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Le bûcher d'un roi

Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:

Le destin des Sept Royaumes est sur le point de basculer. A l’Est, Daenerys, dernière descendante de la Maison Targaryen, secondée par ses terrifiants dragons arrivés à maturité, règne sur une cité de mort et de poussière, entourée d’ennemis. Mais alors que certains voudraient la voir passer de vie à trépas, d’autres entendent rallier sa cause, tel Tyrion Lannister, le Lutin, dont la tête vaut de l’or depuis qu’il s’est rendu coupable du meurtre de son père, Tywin. Au Nord, où se dresse l’immense Mur de glace et de pierre qui garde la frontière septentrionale des Royaumes, Jon Snow, le bâtard de feu Eddard Stark, a été élu 998e Commandant en chef de la Garde de Nuit, mais ses adversaires se dissimulent des deux côtés du Mur, y compris parmi les troupes de Stannis Baratheon qui ont élu domicile dans ces contrées glacées…
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— C’est c’ qu’on raconte, répliqua le vieil homme. Peut-être qu’ c’est des mensonges, cela dit. Il est mort à une moitié de monde d’ici, s’il est vraiment mort. Qui peut le dire ? Si un roi voulait ma mort, il s’ pourrait que j’ l’oblige en jouant les cadavres. Aucun d’entre nous a jamais vu l’ corps.

— J’ai jamais vu l’ corps de Joffrey, non plus, ni çui de Robert, bougonna le tenancier de L’Anguille. Sont peut-être encore en vie, aussi. Et si Baelor le Bienheureux avait juste piqué une p’tite sieste depuis tant d’années ? »

Le vieil homme fit la grimace. « Le prince Viserys était pas le seul dragon, si ? On est sûr qu’y’ z’ ont tué le fils du prince Rhaegar ? C’était un nourrisson.

— Y avait pas une princesse, aussi ? » demanda une putain, celle qui avait raconté que la viande était grise.

« Deux, répondit le vieux. La fille de Rhaegar, et pis l’autre, sa sœur.

— Daena, précisa l’homme du fleuve. C’était la sœur, ça. Daena de Peyredragon. Ou Daera, non ?

— Daena, c’était la femme du roi Baelor, corrigea le rameur. J’ai tiré l’aviron sur un navire qui portait son nom, une fois. La Princesse Daena.

— Si elle était l’épouse d’un roi, ça d’vrait être une reine.

— Baelor a jamais eu de reine. Il était sacré.

— Ça veut pas dire qu’il a pas épousé sa sœur, contra la putain. C’est juste qu’il a jamais couché avec elle, voilà tout. Quand on l’a fait roi, il l’a enfermée dans une tour. Ses autres sœurs aussi. Y en avait trois.

— Daenela, intervint bruyamment le tenancier. C’est ça, son nom. La fille du Roi Fou, j’ veux dire, pas c’te foutre de femme de Baelor.

— Daenerys, dit Davos. On lui a donné le nom de Daenerys, qui avait épousé le prince de Dorne durant le règne de Daeron II. Je me demande ce qu’elle est devenue.

— Moi, je sais », affirma l’homme qui avait lancé toute la discussion sur les dragons, un rameur braavien vêtu d’une jaque de laine sombre. « Quand on a fait escale à Pentos, on s’est amarrés près d’un navire marchand, l’Aguicheuse, et j’ me suis retrouvé à boire avec l’ second de son capitaine. Y’ m’a raconté une drôle d’histoire, une simple gamine qu’était montée à bord à Qarth, pour tenter d’acheter un passage pour rentrer en Westeros, elle et trois dragons. Des cheveux d’argent, qu’elle avait, et les yeux mauves. “J’ l’ai conduite moi-même au capitaine, m’a juré l’ second, mais il a carrément r’fusé. Y a plus de profit à faire avec des clous de girofle et du safran, qu’y’ m’a dit, et les épices, ça risque pas d’ te bouter l’ feu aux voiles.” »

Les rires coururent toute la cave. Davos ne s’y joignit pas. Il connaissait le sort de l’Aguicheuse. Les dieux étaient cruels : laisser un homme sillonner la moitié du monde, puis l’envoyer après un fanal trompeur, alors qu’il était pratiquement rentré chez lui. Ce capitaine était un homme plus hardi que moi, songea-t-il en prenant le chemin de la porte. Un voyage en Orient, et l’on pouvait vivre riche comme un lord jusqu’à la fin de ses jours. Quand il avait été plus jeune, Davos avait lui-même rêvé d’accomplir de tels périples, mais les années s’étaient mises à danser comme les papillons de nuit autour d’une flamme et, sans qu’il sache comment, l’heure n’avait jamais paru vraiment propice. Un jour, se dit-il. Un jour quand la guerre sera finie et que le roi Stannis siégera sur le Trône de Fer et n’aura plus besoin de chevaliers oignons. Je prendrai Devan avec moi. Et Steff et Stanny aussi, s’ils sont assez grands. Nous verrons ces dragons et toutes les merveilles du monde.

Dehors, le vent montait, faisant frémir les flammes des lampes à huile qui éclairaient la cour. Il faisait plus froid depuis que le soleil s’était couché, mais Davos se souvint de Fort-Levant, et du vent qui arrivait du Mur en hurlant, la nuit, transperçant comme une lame les plus chauds manteaux pour glacer dans leurs veines le sang des hommes. Blancport était un bain chaud, en comparaison.

Il existait d’autres établissements où il pouvait aller se remplir les oreilles : une auberge, réputée pour ses tourtes aux lamproies, la brasserie où buvaient les facteurs de laine et les agents de douane, une salle de spectacle où l’on pouvait se livrer à des distractions délurées pour quelques sous. Mais Davos estimait en avoir entendu assez. J’arrive trop tard. Un vieil instinct lui fit tendre la main vers sa poitrine, à l’endroit où il conservait autrefois les os de ses doigts dans une petite bourse attachée à une lanière en cuir. Il n’y avait plus rien. Il avait égaré son porte-bonheur dans les brasiers de la Néra, en perdant son navire et ses fils.

Que faire, à présent ? Il serra son manteau contre lui. Gravir la colline et frapper aux portes du Châteauneuf, et présenter une requête futile ? Revenir à Sortonne ? Rentrer auprès de Marya et de mes fils ? M’acheter un cheval et suivre la route Royale, pour apprendre à Stannis qu’il n’a point d’amis à Blancport, et plus d’espoir ?

La reine Selyse avait donné un banquet pour Sla et ses capitaines, le soir avant que la flotte prenne la mer. Cotter Pyke s’était joint à eux, et quatre autres officiers de haut rang de la Garde de Nuit. On avait permis aussi à la princesse Shôren de participer. Tandis qu’on servait le saumon, ser Axell Florent avait régalé la table de l’histoire d’un princelet targaryen qui avait un singe pour animal de compagnie. Ledit prince aimait à revêtir la créature des tenues de son défunt fils et à le traiter en enfant, assurait ser Axell et, de temps en temps, il présentait en son nom des demandes en mariage. Les lords honorés de la sorte déclinaient toujours l’offre avec courtoisie, mais ils la déclinaient, bien entendu. « Même drapé dans la soie et le velours, un singe reste un singe, avait conclu ser Axell. Un prince plus sage aurait su qu’on n’envoie pas un singe accomplir l’ouvrage d’un homme. » Les gens de la reine s’étaient esclaffés, et plusieurs avaient souri à Davos. Je ne suis pas un singe, avait-il pensé. Je suis lord tout autant que vous, et meilleur homme. Mais le souvenir demeurait cuisant.

La porte des Otaries était fermée. Impossible pour Davos de regagner la Gaie Ventrière avant l’aube. Il était bloqué ici pour la nuit. Il leva les yeux vers le vieux Pied-de-Poisson, avec son trident brisé. J’ai traversé la pluie, les naufrages et les tempêtes. Je ne rentrerai pas sans accomplir ce que je suis venu faire, aussi désespérée que la tâche puisse paraître. Même s’il avait perdu ses doigts et sa chance, il n’était pas un singe en velours. Il était une Main de Roi.

L’Escalier du Château était une rue avec des marches, une large voie en pierre blanche qui menait de l’Antre du Loup le long de la mer jusqu’au Châteauneuf sur la colline. Des sirènes en marbre éclairaient le chemin tandis que montait Davos, des vasques d’huile de baleine enflammée posées dans leurs bras. Lorsqu’il parvint au sommet, il se retourna pour regarder derrière lui. D’ici, il voyait les rades. L’une et l’autre. Derrière le mur de la jetée, la rade intérieure était encombrée de galères de guerre. Davos en compta vingt-trois. Tout gras qu’il fût, lord Wyman n’était apparemment pas un homme oisif.

On avait fermé les portes du Châteauneuf, mais une poterne s’ouvrit quand il héla, et un garde en émergea pour s’enquérir de sa démarche. Davos lui présenta le ruban noir et or qui portait les sceaux royaux. « J’ai besoin de voir lord Manderly sur-le-champ, déclara-t-il. Mon affaire le concerne, et lui seul. »

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