Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #8
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet». Краткое содержание книги:
– Clotilde! murmura Lirette, qui ne voulait point croire d’abord au témoignage de ses yeux, est-ce possible! Mademoiselle Clotilde! Mlle de Clare ne bougea pas. Lirette hésitait, mais il lui sembla que Clotilde chancelait. Elle s’élança juste à temps pour l’empêcher de tomber à la renverse.
– Est-ce que vous veniez me voir, Clotilde? demanda-t-elle. Dans la prunelle assombrie de Mlle de Clare il y avait de l’égarement! Au lieu de répondre, elle dit:
– Pourquoi es-tu habillée en dame maintenant?
Lirette rougit mais ce fut de plaisir. Je ne sais quoi de victorieux était en elle. Mlle de Clare dit encore, et sa pauvre voix défaillait:
– Mène-moi chez toi.
Lirette obéit aussitôt. Elle était forte. Clotilde qui s’aidait à peine fut portée plutôt que conduite jusqu’au petit réduit où la robe de soie avait été cousue.
– Vous brûlez la fièvre! dit Lirette.
Mlle de Clare essaya de s’asseoir sur le lit, mais sa tête lourde emporta son corps, elle s’affaissa en balbutiant:
– Ah! comme elle est belle ainsi! J’ai eu tort de venir: je ne doute plus. C’est elle qu’il aime! Et c’est elle… Ah! oui! j’ai son sort dans ma main!
Ses yeux se fermèrent pendant qu’elle touchait involontairement les papiers qui étaient dans son sein.
Lirette l’arrangea sur son petit lit comme un enfant. Elle la baisa au front longuement. Ses yeux avaient des larmes de pitié, mais tout autour de son radieux visage la beauté éclatait comme une gloire.
Elle courut éveiller Échalot; en le secouant, elle disait:
– Il m’aime! c’est elle qui l’avoue! Georges! oh! Georges!
– Ah çà! ah çà! faisait le brave homme. Vas-tu me laisser tranquille, toi! à moins que ça ne soit pour ma naissance qu’on en aurait enfin découvert le secret!
– Père, dit Lirette, levez-vous et venez! Elle l’entraîna dans sa chambre et reprit:
– Je suis obligée de me rendre chez le docteur Abel, et voici la seule créature humaine (en dehors de vous) qui ait été bonne pour moi. Veillez sur elle, je vous la confie. Elle est ma rivale, mais je l’aime comme la prunelle de mes yeux!
XX La chambre d’Albert
Vers cette même heure, il ne faisait pas encore jour, rue Pigalle, dans le petit hôtel de Souzay qui dormait, silencieux, tout au fond de son étroite avenue.
C’est seulement une heure plus tard que Mme Meyer (de Prusse) avait coutume de se mettre en campagne, chaque matin, pour porter des nouvelles de ses maîtres aux fournisseurs.
Georges était seul dans sa chambre et dormait d’un sommeil agité. Je ne sais quoi l’éveilla, un rêve peut-être, et il se leva sur son séant pour regarder tout autour de lui.
Impossible de voir une plus franche, une plus charmante figure d’amoureux, et quand le regard, détaché de son visage, tombait jusqu’à son bras, on éprouvait un serrement de cœur.
– Ah! bon! fit-il en riant, je ne suis plus dans mon paradis de la Force! Pauvre M. Buin! Je ne sais pas encore bien pourquoi tant de cache-cache et tant de mystères, mais j’épouse ma belle petite Clotilde, à ce qu’il paraît, pour tout de bon, et ma foi, je trouve le pis-aller délicieux! Est-elle assez jolie! Et comme elle m’aime!
Il jeta le bras gauche en arrière, sans regarder, pour prendre quelque chose sur sa table de nuit, et ses doigts rencontrèrent des fleurs fanées.
Sa figure changea comme si on eût éteint brusquement le rayon qui éclairait son sourire.
Il retira sa main vivement: les violettes, pourtant, n’ont pas d’épines.
– Comme elle a embelli! murmura-t-il, pendant que le nuage descendait plus sombre sur son front.
Évidemment, ce n’était plus de Clotilde qu’il parlait. Il reprit tout pensif:
– Comme elle a grandi! C’est une jeune fille aussi! Et j’avais beau faire! Le regard de ses grands yeux sauvages et doux m’éblouissait, pendant que Clotilde me parlait d’amour. Clotilde! ma bonne, ma vaillante Clotilde! Je veux l’aimer! Sur ma foi, je le veux!
Ah! certes, il disait vrai; mais sa main retourna à la table de nuit et prit le bouquet de violettes.
– Et tout cela, gronda-t-il avec colère, parce que je lui ai envoyé un baiser, à cette petite, un soir qu’elle dansait sur la corde. Avait-elle quinze ans? J’eus tort, on n’envoie pas de baisers… Elle me le rendit, ah! devant tout le monde! Quelle honte, mais comme j’étais heureux!
Il respira les fleurs et ferma les yeux comme pour mieux en savourer le parfum.
– Pour un peu, moi, d’abord, reprit-il, je serais sentimental comme un demi-cent de troubadours… Mais ce baiser ne lui donne pas de droits sur moi, que diable!… Et depuis ce soir-là, pendant des mois, pendant plus d’une année, elle m’a suivi! C’était mon ombre! Je crois, Dieu me pardonne, qu’elle m’aurait porté son bouquet de violettes au bout du monde: c’est de la persécution! Entrez…
Il baisa encore une fois le bouquet avant de le glisser dans son sein. La porte s’ouvrit. Tardenois venait dire que Mme la duchesse désirait voir Georges sur-le-champ. Le vieux valet n’avait pas achevé que Georges était déjà hors du lit.
– Et Albert? demanda-t-il.
Tardenois secoua la tête tristement et répondit:
– Mme la duchesse n’a pas permis qu’on le vît ce matin. C’est toujours comme cela, quand M. le duc est plus malade.
Georges était déjà prêt. Tardenois marcha devant lui, traversa le corridor, ouvrit une porte et répéta:
– M. le duc.
La veille encore, on ne donnait à Georges que le titre de prince.
Y avait-il donc deux ducs, à présent?
C’était une grande pièce dont les deux croisées avaient leurs persiennes closes. Au fond, une large alcôve laissait retomber ses rideaux qui cachaient le lit.
On n’a pas besoin de savoir pour dire: il y a ici un malade; la souffrance a ses effluves comme le plaisir épand son parfum.
Mme la duchesse de Clare, pâle, triste, mais toujours belle, malgré la fatigue d’une nuit sans sommeil, était assise au coin de la haute cheminée, où couvait un feu doux. Auprès d’elle, sur un guéridon, restaient la lampe éteinte et le livre des prières qui avaient servi à sa veillée.
Georges s’approcha d’elle vivement et voulut lui baiser la main, mais elle lui jeta ses deux bras autour du cou et l’embrassa à deux ou trois reprises, penché qu’il était au-dessus d’elle, au front d’abord, puis avec une sorte d’emportement douloureux à la place où le bras droit aurait dû continuer l’épaule.
– Tout ce que tu as souffert en ta vie, dit-elle, vient de moi!
– Est-ce qu’Albert est plus mal, ma mère? demanda Georges.
– Non, répliqua-t-elle, Albert ne peut pas être plus mal sans mourir. Tu l’as vu hier au soir?
– Je l’ai vu.
– L’aurais-tu reconnu?
– Ma mère, dit Georges à voix basse, pendant que son regard allait vers le lit, on croit parfois les malades endormis et ils écoutent. Prenez garde.