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Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet». Краткое содержание книги:

Les deux derniers tomes de ce cycle criminel ont pour thème central la recherche frénétique du trésor des Habits noirs, caché jalousement par le colonel Bozzo. Dans les Compagnons du trésor se trouve entrelacée à cette quête la sanglante loi de succession de la famille Bozzo, dont l'ancêtre est Fra Diavolo: le fils doit tuer le père pour lui succéder, à moins que le père ne tue le fils. L'architecte Vincent Carpentier, qui a construit la cache du trésor pour le colonel Bozzo, est poursuivi par l'idée fixe de la retrouver. Son fils adoptif, le jeune peintre Reynier, découvre par hasard qu'il est le petit-fils du colonel Bozzo…
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Elle hésitait déjà. Que lui dire? M. Buin appartenait à l’administration; il était sous le coup d’un malheur administratif. Parmi le monceau de choses que Clotilde savait et qui l’étouffaient, plusieurs, beaucoup se rapportaient directement ou non à l’évasion de la veille, et le captif délivré était Clément: le prince Georges!

Comment toucher à ce sujet brûlant? Comment l’omettre? Et même en dehors de cela, que révéler et que dissimuler?

La sincérité est une.

Dès qu’il faut choisir entre les éléments qui composent la vérité, quel guide prendre?

En passant devant la grande porte de la prison, Clotilde regarda le marteau, mais elle n’osa pas le soulever.

Elle continua sa route.

Son autre ami, c’était le Dr Abel Lenoir.

Plus qu’un ami, déjà, celui-là, un confident.

Toute la bravoure de Clotilde revint pendant qu’elle montait à la place Royale pour gagner le boulevard.

Le docteur Abel était précisément le confesseur qu’il fallait; il aimait Georges, il témoignait à la mère de Georges un dévouement absolu; mieux que personne au monde peut-être, il pouvait se reconnaître dans ce dédale des affaires de la maison de Clare, et par-dessus tout il était l’ennemi-né, le grand ennemi des Habits Noirs.

Oh! pour cela, toute sa vie répondait de sa haine!

Clotilde avait donné rendez-vous à Georges chez le docteur Abel; donc elle n’avait pas attendu ce moment pour compter sur lui.

Dans tout Paris elle n’aurait pu trouver un asile meilleur ni un plus sûr asile, et cependant, elle n’abandonna pas le boulevard pour prendre la rue de Bondy où était le logis du docteur. Elle suivit son chemin tout droit, le long des théâtres, toujours pensive et de plus en plus combattue.

À la porte Saint-Martin, elle monta dans un fiacre en disant au cocher:

– Rue Pigalle.

– Quel numéro? demanda le cocher.

– Allez toujours, je vous arrêterai.

Le prince Georges de Souzay demeurait rue Pigalle.

Clotilde allait-elle le trouver lui ou sa mère?

Mais non, elle passa devant l’hôtel de Souzay comme devant les deux autres portes. Elle allait plus loin: où allait-elle?

Quelque chose l’attirait, voilà ce qui est certain. C’était une route, une seule, toujours la même, qu’elle suivait depuis l’église Saint-Paul.

Et si quelqu’un lui eût demandé de prononcer un nom qui désignât le but de cette route, jusqu’au dernier moment, peut-être aurait-elle pu répondre avec vérité: «Je ne sais pas.»

Elle arrêta et paya son fiacre au haut de la rue Pigalle et redescendit à pied le boulevard vers la place Clichy. Comme elle tournait l’angle qui fait face au cimetière, elle aperçut les baraques de la foire et resta immobile.

– Est-ce possible, se dit-elle; est-ce que vraiment je vais là?

XIX Là!

Là, c’était la maison roulante du pauvre Échalot, que nous avons quittée au moment où Pistolet arrivait en retard au rendez-vous de cette nuit. Mademoiselle Clotilde était de bonne foi quand elle se demandait, tout le long du chemin, si elle entrerait chez le directeur de la prison, d’abord, puis chez le docteur Abel et peut-être que l’idée lui était venue en effet de soulever le marteau de l’hôtel de Souzay; mais qui ne s’est ainsi trompé soi-même aux heures de grand trouble?

En sortant de Saint-Paul, et même avant d’y entrer, Clotilde était déjà en route pour chercher, pour trouver Lirette.

Lirette était le poids même qui lui oppressait le cœur.

Elle tremblait. Les premiers rayons du blanc soleil d’hiver éclairaient le campement forain encore endormi. On ne voyait personne à l’entour.

Par-derrière, c’était ce désordre souillé, cette confusion, ce tohu-bohu d’objets malpropres et impossibles qui accompagne partout les nomades de la foire.

– L’artiste n’y regarde pas de si près! vous dira la femme-colosse démissionnaire ou l’hercule ramolli qui mange sa soupe dans une cuvette cassée.

Ces étables d’Augias forment la coulisse du chimérique théâtre dont chaque soir le parterre, à en croire le sarcasme de l’affiche, est bourré de souverains étrangers.

Parmi tous ces palais de sapin, ornés de magnificences à la colle, le plus minable était sans contredit «l’établissement» d’Échalot.

Clotilde l’avait reconnu du premier coup d’œil, et pourtant, elle restait immobile. Nous parlions de palais: au seuil de n’importe quel palais, Clotilde aurait été moins timide.

Ici, elle avait peur.

Peur de voir et de savoir.

Elle regardait de loin ces minces murailles au-delà desquelles était peut-être son destin.

Derrière ces pauvres planches, les choses étaient comme nous les avons laissées; seulement Échalot ronflait ivre de rêves et de grandeurs. Dans la petite cabine du bout, Pistolet était seul avec Lirette.

Il n’entre pas dans notre plan de peindre ici en pied ce personnage singulier et à coup sûr remarquable, qui prit un jour d’assaut le meilleur fauteuil de la rue de Jérusalem et mena la police après l’avoir battue. Sa place est marquée d’avance dans l’épisode qui racontera en grand la dernière et mortelle bataille livrée par le Dr Abel Lenoir au colonel Bozzo.

Nous dirons seulement qu’à l’époque où nous sommes, Clampin, dit Pistolet, futur maître de la sécurité publique, avait encore un peu le bec jaune du gamin de Paris, quoiqu’il eût déjà mené fort loin de sérieuses études. Il lisait par en bas le livre de nos civilisations. Bien des gens pensent que c’est là le vrai livre, peut-être le seul livre.

Et aussi que c’est le vrai sens à choisir pour en déchiffrer les lignes, si on veut apprendre à connaître les hommes, c’est-à-dire à les gouverner. Clampin, dit Pistolet, quoiqu’on lui refusât une place de douze cents francs, avait vaguement l’idée de s’éveiller un jour ministre.

Ne souriez pas: les paris restent ouverts.

C’était un beau petit homme aux cheveux frisés, au front rayonnant comme celui de saint Jean-Baptiste. On voyait bien qu’il porterait l’habit supérieurement quand il voudrait: l’habit qui gêne tant de riches et nobles entournures!

– Voilà donc ce qui est bien convenu, dit-il à mademoiselle Lirette, qui l’écoutait comme un oracle. Vous savez désormais tout ce que vous avez à savoir. Soyez chez le docteur Abel à huit heures, et reposez-vous sur moi pour le reste.

– Et la onzième pierre? demanda Lirette. Pistolet se leva et ses épaules remuèrent.

– Ces choses-là, dit-il, on n’en cause pas tout haut dans une maison à jour comme un panier. Vous avez causé, vous avez eu tort. Le trou doit être vide depuis beau temps! C’est égal, j’ai besoin à l’hôtel Fitz-Roy et je vais soulever la dalle pour l’acquit de ma conscience… Vous êtes à croquer, vous savez, avec ma robe? Quand vous serez princesse, vous me ferez cadeau d’une montre: ça manque à mon mobilier.

Il sauta sur la place sans toucher les degrés du perron de bois et détala comme un cerf.

Au haut des marches, les yeux de Lirette qui le suivaient exprimaient une respectueuse admiration, comme s’il se fût agi d’un protecteur mûr et plein d’expérience; mais le regard de la jolie fille changea tout à coup en s’arrêtant sur une femme immobile et pâle presque autant qu’une morte, qui s’appuyait à l’angle de la baraque voisine.

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