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Le bûcher d'un roi

Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:

Le destin des Sept Royaumes est sur le point de basculer. A l’Est, Daenerys, dernière descendante de la Maison Targaryen, secondée par ses terrifiants dragons arrivés à maturité, règne sur une cité de mort et de poussière, entourée d’ennemis. Mais alors que certains voudraient la voir passer de vie à trépas, d’autres entendent rallier sa cause, tel Tyrion Lannister, le Lutin, dont la tête vaut de l’or depuis qu’il s’est rendu coupable du meurtre de son père, Tywin. Au Nord, où se dresse l’immense Mur de glace et de pierre qui garde la frontière septentrionale des Royaumes, Jon Snow, le bâtard de feu Eddard Stark, a été élu 998e Commandant en chef de la Garde de Nuit, mais ses adversaires se dissimulent des deux côtés du Mur, y compris parmi les troupes de Stannis Baratheon qui ont élu domicile dans ces contrées glacées…
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Daenerys

Les danseurs palpitèrent, leurs corps sveltes et rasés couverts d’un fin lustre d’huile. Des torches ardentes virevoltaient de main en main au rythme des tambours et aux trilles d’une flûte. Chaque fois que deux torches se croisaient en l’air, une fille nue bondissait entre elles, en pirouettant. La lumière des torches jouait sur les membres, les torses et les fesses huilés.

Les trois hommes étaient en érection. Leur excitation était excitante en soi, bien que Daenerys Targaryen la trouvât également comique. Les hommes avaient tous la même taille, de longues jambes et des ventres plats, chaque muscle dessiné aussi précisément que s’il avait été taillé dans la pierre. Jusqu’à leurs visages qui paraissaient analogues, en quelque sorte… Chose fort étrange, car l’un avait la peau aussi noire que l’ébène et le second, une pâleur de lait, tandis que le troisième rutilait comme du cuivre poli.

Ont-ils pour objectif d’enflammer mes sens ? Daenerys changea de position sur ses coussins de soie. Contre les colonnes, ses Immaculés se tenaient comme des statues sous leurs casques à pointe, leurs visages lisses impassibles. À la différence des hommes complets. Reznak mo Reznak demeurait bouche bée, et ses lèvres humides brillaient tandis qu’il lorgnait. Hizdahr zo Loraq glissait quelques mots à son voisin de table, sans pourtant lâcher les danseuses des yeux. Le visage laid et suiffeux du Crâne-ras affichait sa sévérité coutumière, mais il n’en perdait pas une miette.

Il était plus difficile de deviner si son invité d’honneur rêvait. L’homme pâle et mince au profil de rapace qui partageait le haut bout de la table resplendissait dans ses robes en soie bordeaux et tissu d’or, son crâne chauve luisant à la clarté des torches tandis qu’il dévorait une figue à petits coups de dents précis et élégants. Des opales clignotaient au long du nez de Xaro Xhoan Daxos tandis qu’il bougeait la tête pour suivre les danseurs.

En son honneur, Daenerys avait revêtu une robe qarthienne, une confection transparente en samit violet coupé de façon à laisser à nu le sein gauche. Ses cheveux d’or argenté passaient avec légèreté par-dessus ses épaules pour tomber presque à la pointe du sein. La moitié des hommes dans la salle de banquet lui avaient jeté des coups d’œil furtifs, mais pas Xaro. Il en allait de même à Qarth. Elle ne pourrait pas s’attirer de cette façon les bonnes grâces du prince marchand. Je le dois, pourtant. Il était arrivé de Qarth sur la galéasse Nuée de soie, avec treize galères voguant de conserve, une flotte qui exauçait les prières de Daenerys. À Meereen, le commerce avait diminué jusqu’à s’éteindre depuis qu’elle avait mis un terme à l’esclavage, mais Xaro avait le pouvoir de le relancer.

Tandis que les tambours battaient crescendo, trois des filles bondirent au-dessus des flammes, tournoyant dans les airs. Les danseurs les attrapèrent par la taille pour les faire glisser sur leur membre. Daenerys vit les femmes cambrer le dos et nouer leurs jambes autour de leurs partenaires alors que les flûtes pleuraient et que les hommes donnaient des coups de reins au rythme de la musique. Elle avait déjà assisté à l’acte d’amour ; les Dothrakis s’accouplaient de façon aussi ouverte que leurs juments et leurs étalons. C’était la première fois qu’elle voyait le désir mis en musique, toutefois.

Elle avait le visage échauffé. Le vin, se dit-elle. Cependant, sans savoir pourquoi, elle se surprit à penser à Daario Naharis. Son messager était arrivé ce matin. Les Corbeaux Tornade rentraient de Lhazar. Son capitaine galopait de nouveau vers elle, lui apportant l’amitié des Agnelets. De la nourriture et du commerce, se remémora-t-elle. Il ne m’a pas failli, il ne me faillira pas. Daario m’aidera à sauver ma cité. La reine aspirait à voir son visage, à caresser sa barbe trifide, à lui raconter ses soucis… Mais les Corbeaux Tornade se trouvaient encore à plusieurs jours de distance, de l’autre côté du col du Khyzai, et elle avait un royaume à gouverner.

Un voile de fumée flottait en suspens entre les colonnes pourpres. Les danseurs s’agenouillèrent, la tête inclinée. « Vous avez été splendides, leur dit Daenerys. J’ai rarement vu tant de grâce, tant de beauté. » Elle fit signe à Reznak mo Reznak, et le sénéchal se hâta auprès d’elle. Des perles de sueur ponctuaient son crâne chauve et ridé. « Escorte nos invités aux bains, qu’ils puissent se rafraîchir, et qu’on leur apporte à manger et à boire.

— Ce sera pour moi un grand honneur, Votre Magnificence ! »

Daenerys tendit sa coupe pour qu’Irri la remplisse. C’était un vin fort et sucré, fleurant les épices d’Orient, bien supérieur aux piètres crus ghiscaris qui avaient rempli sa coupe, ces derniers temps. Xaro examina les fruits sur le plateau que lui présentait Jhiqui et opta pour un kaki. Sa peau orange s’accordait à la nuance du corail serti dans son nez. Il mordit dans le fruit et plissa les lèvres. « Acide.

— Souhaiteriez-vous quelque chose de plus sucré, messire ?

— Le sucré écœure. La verdeur des fruits et des femmes confère à la vie sa saveur. » Xaro mordit de nouveau, mastiqua, déglutit. « Daenerys, douce reine, je ne saurais vous dire le plaisir que je prends à jouir à nouveau de votre présence. C’est une enfant qui a quitté Qarth, aussi désemparée qu’elle était délicieuse. Je craignais qu’elle ne voguât à sa perte, et voici que je la retrouve ici sur un trône, maîtresse d’une cité ancienne, entourée par un ost puissant qu’elle a conjuré par ses rêves. »

Non, rectifia-t-elle à part elle, par sang et le feu. « Je me réjouis que vous soyez venu à moi. J’ai plaisir à revoir votre visage, mon ami. » Je ne placerai aucune confiance en toi, mais j’ai besoin de toi. Besoin de tes Treize, de tes vaisseaux, de ton commerce.

Des siècles durant, Meereen et ses cités sœurs, Yunkaï et Astapor, avaient constitué les pivots du trafic d’esclaves, les lieux où les khals dothrakis et les corsaires des îles du Basilic vendaient leurs captifs et où le reste du monde venait acheter. Sans esclaves, Meereen n’avait guère à offrir aux marchands. Si le cuivre abondait dans les collines ghiscaries, ce métal n’était plus aussi recherché qu’il avait pu l’être lorsque le bronze dominait le monde. Les grands cèdres qui avaient autrefois hérissé toute la côte avaient disparu, abattus par les haches de l’Ancien Empire ou consumés par le feu des dragons quand Ghis avait guerroyé contre Valyria. Une fois les arbres partis, la terre avait cuit sous la chaleur du soleil et s’était envolée en épais nuages rouges. « Ce sont ces calamités qui ont changé mon peuple en esclavagistes », lui avait expliqué Galazza Galare, dans le Temple des Grâces. Et je suis la calamité qui changera de nouveau ces esclavagistes en gens ordinaires, s’était juré Daenerys.

« Je me devais de venir, confia Xaro sur un ton languissant. Même dans la lointaine Qarth, de terrifiants récits ont atteint mes oreilles. J’ai pleuré de les entendre. Il se raconte que vos ennemis ont promis la fortune, la gloire et cent esclaves vierges à l’homme qui vous tuera, quel qu’il soit.

— Les Fils de la Harpie. » Comment l’a-t-il appris ? « Ils barbouillent les murs la nuit et tranchent la gorge d’honnêtes affranchis pendant leur sommeil. Quand le soleil se lève, ils se terrent comme des cafards. Ils craignent mes Bêtes d’airain. » Skahaz mo Kandaq lui avait fourni le nouveau guet qu’elle avait exigé, composé à parts égales d’affranchis et de crânes-ras meereeniens. Jour et nuit, ils arpentaient les rues, affublés de cagoules sombres et de masques de bronze. Les Fils de la Harpie avaient promis un trépas atroce à tous les traîtres qui oseraient servir la reine dragon, ainsi qu’à leurs parents et amis ; si bien que les hommes du Crâne-ras sortaient sous l’apparence de chacals, de hiboux et d’autres animaux, pour cacher leur vrai visage. « Je pourrais avoir motif de redouter les Fils s’ils me voyaient parcourir les rues seule, mais seulement s’il faisait nuit et que j’étais nue et sans arme. Ce sont des êtres lâches.

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