Le bûcher d'un roi
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Серия: Le Trone de fer #13
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Pygmalion
- ISBN: 978-2-7564-0586-5
- Переводчик: Patrick Marcel
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:
… et là-bas, plus loin, le vaisseau de guerre.
À sa vue, il sentit un poignard percer ses espoirs. Le bâtiment avait une coque noire et or, et un lion à la patte levée pour figure de proue. Le Lion, disaient les lettres sur sa proue, sous une bannière flottante qui portait les armes du roi enfant siégeant sur le Trône de Fer. Un an plus tôt, il n’aurait pas su les déchiffrer, mais mestre Pylos lui avait un peu appris à lire à Peyredragon. Pour une fois, il tira peu de plaisir de sa lecture. Davos avait prié pour que la galère se perde dans les mêmes tempêtes qui avaient ravagé la flotte de Sla, mais les dieux n’avaient pas eu cette bonté. Les Frey étaient ici, et il allait devoir les affronter.
La Gaie Ventrière s’amarra au bout d’un ponton de bois usé par les éléments dans la rade extérieure, à bonne distance du Lion. Tandis que son équipage la fixait aux piliers et abaissait une passerelle, son capitaine s’approcha de Davos d’un pas guilleret. Casso Mogat était de ces métis du détroit, le fils dont un baleiner ibbénien avait engrossé une putain de Sortonne. Haut de cinq pieds et fort hirsute, il se teignait les cheveux et la barbe en vert mousse. Cela lui donnait l’allure d’une souche moussue en bottes jaunes. En dépit de son apparence, il paraissait bon marin, même s’il était un maître dur envers son équipage. « Combien de temps serez-vous absent ?
— Un jour au moins. Peut-être plus. » Davos avait constaté que les lords aiment à faire patienter les gens. À seule fin de les inquiéter, soupçonnait-il, et de démontrer leur pouvoir.
« La Ventrière va rester ici trois jours. Pas davantage. On va m’attendre, à Sortonne.
— Si tout se passe bien, je pourrais être de retour demain.
— Et si ça se passe mal ? »
Je pourrais ne pas revenir du tout. « Vous n’avez nul besoin de m’attendre. »
Deux agents des douanes montaient à bord alors qu’il descendait la passerelle, mais aucun ne lui accorda ne fût-ce qu’un regard. Ils venaient voir le capitaine et inspecter la cale ; de simples marins ne les concernaient pas, et peu de gens paraissaient aussi ordinaires que Davos. Taille moyenne, un visage de paysan matois tanné par le vent et le soleil, une barbe grisonnante et des cheveux bruns bien saupoudrés de gris. Même sa tenue était banale : de vieilles bottes, des chausses brunes et une tunique bleue, un manteau en laine écrue, retenu par un fermoir en bois. Il portait une paire de gants en cuir rongés de sel afin de cacher les moignons de doigts à la main que Stannis avait raccourcie, bien des années auparavant. Davos n’avait guère l’apparence d’un lord, moins encore celle d’une Main de Roi. Ce qui lui convenait parfaitement, tant qu’il ne saurait pas quelle était la situation ici.
Il longea le quai et traversa le marché aux poissons. Le Brave Maître embarquait de l’hydromel. Les futailles étaient stockées sur quatre niveaux le long du quai. Derrière une pile, il aperçut trois marins qui jouaient aux dés. Plus loin, des poissonnières vendaient la prise du jour à la criée, et un morveux marquait la cadence sur un tambour, tandis qu’un vieil ours pelé dansait en rond devant des coureurs de fleuve qui faisaient le cercle. Deux piqueurs avaient été postés à la porte de l’Otarie, l’insigne de la maison Manderly sur la poitrine, mais ils étaient trop occupés à conter fleurette à une catin des docks pour accorder leur attention à Davos. La porte était ouverte, la herse levée. Il se joignit à la foule qui circulait.
À l’intérieur s’étendait une place pavée, avec une fontaine en son centre. Un triton de pierre s’élevait de ses eaux, haut de vingt pieds de queue en cap. Sa barbe bouclée était verte et blanche de lichens et un des fourchons de son trident s’était brisé avant la naissance de Davos, mais il demeurait impressionnant, néanmoins. Le vieux Pied-de-Poisson, disaient les gens du cru. La place portait le nom d’un lord défunt, mais personne ne l’appelait jamais autrement que la cour Pied-de-Poisson.
Cet après-midi-là, il y avait foule dans la cour. Une commère lavait son petit linge dans la fontaine de Pied-de-Poisson et l’accrochait à sécher sur son trident. Sous les arches de la colonnade, des camelots, scribes et changeurs d’argent s’étaient installés pour travailler, en même temps qu’un sorcier de campagne, une herboriste et un très mauvais jongleur. Un homme vendait des pommes dans une brouette et une femme proposait des harengs avec des oignons hachés. Des poulets et des enfants traînaient dans les jambes de tout le monde. Les énormes portes de chêne et de fer du Vieil Hôtel des Monnaies avaient été fermées lors des passages précédents de Davos dans la cour Pied-de-Poisson ; aujourd’hui elles étaient ouvertes. À l’intérieur, il aperçut des centaines de femmes, d’enfants, de vieillards, entassés à même le sol sur des piles de fourrures. Certains avaient allumé de petits feux pour cuisiner.
Davos s’arrêta sous la colonnade et échangea un demi-sou contre une pomme. « Y a des gens qui vivent dans le Vieil Hôtel des Monnaies ? demanda-t-il au vendeur de pommes.
— Ceux qui-z-ont pas d’aut’ endroit où vivre. Des pauv’ gens v’nus par la Blanchedague, presque tous. Des de Corbois, aussi. Avec c’ Bâtard d’ Bolton qui court, y’ veulent tous se r’trouver derrière les remparts. Ch’sais pas c’ que Sa Seigneurie a l’intention d’ faire, d’eux tous. Pour la plupart, y’ sont arrivés rien qu’avec les affaires qu’y’-z-ont sur l’ dos. »
Davos ressentit une pointe de culpabilité. Ils sont venus se réfugier ici, dans une ville épargnée par les combats, et voici que je viens de nouveau les entraîner dans la guerre. Il croqua la pomme et se sentit coupable pour cela aussi. « Comment font-ils, pour manger ? »
Le vendeur de pommes haussa les épaules. « Y en a qui mendient. D’aut’ qui volent. Pas mal de jeunettes qui se mettent sur le marché, comme toujours les filles quand elles ont qu’ ça à vendre. Les gars qu’ont plus de cinq pieds de haut peuvent s’ trouver une place dans les casernes de Sa Seigneurie, du moment qu’y’ savent tenir une lance. »
Ainsi donc, il recrute des hommes. Ce pouvait être une bonne chose… ou une mauvaise, ça dépendait. La pomme était sèche et farineuse, mais Davos se força à y mordre de nouveau. « Lord Wyman a l’intention de rejoindre le Bâtard ?
— Eh ben, la prochaine fois qu’ Sa Seigneurie s’ pointe par ici pour s’ payer une pomme, je manquerai pas d’ lui d’mander.
— J’ai entendu dire que sa fille allait épouser un Frey.
— Sa p’tite-fille. J’ai entendu dire ça, aussi, mais Sa Seigneurie a oublié de m’inviter aux noces. Dis, t’as l’intention d’le finir, ça ? Bon, alors, j’vais récupérer c’ qui reste. Sont bons, les pépins. »
Davos lui renvoya le trognon. Sale pomme, mais apprendre que Manderly recrute méritait bien un demi-sou. Il contourna le vieux Pied-de-Poisson, dépassant une jeune fille qui vendait des tasses du lait frais de sa chèvre. La ville lui revenait mieux en mémoire, maintenant qu’il était sur place. Dans la direction qu’indiquait le trident du vieux Pied-de-Poisson se trouvait une ruelle où l’on vendait de la morue frite, croustillante et dorée à l’extérieur, blanche et friable à l’intérieur. Par là-bas se situait un bordel, plus propre que la moyenne, où un marin pouvait prendre du plaisir avec une femme sans craindre de se faire détrousser ou tuer. Dans l’autre sens, dans l’un de ces établissements qui s’accrochaient à la muraille de l’Antre du Loup comme berniques à une vieille coque, il y avait eu une brasserie où l’on fabriquait une bière noire si épaisse et goûteuse qu’une barrique rapporterait autant qu’un La Treille auré à Braavos et à Port-Ibben, à condition que les autochtones en laissent suffisamment au brasseur pour qu’il en exporte.