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Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet». Краткое содержание книги:

Les deux derniers tomes de ce cycle criminel ont pour thème central la recherche frénétique du trésor des Habits noirs, caché jalousement par le colonel Bozzo. Dans les Compagnons du trésor se trouve entrelacée à cette quête la sanglante loi de succession de la famille Bozzo, dont l'ancêtre est Fra Diavolo: le fils doit tuer le père pour lui succéder, à moins que le père ne tue le fils. L'architecte Vincent Carpentier, qui a construit la cache du trésor pour le colonel Bozzo, est poursuivi par l'idée fixe de la retrouver. Son fils adoptif, le jeune peintre Reynier, découvre par hasard qu'il est le petit-fils du colonel Bozzo…
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Le cercle s’était déplacé ainsi peu à peu en sourdine, et le colonel était aux trois quarts enveloppé quand il répondit enfin:

– Le fait est que je suis assez à mon aise; mais là-bas, mes pauvres enfants, si vous saviez comme tout est cher!… hors de prix, ma parole!

Il y eut dans le cercle un frémissement de muette colère.

Le bon Jaffret gagna encore quelques pouces à droite, Comayrol autant à gauche.

Derrière le colonel, il ne restait plus bien juste que la largeur de la porte entrebâillée.

XVI Fifty thousand

Le colonel, grêle et frêle comme une latte sous sa douillette, gardait son sourire de spectre bon enfant au travers duquel passaient des éclairs de malice. Il avait déjà promené deux ou trois fois son regard moqueur sur le cercle de ses «amis chéris», qui allait se rétrécissant autour de lui.

Pas une ombre d’inquiétude ne rembrunissait sa physionomie, et pourtant les membres de la bande Cadet comprenaient, tous et chacun, que le colonel s’attendait à une attaque.

Marguerite et Samuel surtout, qui l’avaient vu si souvent dans le danger, passer en quelque sorte au travers de la mort comme un démon qu’il était, serraient leur jeu et prétendaient ne frapper qu’à coup sûr.

– Qu’est-ce qu’il vous en coûterait, murmura Marguerite, de nous rendre seulement notre pauvre part! La moitié… le quart!

– Comme tu y vas, toi, mignonne! s’écria gaiement le fantôme. J’étais venu précisément ici cette nuit pour chercher le Trésor…

Tous les visages pâlirent.

– Ici! balbutia Marguerite.

Et Adèle ajouta d’une voix étouffée:

– Chez nous!

– Oui, oui, oui, oui, mes bons enfants, répondit le colonel, ici, chez vous, et si le marquis, Adèle, qui n’a jamais fait que des âneries, n’avait pas laissé échapper la petite fille du papa Morand, la vraie Tilde, vous l’auriez découvert depuis longtemps, le Trésor, rien qu’en écoutant sa prière du soir.

Il frappa sur le coffret à travers sa houppelande.

Un cri, un seul, sortit à la fois de toutes les gorges oppressées.

– Il est là! Adèle ajouta:

– Sur vous!

Comme s’il eût voulu ajouter à la folle imprudence de sa provocation, le colonel déboutonna sa douillette et prit le coffret dans sa main.

Jaffret d’un côté, Comayrol de l’autre, passaient en ce moment et se rejoignaient derrière lui.

Il était cerné.

– Tiens, tiens! fit-il en parcourant curieusement de l’œil les regards enflammés et les faces livides qui l’entouraient, ça vous fait de l’effet!

La même pensée vint à tous en face de ce calme imperturbable.

– Vous mentez, dit Marguerite, cette cassette exiguë ne peut contenir la centième partie du Trésor!

– Tu crois ça, toi? riposta le colonel, eh bien! regarde! Il ouvrit en même temps le coffret.

– Il y a une soixantaine de mille francs, tout au plus, déclara aussitôt Adèle dont le premier regard avait supputé le nombre des chiffons.

Le fantôme en prit un, le déplia et le présenta tourné vers Marguerite en disant:

– Toi, fille, tu sais l’anglais.

Marguerite eut comme un éblouissement. Elle lut et balbutia:

– Fifty thousand… pounds! Cinquante mille livres sterling! Un million! et il y en a plus de soixante comme cela!

– Vingt de plus, repartit le colonel, dont le petit rire sec grinça dans le silence. Oui, oui, oui, oui! Quatre-vingts, tout juste, quatre-vingts jolis petits millions!

L’énoncé de ce chiffre inouï fit en quelque sorte explosion.

Le reste fut rapide comme l’éclair.

Un rauquement sortit de chaque poitrine. Cinq couteaux brillèrent à la fois. Celui d’Adèle, lancé le premier avec une sauvage violence, et visant au cœur, ne rencontra que le vide, parce que le colonel avait sauté de côté.

Les autres sonnèrent contre le fer du coffret, manœuvré très habilement pour la parade.

– Bibi! appela tout bas le colonel, ici, vieux. Et il ajouta:

– Étrangle!

La porte s’ouvrit violemment. Jaffret et Comayrol tombèrent, et Adèle Jaffret roula sur le sol, renversée par le premier choc de l’énorme chien qui la prit à la gorge.

Le colonel n’était plus là.

Dans le noir de la pièce voisine, la voix doucette dit:

– On a toujours besoin des économies de papa, c’est dans la nature, je ne vous en veux pas, mes enfants. L’affaire de l’hôtel de Souzay tient, croyez-moi, faites-la, elle est bonne, mais souvenez-vous bien: qu’on ne touche pas un cheveu de mon ancienne Angèle, ni du cher enfant qui… N’insistons pas: j’ai été jeune, hé, marquis?… Lâche-le, Bibi, bon chien, il a de l’ouvrage aujourd’hui. Moi, je vais à dodo. Merci, Bibi, veux-tu venir avec moi?

Le chien, qui avait lâché Adèle à demi étranglée, bondit au-dehors.

– Eh! marquis, j’oubliais! dit encore la petite voix qui semblait lointaine, méfie-toi du Manchot!

On entendit un aboiement joyeux et le bruit d’une porte qui se refermait en bas, puis le silence se fit.

Dans le salon, les cinq Maîtres de la bande Cadet restaient vaincus et découragés.

Le jour n’était pas encore près de paraître; mais la ville éveillée envoyait déjà tous ses bruits, et les lourdes voitures ébranlaient le pavé de la rue Saint-Antoine.

Marguerite et Samuel étaient debout, Comayrol n’avait pu encore se relever, le bon Jaffret gémissait dans un fauteuil, et Adèle, assise sur le tapis, lotionnait son cou meurtri avec l’eau-de-vie de sa bouteille clissée.

Le sentiment qui semblait dominer parmi eux tous, c’était une superstitieuse terreur.

Non pas le moins du monde cette épouvante qui naît des choses surnaturelles.

À l’exception du bon Jaffret, qui était un cœur simple et susceptible de poésie, ils auraient tous sauté à pieds joints par-dessus cela.

Ce qui les terrassait, c’était cette autre superstition tout humaine, celle des joueurs, des bandits, des malades, qui est simplement la conscience d’une écrasante infériorité.

– Il est jeune, dit Marguerite, cela saute aux yeux!

– Il est fort! ajouta Samuel; son choc m’a repoussé jusqu’à l’autre bout de la chambre; ce n’est pas lui!

– C’est lui! répliqua Adèle, le chien lui a obéi. Le bon Jaffret fournit ici un détaiclass="underline"

– C’est dans ses poches, dit-il, que sont les osselets qui craquent. Et Comayrol appuya piteusement:

– Sous son bonnet de soie noire il y a des cheveux d’Absalon! Nouveau silence.

La maison s’éveillait. Le pas des domestiques allait et venait dans les corridors. Sur un signe de Marguerite, le bon Jaffret poussa les verrous aux portes.

– Qu’allons-nous faire, à présent? demanda-t-il. Personne ne répondit.

– Nous étions cinq contre un! reprit Marguerite avec colère.

– Nous aurions été vingt… commença le docteur. Marguerite l’interrompit.

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