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Электронная книга - «Felicia au soleil couchant». Краткое содержание книги:

Аннотация

Belle et riche héritière d’une famille de banquiers morts dans des circonstances mystérieuses, Hortense de Lauzargues a su résister au désespoir qui l’attendait dans la demeure de son oncle et déjouer les manœuvres de ce châtelain féodal. Le destin a fini par la délivrer d’un mari épousé sous la contrainte alors que son cœur et ses sens appelaient Jean de la Nuit, le sauvage meneur de loups rencontré dans les environs de Lauzargues. Fuyant une province hostile, elle a retrouvé son rang dans le Paris tumultueux et révolutionnaire de 1830, lutté pour protéger son enfant et même, aux côtés de sa vieille amie Felicia, comtesse de Morosini, défié le pouvoir.
Au moment où s’ouvre le troisième volet de ses aventures, le destin d’Hortense semble menacé de toute part. Est-ce la fin d’un rêve ? Le dernier acte avant la conquête du bonheur ?
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— Mais vous ?

— Vous aurez tout le temps de vous occuper de moi ensuite. Elle, il faut qu’elle parte. Au surplus, il n’a jamais été question que vous veniez à Schônbrunn. Pour franchir un mur et le faire franchir au prince, nous n’avons pas besoin d’être une demi-douzaine. Nous aurions l’air d’une bande de moutons affolés. Timour et moi entrerons dans le parc. La comtesse fera le guet dans la voiture. C’est l’affaire de quelques minutes. Après quoi nous rentrons. Vous verrez le prince à ce moment-là et vous pourrez conduire alors Mme de Lauzargues chez Palmyre qui l’attendra. A présent, voyez si, oui ou non, vous voulez vous conduire comme l’ami que j’espère avoir en vous ?

— Comme si vous ne saviez pas que je ne saurai jamais vous dire non ? J’exécuterai point par point ce que vous attendez de moi.

— C’est bien ainsi que je l’entendais ! conclut Felicia en adoucissant d’un éclatant sourire ce que sa phrase pouvait avoir d’un peu raide. Le sourire fit un miracle et Marmont, crédule comme un amoureux, vit poindre une faveur là où, l’instant précédent, il ne voyait qu’une effroyable corvée. Il ne restait plus qu’à attendre le soir et le moment tant espéré où leur destin à tous allait tenter de rencontrer l’Histoire.

A la tombée de la nuit, une voiture fermée appartenant à Maria Lipona déposait celle-ci au palais Palm où elle passerait la soirée en compagnie d’Hortense et de Marmont puis repartait, emmenant Felicia et Timour qui, pour la première fois de sa vie peut-être, voyageait à l’intérieur. Sur le siège, habillée en cocher et un haut-de-forme gris crânement planté sur l’oreille, Léone Camerata faisait claquer son fouet de façon tout à fait convaincante. Derrière l’une des fenêtres du palais, ceux qui restaient regardèrent la voiture disparaître dans la rue éclairée. Pour eux commençait une attente que l’angoisse allait rendre interminable mais qu’une grande espérance réchauffait de sa flamme…

La même espérance faisait battre très fort le cœur de Felicia tandis que, par la vitre baissée, elle regardait défiler les rues de Vienne nocturne. Tout à l’heure, avec un peu de chance, cette chance qui ne pouvait pas l’abandonner encore une fois, le prince dont elle rêvait depuis tant d’années serait assis auprès d’elle et accepterait de se laisser mener par elle vers un destin glorieux.

La nuit était belle et douce. Il avait fait chaud tout le jour, de cette chaleur pesante des pays centraux mais il avait dû pleuvoir quelque part et une agréable fraîcheur remplaçait la canicule, incitant les habitants de la ville à la flânerie nocturne. Des odeurs d’herbe coupée et de terre humide emplissaient l’air. Les couples étaient nombreux à se promener sous les arbres. Une bande d’étudiants passa, fredonnant la dernière valse de Lanner et Vienne, ce soir, n’était que douceur de vivre.

Sur son siège, la comtesse Camerata sifflait comme un vieux cocher de fiacre. On croisait d’autres voitures, ouvertes pour la plupart, d’où partaient les rires de jeunes femmes en robes claires et, parfois, l’écho d’une chanson reprise en chœur…

Quand on atteignit Schônbrunn, la nuit était tout à fait venue. C’était une nuit sans lune, une de ces nuits où il est facile de se cacher mais plus difficile de se repérer. Néanmoins, le faux cocher dirigeait son attelage avec sûreté. Elle connaissait parfaitement les alentours du palais et savait à quel endroit il fallait franchir le mur pour atteindre rapidement l’Obélisque, lieu choisi pour retrouver le prince et Sophie.

Arrivée en face du palais et de ses grilles largement éclairées, la comtesse prit sur la gauche et engagea sa voiture dans une petite route plantée d’arbres qui longeait le mur d’enceinte, roula encore quelques instants et, finalement, s’arrêta après avoir engagé suffisamment son attelage sous les arbres pour qu’on ne pût l’apercevoir d’une voiture passant rapidement. Au surplus, celle des conspirateurs pouvait parfaitement abriter des amoureux en veine de solitude. D’après l’heure que Timour avait, durant plusieurs nuits, soigneusement vérifiée, la ronde qui faisait régulièrement le tour du parc était passée depuis dix minutes.

Felicia et Timour descendirent. Le silence était profond, troublé seulement, de temps à autre, par la fuite légère d’un petit animal des bois. Du haut de son siège, Léone Camerata murmura :

— Le Ciel soit avec vous ! Si vous avez besoin d’aide, sifflez trois fois. Je serai là dans l’instant…

— Tout devrait bien se passer. Le prince est jeune, entraîné aux exercices du corps. Franchir un mur n’est pas une affaire. Surtout avec l’aide de Timour qui pourrait le lui faire passer sur son dos. A tout à l’heure !…

Timour était déjà placé contre le mur, le dos courbé, les mains nouées ensemble. Felicia y posa le bout de sa botte et, d’un élan qui ne parut même pas lui coûter d’effort, Timour l’enleva jusqu’au faîte du mur où elle s’assit, attendant qu’il vînt la rejoindre à la force du poignet. L’instant d’après, tous deux se laissaient tomber de l’autre côté dans une herbe épaisse qui amortit leur chute.

— Sommes-nous loin ? chuchota Felicia. La comtesse dit que nous devons être tout près de l’Obélisque.

— Elle a raison. Quand je suis venu, j’ai regardé plusieurs fois par-dessus le mur et, quand je l’ai aperçu, j’ai compté les arbres depuis le bâtiment du coin. Viens…

Ils traversèrent un étroit espace boisé, atteignirent une allée qui longeait une charmille…

— Tiens, dit Timour. Voilà l’Obélisque !…

En effet, la flèche de marbre venait de se silhouetter dans la nuit. En trois bonds, les deux compagnons l’eurent atteint et s’approchèrent du petit bassin qui se creusait au pied.

— Je crois que nous sommes à l’heure, dit Timour. Est-ce que…

Il n’acheva pas. L’écho tragique d’une violente quinte de toux se fit entendre en même temps qu’apparaissaient Sophie et François. Mais dans quel état ! L’archiduchesse soutenait le jeune homme qui secoué par la toux semblait avoir peine à marcher. Aussitôt, Felicia et Timour furent près d’eux…

— Vous êtes là ? souffla Sophie. Alors, pour l’amour de Dieu, laissez-moi appeler, le ramener… Il a voulu venir à tout prix mais je ne peux pas le laisser partir en cet état…

Déjà Timour avait saisi le prince, le faisait asseoir près du bassin et trempait un mouchoir pour lui tamponner le front car il semblait sur le point de s’évanouir. La fraîcheur de l’eau parut le ranimer et il sourit à la large figure penchée sur lui.

— Ça va… aller mieux… dans un instant. Je… je pourrai vous suivre…

Mais Sophie attirait déjà Felicia à l’écart.

— J’ai tout fait pour l’empêcher de venir, souffla-t-elle, mais il n’a rien voulu entendre. Il a placé toute sa confiance en vous et il veut partir…

— Mais il va partir. Nous allons l’emporter…

— C’est impossible. Si vous l’emmenez à présent, il ne supportera pas le voyage. Voulez-vous donc ramener en France un cadavre ?

— Je crois que vous dramatisez, Altesse. Une quinte de toux ne signifie pas que le prince soit mourant…

— Sans doute… mais il n’en a plus pour longtemps. J’en ai acquis la certitude et, tenez !

Elle mit dans la main de Felicia un mouchoir qu’elle avait tiré de son corsage. Les yeux de Felicia étaient suffisamment accoutumés à l’obscurité pour qu’elle y distinguât des taches noires sur le linon blanc.

— Vous voyez ? Du sang… et il y en a autant sur le mouchoir qu’il tient devant sa bouche. Je vous en supplie renoncez à l’emmener ! Vous allez me le tuer…

— La vie qu’il mène ici le tue. Pourquoi donc la France ne saurait-elle le guérir ? Elle l’aime…

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