La grande mascarade parisienne
- Автор: Robida Albert
- Язык: французский
- Жанр: Европейская старинная литература
Электронная книга - «La grande mascarade parisienne». Краткое содержание книги:
— Mon ami, tenez compte de la malheureuse situation où je me suis trouvé... Enfin, moi je suis sauf, je n'ai pas signé de promesses de mariage, tandis que vous, vous voilà avec une mauvaise affaire sur les bras... Savez-vous ce que c'est que les locataires de la villa Girouette ?
— Oui, j'ai questionné notre hôte; c'est lui qui les a envoyés à la villa laissée libre par le départ deTulipial Ce sont mesdemoiselles Gléopâtra, Lavi-nia et Lucrezia Bloomsbig, de Ghigago, voyageant sous la conduite de M. Palamède Hurstley, leur cousin.
Ce n'est pas leur cousin, j'ai fait causer l'aimable mulâtresse. M. Palamède est tout simplement un employé de la grande agence américaine de mariages européens...
— Qu'est-ce que cette agence?
— Une agence qui se charge de piloter les demoiselles américaines qu'on veut bien lui confier et de leur trouver des maris sur le vieux continent. M. Palamède arrive tous les ans avec deux ou trois demoiselles, qui parviennent toujours à se caser par ses soins. C'est un commis-voyageur en Américaines ; l'année dernière, il en a placé quatre, une à Luchon, une à Paris une à Vienne et l'autre en bateau à vapeur; il est très fort. J'oubliais de vous dire qu'il est pasteur et, qu'en cette qualité, il peut enlever un mariage pressé.
— Pasteur !
Oui, mon ami, et je dois même ajouter qu'après votre départ, M Ile Lucrezia, celle que vous aviez prise pour Tulipia, a fait de vifs reproches à Palamède pour ne pas vous avoir unis tout de suite i Voilà qui est flatteur pour vous!...
Elle est charma'nte. Mais ma mission... ma noble mission!... j'ai terriblement de choses à faire.
— Oui, et je vous conseille de partir au plus vite. Palamède a l'intention d'agir vigoureusement pour vous amener à tenir vos engagements.
— Partons tout de suite. Nous passerons derrière l'hôtel pour n'être pas vus, et la voiture nous rattrapera sur la route. Quant à nos bagages, on nous les enverra plus tard.
En se glissant derrière les jardins, les fugitifs purent apercevoir le sieur Palamède à une fenêtre, les yeux fixés sur l'hôtel de la Rouge et la Noire.
— Déjà levé! murmura Gabassol. Ce pasteur est terrible!... il nous attend pour les demandes officielles!...
La voiture les rattrapa une demi-heure après sur la Corniche. La splendeur du paysage, baigné dansjles fraîcheurs du matin, leur fit oublier bientôt les périls auxquels ils venaient d'échapper. Ils arrivèrent à Nice plus tranquilles.
Le premier soin de Cabassol, après un déjeuner réconfortant, fut de s'informer du prince de Bosnie.
Personne ne l'avait va en ville, il parcourut successivement toutes les promenades, s'informa dans tous les hôtels sans découvrir aucun indice. Le* bagages du prince étaient au chemin de fer, à la consigne,
A Nnples. — Cuisines en plein vent. — Consommation de couleur locale et de macaroni.
— Il garde le plus strict incognito, sans doute ! dit amèrement Cabassol, mais je le trouverai et il faudra bien que je lui enlève Tulipia, ou au moins l'album de la succession. — Retournons vers Monaco et demandons des renseignements en route, il s'est peut-être arrêté à Villefranche ou ailleurs.
Aucun hôtel, à Villefranche, n'avait eu l'honneur d'abriter Son Altesse, il fallut pousser plus loin. Cabassol désespérait et il en était arrivé à penser que ceux qu'il cherchait avaient dépassé Nice et se dirigeaient vers Cannes, lorsque, dans un petit village, à quelques kilomètres de Villefranche, il aperçut un rassemblement devant la petite maison d'un modeste épicier.
Deux ouvriers peintres, grimpés sur une échelle, étaient en train d'orner la façade de l'épicier d'une inscription en gros caractères; au-dessous de ÉPICERIE, denrées coloniales, vins et huiles, les artistes avaient tracé les mots : FOURNISSEUR DE S. A. LE PRINCE DE BOSNIE.
— Arrêtez! cria Cabassol à son cocher, en sautant vivement sur la roule. L'épicier était sur le pas de sa porte, examinant l'œuvre des peintres.
— Monsieur, lui dit Cabassol, je vois que le prince de Bosnie est un de vos clients, pourriez-vous me dire si Son Altesse a passé par ici hier soir?
— Vous ne pouvez mieux vous adresser, Son Altesse sort d'ici...
— Comment?
— Oui, elle est partie il y a environ deux heures. Le prince a daigne accepter l'hospitalité chez moi cette nuit, et ce matin, il est parti avec la princesse et monsieur de Blikendorf, son précepteur.
— Alors le prince...
— Oui, monsieur, hier soir il passait en voiture au grand galop de quatre chevaux, lorsqu'au tournant de la route, une roue de devant s'est détachée, les chevaux ont roulé par terre, le timon de la voiture s'est brisé, sans parler d'autres avaries. Le charron qu'on était allé chercher demanda quatre heures pour remettre la voiture en état de rouler; c'était devant ma porte, j'offris mes services au prince... La princesse avait faim, le prince demanda tout à coup à me louer ma maison. Je m'inclinai, Leurs Altesses entrèrent et ma femme se mit en devoir de leur confectionner un bon petit dîner.
Le prince commençait à rire de l'aventure, il dit à ma femme de mettre beaucoup d'oignon et d'huile dans la soupe, en appelant cette soupe un potage couleur locale. J'envoyai un exprès à Villefranche chercher quelques bouteilles de vin de Champagne...
— Et?
— Et la princesse m'a dit en excellent français que j'avais une bonne tête, — je leur avais cédé ma chambre, malheureusement encombrée par un arrivage de marchandises. Son Altesse se cognait la tête aux chandelles et aux jambons pendus au plafond, les jambes dans les boites à sardines, mais elle daigna rire de cet encombrement... M. de Blikendorf, qui avait un violent mal de été, occasionné sans doute par l'accident, s'étant endormi à table, nous l'avons porté chez un voisin qui nous prêta obligeamment un lit... Ce matin, la voiture étant raccommodée, Leurs Altesses sont reparties. Quand M.de Blikendorf a voulu me payer, j'ai énergiquement refusé. Alors il m'a dit : Qu est-ce que vous voulez? Une décoration, peut-être? Non, quoi donc alors? — Je désire, ai-je répondu, l'autorisation de faire peindre sur ma boutique les
Manière de lester un corricolo.
armes de Bosnie avec cette inscription : fournisseur de S. A. le prince, etc. M. de Blikendorf me dit qu'il allait en référer au prince. Le prince arriva lui-même bientôt et me dit en fouillant dans les tiroirs et en découvrant les tonneaux : — Qu'est-ce que vous vendez ? Des chandelles, du chocolat, du macar roni, des pruneaux... Bon, donnez-moi deux livres de pruneaux ! Se servis avec respect à Son Altesse deux livres de pruneaux bon poids. Le prince me donna douze sous, prit les pruneaux et me frappa sur l'épaule en me disant : Je vous sacre fournisseur, Blikendorf vous enverra le brevet, allez l
— Et savez-vous où sont ailés le prince et la princesse? reprit Cabassol.
— En Italie. J'ai entendu la princesse dire à Son Altesse : mon petit Mich...
— Mich?...
— C'est un petit nom d'amitié, le prince s'appelle Michel... mon petit Mieh... si nous allions faire un tour en Italie? Alors ils sont convenus de prendre à Nice le bateau pour Gênes.
Cabassol remercia l'heureux épicier et fit tourner bride à la voiture.
— Qu'allons-nous faire? demanda Miradoux.
— C'est bien simple, nous allons à Gênes aussi, nous descendrons dans le même hôtel que le prince, j'attendrai une occasion et je tâcherai d'attendrir Tulipia.
En rentrant dans Nice, les renseignements abondèrent. Le prince était descendu à l'hôtel des Cinq Parties du Monde, dans le plus strict incognito.
Le bon padro donnait uno incommensurable quantité de bénédictions.