. Des tours d’une blancheur éblouissante descendaient presque jusqu’au bord de l’eau, s’élevant si droit qu’elles en paraissaient instables, et il était difficile de comprendre pourquoi elles ne basculaient pas dans le fleuve. La nuit commençait à tomber. Partout des lumières scintillaient. Inyanna conservait le calme d’une somnambule devant la splendeur de la cité. Je suis arrivée chez moi, ne cessait-elle de se répéter. Je suis dans mon pays, cette ville est ma patrie, je me sens tout à fait chez moi ici. Elle prit quand même soin de rester tout près de Liloyve tandis qu’elles avançaient dans la foule grouillante le long du passage qui menait à la rue.

À la porte du terminal se dressaient trois énormes oiseaux de métal dont les yeux étaient des pierres précieuses – un gihorna dont les larges ailes étaient déployées, un grand hazenmarl ridicule aux longues pattes et un troisième que Inyanna ne connaissait pas, avec un énorme bec bombé recourbé comme une faucille. Les statues mécaniques remuaient lentement, tendant le cou ou ébouriffant leurs ailes.

— Les emblèmes de la cité, dit Liloyve. Tu les verras partout, ces grands nigauds ! Et ils ont dans les yeux une fortune en pierres précieuses.

— Et personne ne les vole ?

— J’aimerais avoir le cran de le faire. Je grimperais jusqu’en haut et je les arracherais. Mais on dit que cela ferait mille ans de malheur. Les Métamorphes se relèveront et nous chasseront, les tours s’écrouleront et tout un tas d’autres bêtises.

— Mais si tu ne crois pas à ces légendes, pourquoi ne voles-tu pas les pierres précieuses ?

Liloyve eut un petit rire méprisant.

— Qui les achèterait ? N’importe quel trafiquant saurait d’où elles viennent et avec la malédiction qui est sur elles il n’y aurait pas d’acquéreur. Cela créerait bien des ennuis au voleur et le Roi des Rêves sifflerait dans sa tête jusqu’à ce qu’il ait envie de hurler. Je préférerais avoir une pleine poche de verroterie plutôt que les yeux des oiseaux de Ni-moya. Allez, monte !

Elle ouvrit la porte d’un petit flotteur urbain garé devant le terminal et poussa Inyanna sur un siège.

Liloyve s’installa près d’elle et tapa un code sur la plaque de paiement. Le petit véhicule démarra.

— Nous pouvons remercier ton noble parent pour le voyage, dit-elle.

— Comment ? Qui ?

— Calain, le frère du duc. J’ai utilisé son code. Il a été volé le mois dernier et nous sommes nombreux à voyager gratis grâce à Calain. Bien sûr, quand les factures arriveront, son secrétaire fera changer le code, mais d’ici là… tu comprends ?

— Je suis très naïve, dit Inyanna. Je crois encore que la Dame et le Roi voient nos péchés durant notre sommeil et nous envoient des rêves pour décourager ce genre d’actions.

— Mais c’est ce qu’on veut que tu croies, répliqua Liloyve. Tue quelqu’un et tu auras des nouvelles du Roi des Rêves, il n’y a pas de doute. Mais combien d’habitants y a-t-il sur Majipoor ? Dix-huit milliards ? Trente ? Cinquante ? Et le Roi aurait le temps de gâter les rêves de tous ceux qui utilisent un flotteur urbain sans payer ? Tu crois cela ?

— Eh bien…

— Ou même de ceux qui vendent des droits sur des palais appartenant à autrui ?

Inyanna s’empourpra et elle détourna la tête.

— Où allons-nous maintenant ? demanda-t-elle d’une voix sourde.

— Nous sommes déjà arrivées. Le Grand Bazar. Descends !

Inyanna suivit Liloyve sur une grande place bordée sur trois côtés par de hautes tours et sur le quatrième par un bâtiment bas d’aspect massif auquel on accédait par une multitude de petites marches de pierre. Des centaines, voire des milliers de gens vêtus de l’élégante tunique blanche de Ni-moya entraient et sortaient en se pressant par la large ouverture du bâtiment, au-dessus de l’arche de laquelle les trois oiseaux emblématiques étaient sculptés en haut-relief, là aussi avec des pierres précieuses à la place des yeux.

— C’est la porte Pidruid, dit Liloyve, l’une des treize entrées. Tu sais que le Bazar couvre vingt-cinq kilomètres carrés – un peu comme le Labyrinthe, mais pas aussi profond, presque partout au niveau de la rue. Il serpente dans toute la ville, traverse les autres constructions, passe sous certaines rues et entre des bâtiments… une ville dans la ville, si tu veux. Ma famille y vit depuis des siècles. Nous sommes voleurs de génération en génération. Sans nous, les commerçants auraient de grosses difficultés.

— J’étais commerçante à Velathys, fit sèchement Inyanna. Nous n’avons pas de voleurs là-bas, et je ne pense pas que nous ayons jamais éprouvé le besoin d’en avoir.

Elles se laissèrent porter par la foule jusqu’en haut des marches et franchirent la porte du Grand Bazar.

— C’est différent ici, reprit Liloyve.

Le Bazar s’étendait dans toutes les directions. C’était un dédale d’étroites arcades, de ruelles, de tunnels et de galeries, brillamment éclairés, divisés et subdivisés en une infinité de minuscules échoppes. Au-dessus de leur tête, un dais de scintillant jaune d’un seul tenant s’étirait au loin, projetant la vive clarté de sa propre luminescence. Cette vue stupéfia Inyanna plus que tout ce qu’elle avait découvert jusqu’alors à Ni-moya, car elle avait parfois vendu de cette étoffe dans sa boutique, à trois royaux le coupon, et avec un coupon on ne pouvait guère décorer qu’une petite pièce ; son esprit reculait devant l’idée de vingt-cinq kilomètres carrés de scintillant et son cerveau, d’habitude si prompt en pareille matière, était absolument incapable d’en calculer le prix. Ni-moya ! Le rire était la seule défense face à de tels excès. Elles s’enfoncèrent dans le Bazar. Chaque venelle ressemblait exactement à la suivante, chacune avec ses innombrables échoppes où l’on vendait de la porcelaine et des tissus, de la vaisselle et des vêtements, des fruits, de la viande, des légumes et des friandises, chacune avec son marchand de vin et son marchand d’épices, une galerie de pierres précieuses, un vendeur de saucisses grillées et un autre de poisson frit et d’autres encore. Liloyve semblait pourtant savoir exactement quels embranchements et quelles rues prendre et laquelle des innombrables allées identiques allait vers sa destination, car elle avançait d’un pas vif et résolu, ne s’arrêtant que de temps à autre pour se procurer leur dîner en saisissant prestement sur un étal tantôt un morceau de poisson, tantôt un gobelet de vin. En plusieurs occasions le vendeur la vit faire mais il se contenta de sourire.

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