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Le bûcher d'un roi

Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:

Le destin des Sept Royaumes est sur le point de basculer. A l’Est, Daenerys, dernière descendante de la Maison Targaryen, secondée par ses terrifiants dragons arrivés à maturité, règne sur une cité de mort et de poussière, entourée d’ennemis. Mais alors que certains voudraient la voir passer de vie à trépas, d’autres entendent rallier sa cause, tel Tyrion Lannister, le Lutin, dont la tête vaut de l’or depuis qu’il s’est rendu coupable du meurtre de son père, Tywin. Au Nord, où se dresse l’immense Mur de glace et de pierre qui garde la frontière septentrionale des Royaumes, Jon Snow, le bâtard de feu Eddard Stark, a été élu 998e Commandant en chef de la Garde de Nuit, mais ses adversaires se dissimulent des deux côtés du Mur, y compris parmi les troupes de Stannis Baratheon qui ont élu domicile dans ces contrées glacées…
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Mais c’était du vin qu’il cherchait – une piquette, sombre et misérable. Il traversa la cour d’un pas serein et descendit une volée de marches, jusqu’à une gargote de vins appelée L’Anguille alanguie, au-dessous d’un entrepôt rempli de toisons de moutons. Au temps où il pratiquait la contrebande, L’Anguille avait eu la réputation d’offrir les plus vieilles putains et le plus ignoble guignet de Blancport, en même temps que des tourtes farcies de lard et de nerfs, immangeables les jours fastes, et toxiques les mauvais. Face à une telle offre, les autochtones avaient déserté l’établissement, l’abandonnant aux matelots, qui n’y connaissaient rien. Jamais on ne voyait de garde municipal à L’Anguille alanguie, ni d’agent des douanes.

Il est des choses qui ne changent pas. À l’intérieur de L’Anguille, le temps restait suspendu. La suie noircissait le plafond voûté, le sol était de terre battue, l’air puait la fumée, la viande gâtée et le vieux vomi. Sur les tables, de grosses chandelles de suif dégorgeaient plus de fumée que de lumière, et la vinasse que commanda Davos semblait brune plus que rouge dans la pénombre. Quatre catins buvaient, assises près de la porte. L’une d’elles lui adressa un sourire engageant, quand il entra. Lorsque Davos secoua la tête, la femme dit quelques mots qui firent glousser ses camarades. Cela fait, plus aucune ne lui accorda d’attention.

Les putains et le propriétaire mis à part, Davos avait L’Anguille pour lui tout seul. La cave était vaste, pleine de recoins et d’alcôves enténébrées où l’on pouvait s’isoler. Il porta son vin jusqu’à l’une d’elles et s’assit, le dos contre un mur, pour attendre.

Avant longtemps, il se retrouva en train de fixer l’âtre. La femme rouge voyait l’avenir dans le feu, mais tout ce que Davos y percevait jamais, c’étaient les ombres du passé : les vaisseaux embrasés, la chaîne ardente, les ombres vertes filant sur le ventre des nuages, le tout dominé par le Donjon Rouge. Davos était un homme simple, distingué par le hasard, la guerre et Stannis. Il ne comprenait pas pourquoi les dieux pouvaient prendre des jeunes hommes aussi jeunes et forts que ses fils, et épargner leur père las. Certaines nuits, il se disait qu’il était resté pour sauver Edric Storm… Mais désormais le bâtard du roi Robert devait être en sécurité sur les Degrés de Pierre, et Davos était toujours là. Les dieux m’ont-ils réservé une autre tâche ? se demanda-t-il. En ce cas, Blancport pourrait en faire partie. Il goûta le vin, puis versa la moitié de sa coupe sur le sol à côté de son pied.

Tandis que le crépuscule tombait au-dehors, les bancs de L’Anguille commencèrent à se remplir de matelots. Davos héla le propriétaire pour réclamer une autre coupe. Quand celui-ci l’apporta, il tenait aussi une chandelle. « Vous voulez manger ? demanda-t-il. On a des tourtes à la viande.

— C’est quoi, comme viande, dedans ?

— Comme d’habitude. Elle est bonne. »

Les putains s’esclaffèrent. « Elle est toute grise, il veut dire.

— Mais ferme ta gueule. T’en bouffes, toi.

— Je bouffe tout un tas de merdes. Ça veut pas dire que ça m’ plaît. »

Davos souffla sa chandelle dès que le tenancier s’en fut, et il se rassit dans l’ombre. Les marins étaient les pires colporteurs de ragots du monde dès que le vin coulait, même une piquette si infâme. Il lui suffisait de tendre l’oreille.

L’essentiel de ce qu’il grappilla, il l’avait déjà entendu à Sortonne, par lord Godric ou des piliers du Ventre de la Baleine. Tywin Lannister était mort, massacré par son nain de fils ; son cadavre avait empesté si fort que personne n’avait pu entrer dans le Grand Septuaire de Baelor pendant plusieurs jours, par la suite ; la Dame des Eyrié avait été assassinée par un chanteur ; Littlefinger régnait désormais sur le Val, mais Yohn Royce le Bronzé avait juré sa perte ; Balon Greyjoy était mort également, et ses frères se disputaient le Trône de Grès ; Sandor Clegane, devenu hors-la-loi, pillait et tuait dans les territoires riverains du Trident ; Myr, Lys et Tyrosh étaient engagées dans une nouvelle guerre ; une révolte des esclaves faisait rage dans l’Est.

D’autres nouvelles avaient plus d’intérêt. Robett Glover se trouvait en ville et avait essayé d’enrôler des hommes, sans grand succès. Lord Manderly avait fait la sourde oreille à ses demandes. Blancport était las de la guerre, aurait-il répondu. C’était une mauvaise nouvelle. Les Ryswell et les Dustin avaient surpris les Fer-nés sur la Fièvre et incendié leurs boutres. C’était pire. Et à présent le Bâtard de Bolton chevauchait vers le Sud en compagnie d’Hother Omble pour les rejoindre en vue d’un assaut sur Moat Cailin. « Pestagaupes en personne », clama un homme du fleuve qui venait d’apporter une cargaison de peaux et de bois en suivant la Blanchedague, « avec trois cents lanciers et une centaine d’archers. Quelques hommes de Corbois se sont joints à eux, et des Cerwyn aussi. » Cela, c’était le pire.

« Lord Wyman a intérêt à envoyer quelques hommes au combat, s’il a deux sous de cervelle, commenta le vieux en bout de table. Lord Roose, c’est l’ gouverneur, à présent. Blancport est tenu sur l’honneur de répondre à ses requêtes.

— Qu’est-ce qu’un Bolton peut connaître de l’honneur ? riposta le tenancier de L’Anguille tout en versant de nouveau du vin brun dans leurs coupes.

— Il ira nulle part, lord Wyman. Il est trop gras du bide.

— J’ai entendu dire qu’il va pas bien. Il dort, il chiale, c’est tout ce qu’il fait, à ce qu’on raconte. Il est trop mal pour se lever du lit, la plupart du temps.

— Trop gras, tu veux dire.

— Gras, mince, ça a rien à voir là-dedans, objecta le tenancier. Les lions retiennent son fils. »

Personne ne parlait du roi Stannis. Personne ne semblait même savoir que Sa Grâce était partie dans le Nord aider à défendre le Mur. Sauvageons, spectres et géants occupaient toutes les conversations à Fort-Levant, mais ici, personne ne semblait seulement y penser.

Davos se pencha dans la clarté du feu. « Je croyais que les Frey avaient tué son fils. C’est ce qu’on a entendu raconter à Sortonne.

— Ils ont tué ser Wendel, répondit le propriétaire. Ses os reposent dans le Septuaire des Neiges, tout entourés de cierges, si vous voulez y jeter un coup d’œil. Ser Wylis, lui, il est toujours captif. »

De pire en pire. Il savait que lord Wyman avait deux fils, mais il les croyait morts tous les deux. Si le Trône de Fer détient un otage… Davos avait eu sept fils lui-même, et en avait perdu quatre sur la Néra. Il savait qu’il ferait tout ce que les dieux ou les hommes lui demandaient pour protéger les trois autres. Steffon et Stannis étaient à des milliers de lieues des combats et à l’abri du danger, mais Devan se trouvait à Châteaunoir, comme écuyer du roi. Le roi dont la cause, pour ses futurs heurs et malheurs, pourrait dépendre de Blancport.

Ses camarades buveurs discutaient de dragons, à présent. « T’es complètement cinglé, jeta un barreur de la Cavalière des Tornades. Le Roi Gueux est mort depuis des années. Un seigneur du ch’val dothraki lui a tranché la tête.

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