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Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet». Краткое содержание книги:

Les deux derniers tomes de ce cycle criminel ont pour thème central la recherche frénétique du trésor des Habits noirs, caché jalousement par le colonel Bozzo. Dans les Compagnons du trésor se trouve entrelacée à cette quête la sanglante loi de succession de la famille Bozzo, dont l'ancêtre est Fra Diavolo: le fils doit tuer le père pour lui succéder, à moins que le père ne tue le fils. L'architecte Vincent Carpentier, qui a construit la cache du trésor pour le colonel Bozzo, est poursuivi par l'idée fixe de la retrouver. Son fils adoptif, le jeune peintre Reynier, découvre par hasard qu'il est le petit-fils du colonel Bozzo…
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Sous la dalle c’était un trou carré qui allait s’élargissant. Il n’était pas profond; on y pouvait voir un très petit coffret, renforcé de fer.

Le vieillard écarta Bibi qui venait voir et lui reprocha sa curiosité. Il ouvrit la cassette, qui contenait une poignée de papiers à l’aspect soyeux.

– C’est beaucoup trop volumineux! dit-il d’un air mécontent. Si la banque d’Angleterre avait voulu me faire tirer une seule bank-note de 80 millions (j’offrais de supporter les frais de la planche), tout tiendrait dans le boîtier de ma montre en cuivre.

Sous les chiffons, le coffret contenait encore trois papiers pliés en carré long, qui avaient tournure d’actes publics. Le vieillard les prit, les rejeta au fond du trou et fit disparaître le coffret sous les plis de sa douillette.

Après quoi, il replaça la dalle avec soin.

– Bibi, pensa-t-il tout haut, non sans une nuance de mélancolie, je ne donnerais pas vingt-cinq centimes de la bande Cadet, mon garçon. Nous pourrions la sauver, hé! vieille bête?… D’abord, nous pourrions tout ce que nous voudrions mais, à quoi bon? J’ai idée de m’amuser à autre chose désormais.

D’un coup de talon il s’assura que la dalle était bien d’aplomb et se dirigea vers le perron en disant:

– Viens avec moi, Bibi, tu vas voir quelque chose de drôle.

Au moment où il repassait le seuil, la porte marquée n° III s’ouvrit doucement, et Clotilde se glissa dans la cour.

Elle resta d’abord immobile, écoutant et regardant.

Puis elle marcha droit à la onzième dalle, et à son tour elle la souleva.

Le fantôme ne se doutait peut-être pas de cela, mais cependant, qui sait?…

La lampe du vestibule brûlait encore sur sa colonne, il la prit et monta lestement les marches du grand escalier.

XV Discorde au camp

Au premier étage de l’hôtel Fitz-Roy, dans le petit salon où la corbeille de noces était encore exposée sous son voile de mousseline brodée, tout ce qui restait du conseil suprême des Habits Noirs était réuni sous la présidence d’Adèle Jaffret, qui venait de rentrer après sa nocturne excursion (rôle de Cadet-l’Amour).

La discorde était au camp.

Adèle, ou, si mieux vous l’aimez, M. le marquis de Tupinier, comme tous les pouvoirs exécutifs, avait à subir les reproches de son parlement.

Il faut réussir quand on gouverne. Samuel et Marguerite ne parlaient de rien moins que de «couper la branche», mesure analogue à celle dont usaient les sultans, mécontents de leurs grands vizirs. C’est dans les tragédies.

– Marquis, disait cette belle Marguerite, vous nous avez fait accroire que vous aviez l’intime confiance du colonel! vous étiez sur la trace du grand secret, vous saviez où trouver la formule mystérieuse indiquant le lieu précis où il faut fouiller la terre pour découvrir le Trésor.

– Et vous nous avez trompés, poursuivait Samuel, vous n’étiez comme nous tous qu’un instrument aveugle entre les mains du Père; vous nous avez conduits au hasard, tantôt ordonnant des meurtres inutiles, tantôt combinant des plans extravagants qui ne devaient pas, qui ne pouvaient pas aboutir. Depuis cinq ans, nous perdons notre temps et nous usons nos forces à préparer cette mauvaise comédie d’un mariage entre les deux derniers héritiers de Clare… Et voilà que, dans cette union, la fiancée n’est pas une de Clare, et que le fiancé n’est qu’un fils naturel de votre nièce Angèle Tupinier!… Prenez garde à vous!

– Je tiens les ficelles, voulut objecter Adèle, car tous les «discours-ministre» se ressemblent; les choses vont admirablement bien. Rien ne m’étonne dans les événements, c’est moi qui les mène. Le Manchot nous trahissait, je l’ai réglé, ce soir. Je viens de voir la fillette du vieux Morand, la vraie Tilde, le secret est sous notre main. Quant à nos fiancés, le jeu était bien plus dangereux encore que vous ne croyez, car Georges de Clare (je persiste à penser qu’il est le duc) nous a percés à jour, et notre Clotilde, celle d’ici, lui appartient corps et âme. J’étais là, entre eux, hier au soir (dans la volière, est-ce adroit!) pendant qu’ils vidaient leur sac. Quel besoin avons-nous d’eux?… Place nette! voilà le véritable plan. Si nous avons les actes demain, nous choisirons celui et celle qui en doivent profiter, et quand les actes manquent, eh bien! sacré tonnerre, au pis-aller, on les fabrique!

Marguerite et Samuel échangèrent un regard.

– Est-ce là tout ce que vous avez à nous proposer, marquis? demanda le docteur. Autant dire que nous sommes perdus… perdus par vous!

Marguerite et lui se levèrent en même temps, armés tous les deux, et une arme n’était pas à dédaigner dans la main de Marguerite. Elle avait fait ses preuves. Mais Adèle était déjà debout, et ses doigts osseux serraient le manche de ce long couteau qui avait poignardé le Manchot dans son grenier.

En deux bonds, Adèle s’abrita derrière la table.

En passant, elle avait renversé la lampe qui se brisa contre le plancher et s’éteignit.

– Il fait nuit, pas vrai? cria-t-elle, mais c’est moi qui l’ai faite. Je suis le maître! Vous voilà quatre contre moi, c’est bon! à qui le tour? On va couper quatre branches au lieu d’une!

Elle se rua sur le Dr Samuel qui recula; mais au moment où elle allait frapper, une lueur pâle éclaira tout à coup les ténèbres comme si la lampe se fût sourdement rallumée.

En même temps, la porte qui faisait face à l’entrée principale s’ouvrit lentement.

Le bras d’Adèle tomba, pendant que ses quatre adversaires laissaient échapper le même cri de stupeur:

– Le colonel Bozzo!

Cette étrange créature, que nous avons appelée le fantôme, était debout au-devant de la porte, refermée à demi, et tenait encore à la main la lampe du vestibule.

Le colonel Bozzo, puisqu’on lui donnait ce nom glorieux et terrible dans l’histoire du banditisme parisien, avait «soigné son entrée» comme on dit au théâtre. Sa pose était gaillardement comique; il avait relevé son bonnet de soie noire de travers.

Il se dressait maigre et long dans sa douillette, sous laquelle le coffret dessinait une petite bosse carrée.

– Bonjour, bonjour, bonjour, mes amis chéris, dit-il de sa voix doucette, plus flûtée encore qu’à l’ordinaire. Tu as gardé de beaux restes, Marguerite, ma perle! Samuel, mon fils, tu n’es pas plus joli qu’autrefois. Va bien, Comayrol? Jaffret, comment se portent tes oiseaux?… Tiens ça, marquis, et débarrasse-moi de ma lampe.

Adèle obéit.

– Petite parole mignonne! reprit le colonel comme nous disions du temps du Directoire exécutif, ça me fait plaisir de vous revoir, mes enfants… Avance un fauteuil, Marguerite. Ce n’est pas qu’il y ait bien loin d’ici le Père-Lachaise, mais on s’engourdit les jambes, là-bas, hé, hé, hé, hé! J’ai toujours de temps en temps le mot pour rire, vous voyez, c’est mon caractère.

Marguerite obéit à son tour, et, avant de s’asseoir, le colonel la baisa galamment sur les deux joues.

Aucun des cinq n’avait encore prononcé une parole. Ils semblaient positivement stupéfiés.

Le colonel s’étala commodément dans son fauteuil, et se mit à tourner ses pouces en regardant tour à tour avec une compassion un peu méprisante chacun des membres de la piteuse assemblée.

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