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Chroniques de Majipoor [Majipoor Chronicles - fr]

Электронная книга - «Chroniques de Majipoor [Majipoor Chronicles - fr]». Краткое содержание книги:

Majipoor, planète géante, abrite des dizaines de milliards d’habitants, humains, Hjorts, Métamorphes, Vroons, Skandars et autres étrangers. Parce que les métaux y sont rares, la technologie y est presque absente. Mais on y excelle dans les arts et les aménités de la vie. Jeune saute-ruisseau, Hissune est entré au service du Pontife de Majipoor. Il a accès au Registre des Ames où des millions d’habitants de Majipoor ont déposé au fil de milliers d’années des enregistrements de leurs souvenirs.
II suffit de prendre une capsule, de la glisser dans une fente spéciale et, d’un seul coup, c’est comme si on était devenu la personne qui a fait l’enregistrement.
Hissune en prend une et une autre et une autre encore, et c’est comme s’il voyageait à travers les continents démesurés, les océans interminables de Majipoor, comme s’il explorait les plaines, les déserts, les montagnes, les villes, les palais et les âmes aussi.
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— Ils s’en fichent ? demanda Inyanna, perplexe.

— Ils me connaissent. Mais je te le répète, nous autres les voleurs sommes tenus en haute estime ici. Nous sommes une nécessité.

— J’aimerais comprendre cela.

— Nous maintenons l’ordre dans le Bazar, tu vois ? Personne d’autre que nous ne vole ici, nous ne prenons que ce dont nous avons besoin et nous patrouillons pour décourager les amateurs. Tu imagines ce que ce serait avec cette foule si un client sur dix remplissait son sac de marchandises. Mais nous nous déplaçons parmi eux, remplissant nos propres sacs mais aussi les empêchant d’en faire autant. Nous sommes une quantité connue. Comprends-tu ? Notre butin est une sorte de taxe pour les commerçants, une sorte de salaire qu’ils nous paient pour contrôler tous ceux qui se pressent dans les passages. Holà ! Toi, là-bas !

Ces derniers mots n’étaient pas destinés à Inyanna mais à un jeune garçon d’une douzaine d’années, brun et mince comme une anguille, qui fourrageait dans une boite contenant des couteaux de chasse. D’un geste vif Liloyve saisit la main du garçonnet et du même mouvement empoigna les tentacules ondulantes d’un Vroon à peine plus grand que l’enfant, qui se tenait dans l’ombre à quelques mètres. Inyanna entendit Liloyve leur parler à voix basse avec véhémence mais elle ne put distinguer un seul mot ; l’algarade ne dura que quelques instants et le Vroon et l’enfant s’éloignèrent piteusement.

— Que s’est-il passé ? demanda Inyanna.

— Ils volaient des couteaux. Le garçon les passait au Vroon. Je leur ai dit de quitter immédiatement le Bazar, sinon mes frères viendraient couper les tentacules du Vroon et les feraient manger au garçon frites dans de l’huile de stinnim.

— Tu aurais fait cela ?

— Bien sûr que non. Cela mériterait une vie entière de rêves tourmentés. Mais ils ont compris. Seuls les voleurs autorisés fauchent ici. Tu vois ? Nous sommes pour ainsi dire les gardiens ici. Nous sommes indispensables. Et voilà… c’est ici que j’habite. Tu es mon hôte.

5

Liloyve vivait sous terre, dans une pièce de pierre blanchie à la chaux faisant partie d’une suite de sept ou huit salles semblables en dessous d’une partie du Grand Bazar réservée aux marchands de fromage et d’huile. Une trappe et une échelle de corde suspendue menaient aux salles souterraines. Dès l’instant où Inyanna commença la descente, tous les bruits et la frénésie du Bazar devinrent imperceptibles et la seule chose rappelant ce qui se trouvait au-dessus était la légère mais indiscutable odeur de fromage rouge de Stoienzar qui imprégnait même les parois de pierre.

— Voici notre repaire, dit Liloyve.

Elle entonna une mélodie rapide et cadencée et des gens entrèrent à la file, venant des autres salles – des gens pauvrement mis et à l’air louche, petits et malingres pour la plupart, dont l’aspect ressemblait fort à celui de Liloyve, comme s’ils avaient été fabriqués avec des matériaux de qualité inférieure.

— Mes frères Sidoun et Hanoun, dit-elle. Ma sœur Medill Faryun. Mes cousins Avayne, Amayne et Athayne. Et voici mon oncle Agourmole, qui est le chef de notre clan. Mon oncle, je te présente Inyanna Forlana, de Velathys, à qui deux fripouilles ont vendu la Perspective Nissimorn pour vingt royaux. Je l’ai rencontrée sur le bateau. Elle va vivre avec nous et devenir une voleuse.

— Mais je… souffla Inyanna.

Agourmole, cérémonieux, fit avec élégance et raffinement le signe de la Dame, en guise de bénédiction.

— Vous êtes des nôtres. Pouvez-vous porter des vêtements d’homme ?

— Oui, je suppose, dit Inyanna, déconcertée. Mais je ne comp…

— J’ai un frère cadet qui est inscrit à notre corporation. Il vit à Avendroyne chez les Changeformes et n’a pas mis les pieds à Ni-moya depuis des années. Vous allez prendre son nom et sa place. Ce sera plus simple que d’obtenir une nouvelle inscription. Donnez-lui la main.

Elle le laissa la prendre. Il avait les paumes moites et douces. Il la regarda dans les yeux.

— Votre véritable vie ne fait que commencer, dit-il à voix basse et avec ferveur. Tout ce qui a eu lieu avant n’était qu’un rêve. Vous êtes maintenant une voleuse à Ni-moya et vous vous appelez Kulibhai.

— Vingt royaux est un excellent prix pour la Perspective Nissimorn, ajouta-t-il avec un clin d’œil.

— Ce n’étaient que les droits d’enregistrement, dit Inyanna. Ils m’ont dit que je l’avais héritée, par la sœur de ma grand-mère maternelle.

— Si c’est vrai, vous y donnerez une grande fête pour nous quand vous en aurez pris possession, pour nous remercier de notre hospitalité. D’accord ?

Agourmole éclata de rire.

— Avayne ! cria-t-il. Du vin pour ton oncle Kulibhai ! Sidoun, Hanoun, trouvez-lui des vêtements ! Musique, quelqu’un ! Qui veut danser ? Allons, un peu d’entrain ! Medill, prépare le lit de notre hôte !

Le petit homme s’agitait avec une irrésistible pétulance en aboyant ses ordres. Inyanna, entraînée par cette véhémente énergie, accepta un verre de vin, se laissa mesurer par l’un des frères de Liloyve pour prendre les dimensions d’une tunique et s’efforça d’apprendre par cœur le flot de noms qu’elle venait d’entendre. D’autres arrivaient encore dans la salle, quelques humains, trois Hjorts joufflus à la face grise et, à la stupéfaction d’Inyanna, deux sveltes et silencieux Métamorphes. Bien qu’elle ait eu l’habitude d’avoir affaire à des Changeformes à l’époque où elle avait son commerce, elle ne s’attendait pas à ce que Liloyve et les siens partagent leur logement avec ces mystérieux aborigènes. Mais peut-être que les voleurs, comme les Métamorphes, se considéraient sur Majipoor comme une race à part et qu’ils étaient attirés les uns vers les autres.

La fête impromptue dura pendant des heures. Les voleurs semblaient rivaliser pour s’attirer ses bonnes grâces, venant chacun son tour lui faire du plat, lui offrant une babiole, lui racontant une histoire personnelle ou des potins confidentiels. Pour la descendante d’une longue lignée de boutiquiers, les voleurs étaient les ennemis naturels ; mais ces gens, même s’ils étaient de minables parias, avaient l’air chaleureux, amicaux et ouverts et ils étaient ses seuls alliés dans la vaste et indifférente cité. Inyanna ne désirait nullement embrasser leur profession, mais elle savait que le destin, en lui faisant connaître la famille de Liloyve, n’avait pas été trop cruel avec elle.

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