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Chroniques de Majipoor [Majipoor Chronicles - fr]

Электронная книга - «Chroniques de Majipoor [Majipoor Chronicles - fr]». Краткое содержание книги:

Majipoor, planète géante, abrite des dizaines de milliards d’habitants, humains, Hjorts, Métamorphes, Vroons, Skandars et autres étrangers. Parce que les métaux y sont rares, la technologie y est presque absente. Mais on y excelle dans les arts et les aménités de la vie. Jeune saute-ruisseau, Hissune est entré au service du Pontife de Majipoor. Il a accès au Registre des Ames où des millions d’habitants de Majipoor ont déposé au fil de milliers d’années des enregistrements de leurs souvenirs.
II suffit de prendre une capsule, de la glisser dans une fente spéciale et, d’un seul coup, c’est comme si on était devenu la personne qui a fait l’enregistrement.
Hissune en prend une et une autre et une autre encore, et c’est comme s’il voyageait à travers les continents démesurés, les océans interminables de Majipoor, comme s’il explorait les plaines, les déserts, les montagnes, les villes, les palais et les âmes aussi.
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Elle dormit d’un sommeil agité, fit des rêves fragmentaires et vaporeux et se réveilla à plusieurs reprises en pleine confusion, n’ayant aucune idée de l’endroit où elle se trouvait. Mais l’épuisement s’empara enfin d’elle et elle sombra dans un profond sommeil. C’était en général l’aube qui l’éveillait mais l’aube était inconnue dans ce lieu souterrain, et quand elle se réveilla, il pouvait être n’importe quelle heure du jour ou de la nuit.

Liloyve lui souriait.

— Tu devais être terriblement fatiguée, dit-elle.

— J’ai dormi trop longtemps ?

— Tu as dormi jusqu’à ce que tu aies fini de dormir. Ce devait être ce qu’il te fallait, non ?

Inyanna regarda autour d’elle. Elle vit des traces de la fête – bouteilles, gobelets vides, vêtements épars – mais les autres étaient partis. Partis faire leur tournée matinale, expliqua Liloyve. Elle montra à Inyanna où faire sa toilette et s’habiller, puis elles montèrent dans le maelström du Bazar. De jour, il était aussi animé qu’il l’avait été la veille au soir, mais il paraissait moins magique à la lumière naturelle, une texture moins dense et une atmosphère moins chargée d’électricité. Ce n’était rien d’autre qu’un vaste marché grouillant, alors que la veille Inyanna avait eu l’impression d’un énigmatique univers autarcique. Elles ne s’arrêtèrent que pour voler leur petit déjeuner à trois ou quatre éventaires, Liloyve se servant effrontément et passant le butin à une Inyanna confuse et hésitante, puis elles avancèrent dans l’effroyable complexité de ce dédale, qu’Inyanna était sûre de ne jamais pouvoir maîtriser, et se retrouvèrent brusquement à l’air libre et frais de la surface.

— Nous sommes sorties par la porte Piliplok, dit Liloyve. D’ici il n’y a qu’un court trajet à pied jusqu’au Pontificat.

Un trajet court mais stupéfiant, car à chaque coin de rue se présentaient de nouvelles merveilles. En remontant un splendide boulevard Inyanna remarqua une lumière rayonnante surgissant de la chaussée comme un nouveau soleil. Liloyve lui expliqua que c’était le début du Boulevard de Cristal qui rutilait jour et nuit de l’éclat de réflecteurs tournants. En traversant une autre rue, elle aperçut ce qui ne pouvait être que le palais du duc de Ni-moya, loin à l’est, en contrebas de l’éminence sur laquelle s’élevait la cité, à l’endroit où le Zimr faisait son brusque coude. C’était une mince flèche de pierre lisse dressée sur une large base aux nombreuses colonnes, énorme même à cette distance et entourée d’un parc ressemblant à un tapis de verdure. Au tournant suivant, Inyanna contempla quelque chose qui ressemblait à la chrysalide lâchement tissée de quelque fabuleux insecte, mais d’un kilomètre et demi de long et suspendue au-dessus d’une avenue immensément large.

— Le Portique Flottant, dit Liloyve, l’endroit où les riches achètent leurs joujoux. Peut-être un jour dilapideras-tu tes royaux dans ses boutiques. Mais pas aujourd’hui. Nous sommes arrivées : promenade Rodamaunt. Nous n’allons pas tarder à être fixées sur ton héritage.

C’était une grande artère en courbe, bordée d’un côté par des tours à la façade nue toutes de la même hauteur et de l’autre par une alternance de grands et de petits bâtiments. Ceux-ci étaient apparemment les bureaux du gouvernement. Inyanna était intimidée par la complexité de tout cela et elle aurait pu errer dehors pendant des heures dans la plus complète perplexité et sans oser entrer ; mais Liloyve pénétra le mystère des lieux en demandant une série de renseignements rapides et elle fit entrer Inyanna, la conduisant dans les couloirs et les sinuosités d’un dédale à peine moins compliqué que le Grand Bazar et elles se trouvèrent enfin assises sur un banc de bois dans une grande salle d’attente brillamment éclairée, regardant les noms apparaître et disparaître sur un tableau d’affichage au-dessus de leur tête. Au bout d’une demi-heure celui d’Inyanna apparut.

— Est-ce le bureau des Successions ? demanda-t-elle tandis qu’elles entraient.

— Apparemment cela n’existe pas, répondit Liloyve. Nous allons voir les gardes impériaux. Si quelqu’un peut nous aider, ce sont eux.

Un Hjort à la mine sévère, bouffi et les yeux globuleux comme la plupart de ceux de sa race, leur demanda d’exposer leur problème et Inyanna, hésitante au début, puis de plus en plus volubile, déballa toute son histoire ; les étrangers de Ni-moya, le récit stupéfiant du magnifique héritage, les documents, le sceau pontifical, les vingt royaux de droits d’enregistrement. Le Hjort, à mesure que l’histoire se développait, se tassait derrière son bureau, se massait les bajoues et faisait rouler un à la fois ses yeux globuleux d’une manière déconcertante. Quand elle eut terminé, il prit son reçu et fit pensivement courir ses gros doigts sur les bords du sceau impérial qui y était apposé.

— Vous êtes le dix-neuvième prétendant à la Perspective Nissimorn qui s’est présenté à Ni-moya cette année, dit-il d’une voix lugubre. Je crains qu’il n’y en ait d’autres. Il y en aura beaucoup d’autres.

— Dix-neuvième ?

— À ma connaissance. D’autres ne se sont peut-être pas donné la peine de signaler l’escroquerie aux gardes impériaux.

— L’escroquerie, répéta Inyanna. C’est donc cela ? Les documents qu’ils m’ont montrés, la généalogie, les papiers portant mon nom – ils ont fait tout le chemin de Ni-moya à Velathys simplement pour m’escroquer de vingt royaux ?

— Oh ! pas seulement pour vous escroquer, dit le Hjort. Il y a probablement trois ou quatre héritiers de la Perspective Nissimorn à Velathys, cinq à Narabal, sept à Til-omon et une douzaine à Pidruid – ce n’est pas difficile de se procurer des pièces généalogiques, vous savez. Ni de falsifier des documents et de remplir les blancs. Vingt royaux d’un côté, peut-être trente d’un autre, un bon gagne-pain si l’on se déplace sans arrêt, vous comprenez ?

— Mais comment est-ce possible ? De telles pratiques sont contre la loi !

— Oui, reconnut le Hjort d’un air las.

— Et le Roi des Rêves…

— Les châtiera sévèrement, vous pouvez en être sûre. De même que nous ne manquerons pas de leur infliger de lourdes peines dès que nous les aurons arrêtés. Vous nous serez fort utile en nous donnant leur signalement.

— Et mes vingt royaux ?

Le Hjort haussa les épaules.

— Il n’y a aucun espoir de récupérer quoi que ce soit ? demanda Inyanna.

— Aucun.

— Mais alors, j’ai tout perdu !

— Au nom de Sa Majesté, je vous présente mes regrets les plus sincères, dit le Hjort.

Et ce fut tout.

— Emmène-moi à la Perspective Nissimorn, dit sèchement Inyanna à Liloyve quand elles furent dehors.

— Mais tu ne t’imagines tout de même pas…

— Qu’elle m’appartient vraiment ? Non, bien sûr que non. Mais je veux la voir ! Je veux savoir à quoi ressemble le bâtiment que l’on m’a vendu pour mes vingt royaux !

— Pourquoi te torturer ?

— Je t’en prie, dit Inyanna.

— Allez, viens, dit Liloyve.

Elle héla un flotteur et donna ses instructions. Les yeux écarquillés, Inyanna regardait avec émerveillement autour d’elle tandis que le petit véhicule les transportait à travers les majestueuses artères de Ni-moya. Dans la chaleur du soleil de midi, tout semblait baigné de lumière et la cité flamboyait, non de l’éclat froid et cristallin de Dulorn, mais d’une splendeur vibrante, palpitante et sensuelle qui se réverbérait sur chaque mur blanchi à la chaux et dans chaque rue. Liloyve décrivait les endroits les plus importants devant lesquels elles passaient.

— Voici le Musée des Mondes, dit-elle en montrant une grande construction couronnée d’un diadème de dômes de verre à pans coupés. Les trésors de mille planètes, et même quelques objets de la Vieille Terre. Et voici la Chambre de la Sorcellerie, une sorte de musée aussi, consacré à la magie aux rêves. Je n’y suis jamais allée. Et là – tu vois les trois oiseaux de la cité sur la façade ? – c’est le Palais de la Cité, où réside le maire.

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