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Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet». Краткое содержание книги:

Les deux derniers tomes de ce cycle criminel ont pour thème central la recherche frénétique du trésor des Habits noirs, caché jalousement par le colonel Bozzo. Dans les Compagnons du trésor se trouve entrelacée à cette quête la sanglante loi de succession de la famille Bozzo, dont l'ancêtre est Fra Diavolo: le fils doit tuer le père pour lui succéder, à moins que le père ne tue le fils. L'architecte Vincent Carpentier, qui a construit la cache du trésor pour le colonel Bozzo, est poursuivi par l'idée fixe de la retrouver. Son fils adoptif, le jeune peintre Reynier, découvre par hasard qu'il est le petit-fils du colonel Bozzo…
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– C’est un hasard diabolique, il est vrai, mais enfin, rien ne prouve que le Trésor fut précisément caché ici, et sans le chien maudit, nous aurions maintenant la cassette.

Samuel secoua la tête d’un air consterné.

– Irez-vous la chercher au Père-Lachaise, la cassette? demanda aigrement Comayrol.

– Si je savais l’y trouver!… répliqua Marguerite.

Elle avait redressé la belle hauteur de sa taille. Les autres semblaient retrouver courage en la regardant. Samuel dit:

– Comtesse, il y a longtemps que tu n’as mis la main à la pâte. Tu es si vraiment une grande dame que tu avais fait de nous des fainéants. Nous voilà bien bas, mais tu as bonne mine de bataille ce matin, Marguerite. Si tu nous disais: «En avant!» je crois que nous marcherions encore une fois derrière toi.

– Et demain, la frontière, dit Adèle, ça me va. Seulement, je ne veux plus mener votre coquine de barque. Taillez-moi de la besogne, je taperai. Mes ancêtres étaient des chevaliers et non pas des diplomates. J’ai raccourci leur épée pour en faire un couteau, voilà tout! Marguerite semblait rêver.

– Comédien admirable, fit-elle comme si elle eût pensé tout haut, enfant quinteux, exploitant l’absurde et l’impossible, comme l’épicier du coin vend ses pruneaux, régulièrement, sagement, ce démon, qui n’est qu’un petit-bourgeois sous sa montagne de crimes, a récolté des millions là où tous autres vivent et meurent de misère. Nous avons participé à sa prospérité; nous sommes tombés dès que sa main a cessé de nous soutenir. Cela prouve que le commerce n’est pas bon pour nous, puisque la banqueroute approche.

– Comtesse, renoncez-vous? demanda Samuel. Au lieu de répondre, elle poursuivit:

– Il a menti; il ment toujours. On ne connaît au monde que trois bank-notes de la Banque d’Angleterre portant ce chiffre: fifty thousand, qui forme un million en souverains d’or; la planche en a été brisée en présence du Conseil du royal exchange dès que la reine, le prince Albert et le directeur chef ont eu chacun le sien. Comment le colonel a pu s’en procurer un seul, je l’ignore, mais il est certain qu’il n’en a pas plein son coffret. Peu importe: à la mort de son petit-fils, il avait déjà cinquante millions.

– C’est-à-dire: «Nous avions» déjà cinquante millions! rectifia Samuel. Et quoi d’étonnant? On dit que le Rothschild d’Allemagne a sept milliards, et c’est le moins riche.

– Quel petit-fils? demanda Adèle.

– Celui de la légende italienne, répliqua Marguerite, celui qui est tué ou qui tue selon la loi mystérieuse de la maison de Bozzo, celui qui dit à son père en le frappant: Je venge ton père et à qui le père répond en mourant: Ton fils me vengera… Celui, enfin, l’éternel assassin, le parricide immortel qui, depuis deux siècles, s’est appelé le Maître du Silence, Beldemonio, Frère-Diable, le colonel Bozzo, que sais-je? vivant de sa propre mort, régénéré par elle, et dont nous disions à l’heure même: «Il est jeune, il est fort!»

Quand Marguerite se tut, nul ne parla. Au bout d’une minute seulement, le Dr Samuel reprit:

– Que ce soit fable ou vérité, nous connaissons tous cette histoire. Mais que nous importe à l’heure présente, qui est peut-être la dernière pour nous? Revenons à la question et tranchons-la!

– C’est la question! dit Adèle, dont les yeux ronds brillaient derrière ses lunettes. Marguerite a trouvé le joint: qu’elle commande, j’obéirai.

Et comme tous les regards l’interrogeaient, Marguerite répéta:

– C’est la question, il n’y en a pas deux. Sais-tu où prendre le cavalier Mora, toi, Cadet-l’Amour?

– Rue de Bondy, répondit Adèle, maison du docteur Abel, au rez-de-chaussée.

– Que tout le monde écoute, alors! Marguerite se recueillit un instant et reprit:

– Toutes les instructions du Père doivent être suivies à la lettre, toutes: qu’elles soient sincères ou perfidement calculées. Il faut cela pour lui inspirer confiance, et il faut qu’il ait confiance. Dans une demi-heure nous aurons quitté cette maison pour n’y plus rentrer…

– Causez toujours, interrompit Jaffret, je vais emballer mes oiseaux.

Et il se précipita dehors tête première.

– Tout ce que la bande a de gens valides, reprit Marguerite, doit être mis sur pied. L’Amour, consens-tu à tenir le couteau pour cette fois?

– C’est mon état, répondit Adèle, et vous serez contents de moi… Mais qui payera la loi?

Marguerite haussa les épaules.

– Faillite à la loi! dit-elle. Après ceci, la fin du monde! Nous sommes cinquante fois millionnaires ou morts!… Aujourd’hui, le quartier général sera chez moi, à mon pied-à-terre de la rive droite, rue de La Rochefoucauld; mon hôtel est abandonné comme toutes vos demeures. Dans la journée, visite à Mme la duchesse: je me charge de savoir par ses paroles ou de lire sur son visage lequel de ses fils est véritablement aimé. Celui-là nous l’épargnerons, c’est le bâtard; l’autre…

– Compris! dit Adèle; Et après?

– Nous quittons Paris en toute hâte, pour obéir au Père jusqu’au bout… et il en est instruit aussitôt, car il nous espionne de près: Pistolet travaille pour lui.

– Eh bien?

– Eh bien! il s’endort tranquille, ce soir, puisqu’il croit que nous roulons vers la frontière… et à minuit, son logis est cerné à son tour, sa porte forcée, nous entrons dans la chambre où il dort…

– Bravo! fit-on en explosion.

– Et quand l’Amour lui serrera la gorge, jeune ou vieux, si grand comédien qu’il soit, je vous jure bien qu’il dira où est notre argent!

XVII Un acte de mariage, deux actes de naissance

Nous savons que mademoiselle Clotilde, la pupille des Jaffret, était une brave fillette au cœur excellent, pleine d’esprit, de gentillesse et de dévouement; mais il ne vous a jamais été dit qu’elle fût une jeune demoiselle rompue aux exigences de l’étiquette mondaine.

L’hôtel Fitz-Roy, habité par ce prodigieux ménage, M. et Mme Jaffret, ne valait peut-être pas, au point de vue de l’éducation et des belles manières, le couvent des Oiseaux.

Clotilde avait un grand amour dans le cœur; cela aiguise les instincts et développe l’intelligence, mais cela ne porte pas à observer très strictement les petites conventions mondaines.

Clotilde avait deviné autour de l’homme qu’elle aimait des dangers de plus d’une sorte.

Ces dangers, elle essayait de les conjurer à sa manière.

Comme, dans sa croyance, Georges n’était pas plus le prince de Souzay qu’elle n’était elle-même Mlle de Clare, son rêve, c’eût été de fuir loin de ces intrigues, qu’elle jugeait dangereuses et coupables.

Pour elle, la caverne avait dénoncé les brigands.

Elle avait deux sortes d’ennemis; les Jaffret, Marguerite, Samuel, Comayrol, etc., d’un côté, qui la tenaient garrottée au beau milieu de cette intrigue; de l’autre, Mme la duchesse de Clare, cette mère qui, ayant deux fils, mettait l’un à l’abri de l’autre, donnant au premier l’amour, la richesse, le nom, tout ce qui est désirable en ce monde, et réservant au second tout ce qui est travail, péril ou misère.

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