Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #8
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet». Краткое содержание книги:
«Ma fillette bien-aimée, nous avons été bien pauvres ensemble. J’ai eu faim souvent pour te garder le dernier morceau de pain: te souviens-tu de moi, ton pauvre vieux père?
«As-tu assez pleuré, pauvre chérie! Je te frappais, moi qui t’aimais tant! Tu vois bien maintenant que j’avais raison. Je sentais que j’allais m’en aller et te laisser toute seule. Je voulais te marquer en dedans d’un signe qui fût en toi mais non pas sur toi, car tu étais entourée d’ennemis… Si tu lis jamais cela, Tilde, ma petite fille, et Dieu sait que je l’espère, c’est que tu n’as pas oublié la prière qui t’indiquait où tu retrouverais ton nom. Pardonne-moi de t’avoir battue.»
Clotilde avait des larmes plein les yeux, quoique rien de cela ne se rapportât à elle.
Un instant, elle resta prise par une émotion invincible et souriant parmi ses larmes, puis elle se redressa brusquement:
– Ce n’est pas moi! dit-elle encore. Que m’importent ces choses? Moi, je n’ai ni passé ni souvenirs. Le vieux curé de Saint-Paul me l’a demandée une fois, cette prière; jamais je ne l’ai sue. Ce n’est pas moi… Mais, alors, qui est-ce?
Cette question n’eut point de réponse. Un nom vint jusqu’aux lèvres de mademoiselle Clotilde, mais elle ne le prononça pas, et ses belles épaules eurent un mouvement dédaigneux, peut-être même ennemi.
– Une fois, murmura-t-elle pourtant après un silence, elle vint ici avec son père Échalot et elle me dit: «Moi aussi, on m’appelait Tilde autrefois…»
Tout à coup elle se mit sur ses pieds. On commençait à entendre au loin les bruits confus de la grand-ville qui, bien avant le jour, se frotte les yeux en murmurant.
Clotilde avait l’air décidé, maintenant.
– Quoi qu’il arrive, dit-elle, ceci est un dépôt et je le garderai. Mon pauvre Clément n’y est pas plus intéressé que moi, puisqu’il est prince seulement par la grâce de cette femme qui le jette en proie à tous les dangers… sa mère, comme il l’appelle! Et il l’aime mieux que moi… Et quelque chose me dit qu’une autre est encore mieux aimée… Ah! je ne vivrai pas vieille!
Elle voulut opposer son vaillant sourire à ses larmes, mais les larmes noyèrent le sourire.
– Moi, reprit-elle, je suis l’amie d’enfance, celle qu’on craint de blesser. Il me trouve jolie avec cela, et il est bon… Mais, après tout, personne ne m’a dit que j’eusse une rivale, pourquoi en suis-je sûre? Et pourquoi y a-t-il en moi cette certitude d’être vaincue!… J’entends encore la voix de cette petite: «On m’appelait Tilde autrefois…»
Elle essuya ses yeux, son regard fit le tour de la chambre pendant qu’elle serrait les trois actes dans son sein.
– Allons! dit-elle, ma résolution était prise dès hier au soir; je ne devais pas rester un jour de plus dans cette maison… à plus forte raison maintenant que je porte sur moi la destinée de sa mère, de son frère… et de l’autre!
Elle couvrit son visage de ses mains, balbutiant parmi ses sanglots:
– Mon Dieu! je suis peut-être folle! Il est mon fiancé! Hier, lui qui n’a jamais su proférer un mensonge, hier au soir, il était à mes genoux et il me disait: «Je t’aime!» Mon Dieu, pourquoi suis-je désespérée?…
XVIII Où elle allait…
C’était un souvenir aussi vieux que celui de Clément lui-même, car pour mademoiselle Clotilde le prince Georges de Souzay était toujours Clément, le pauvre enfant esclave qu’elle avait protégé.
Dès la première fois que Clotilde l’avait vu, Clément lui avait parlé de cette autre petite Tilde du cimetière, si drôle et si gentille, pendant qu’elle récitait sa prière qui n’était ni le Pater noster, ni le Credo, ni le Confiteor.
Ce n’était pas tout d’un coup que mademoiselle Clotilde avait pris la détermination de quitter la maison Jaffret où s’étaient écoulés les jours de son enfance. On ne l’y avait point maltraitée.
Comme elle était instrument, ceux qui comptaient se servir d’elle la maniaient avec précaution.
Et, en définitive, les espérances de la bande Cadet étaient fort loin d’être extravagantes en ce qui concernait la découverte des titres de la maison de Clare, puisque, pendant plusieurs années, en allant et venant dans la cour de l’hôtel Fitz-Roy, ils avaient foulé la pierre qui recouvrait ces actes.
Étant donné l’espèce de possession d’état qui militait en faveur de mademoiselle Clotilde, l’acte de naissance écossais eût suffi assurément à la faire reconnaître devant les tribunaux.
Seulement, mademoiselle Clotilde, honnête et digne enfant, n’avait jamais été complice.
Il nous est arrivé de dire en riant qu’elle n’avait pas été élevée aux Oiseaux; sans rien préjuger contre l’excellente éducation qu’on doit recevoir dans ce couvent célèbre, il est certain que ses plus angéliques petites demoiselles ne peuvent avoir le cœur plus droit ni la conscience plus nette que la pupille de ces coquins de Jaffret, et je pense que vous ne lui en voudrez pas pour cela.
Elle était ce que Dieu l’avait faite: une noble fille, en dépit de tout.
Tant qu’elle avait promené un regard curieux et soupçonneux autour d’elle, ses répugnances avaient plié devant une vague pensée de devoir.
Ce qui l’entourait, en somme, c’était «sa famille».
Et d’ailleurs, où trouver ailleurs un refuge?
Mais la mesure était comble; elle avait vu, elle avait compris.
Sa volonté ne s’était pas exprimée nettement lors de son entrevue avec son fiancé, parce qu’un grand amour la tenait domptée; mais le conseil porté par sa nuit avait été: «Il faut partir.»
Et, à l’heure où nous sommes, la nouvelle responsabilité qui pesait sur elle rendait sa décision irrévocable.
Désormais, quand même celui qu’elle aimait de toutes les forces de son âme, quand même Georges lui eût dit de rester, elle n’aurait pas obéi.
Elle savait comment quitter l’hôtel sans être aperçue.
Elle sortit, ignorant que tous les autres habitants de la maison allaient faire comme elle et qu’avant le jour il ne resterait plus personne dans l’ancienne demeure des Fitz-Roy.
C’était à peu près l’heure où le colonel Bozzo prenait si rudement congé de la bande Cadet dans le petit salon. Clotilde gagna le dehors par les jardins. La première messe de Saint-Paul sonnait, elle s’y rendit tout droit, cherchant d’instinct asile et conseil auprès de Dieu.
Tant que dura l’office, elle resta absorbée dans sa méditation, qui était à la fois un travail et une ardente prière. Après la messe on aurait pu la voir encore longtemps agenouillée. Puis, tout d’un coup, elle traversa l’église et gagna la sortie à pas précipités.
Le jour venait. Les passants commençaient à être moins rares. Clotilde se mit à marcher d’un pas ferme vers la rue Pavée.
Le conseil imploré, Dieu le lui avait-il envoyé?
Elle avait deux amis, deux hommes d’honneur, en qui sa confiance était grande.
L’un deux était M. Buin, le directeur de la prison, qui lui avait toujours témoigné l’affection d’un père.
C’est chez lui qu’elle allait.
De loin, elle trouvait la chose si simple et si naturelle! De près, ce fut autre chose. Quand elle eut tourné l’angle de la rue Pavée, sa marche se ralentit à son insu.