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Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet». Краткое содержание книги:

Les deux derniers tomes de ce cycle criminel ont pour thème central la recherche frénétique du trésor des Habits noirs, caché jalousement par le colonel Bozzo. Dans les Compagnons du trésor se trouve entrelacée à cette quête la sanglante loi de succession de la famille Bozzo, dont l'ancêtre est Fra Diavolo: le fils doit tuer le père pour lui succéder, à moins que le père ne tue le fils. L'architecte Vincent Carpentier, qui a construit la cache du trésor pour le colonel Bozzo, est poursuivi par l'idée fixe de la retrouver. Son fils adoptif, le jeune peintre Reynier, découvre par hasard qu'il est le petit-fils du colonel Bozzo…
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– Voilà donc ce qui reste des Habits Noirs! dit-il après un silence. Voilà mes élèves et mes successeurs! C’est ça la bande Cadet! Eh bien! eh bien! mes pauvres bijoux, vous aviez essayé plus d’une fois de m’envoyer, avant l’heure, là où je suis maintenant. Je vous avais bien dit que vous me regretteriez.

– Père, dit Marguerite, et son accent suppliait, êtes-vous venu pour nous sauver?

– Un petit peu, un petit peu, mon amour… pour cela et encore pour autre chose…

– Est-ce que vous allez vous remettre à notre tête?

– Ah! mais non! Je me trouve très bien comme je suis. On a des préjugés contre l’autre monde…

– Ne raillez pas, Maître, fit Samuel, à quoi bon?

– Toi, docteur, repartit le fantôme en le menaçant du doigt; tu es un sceptique, je sais bien cela. Tous les médecins sont des païens. Je ne raille pas du tout. Je suis mort, mort, mort, très mort!… Seulement, à cause de ma bonne conduite, le gardien du cimetière me donne une nuit de sortie de temps en temps… Mais parlons de vous, fanfans, mes minutes sont comptées et j’ai à vous dire des choses d’une certaine importance: vous supposez bien que je ne me serais pas dérangé sans cela… Vous êtes tordus, mes pauvres bébés, mais là, tordus! J’ai causé hier soir avec quelqu’un de la préfecture: on disserte là-bas sur votre méthode de payer la loi comme si c’était médaillé à l’exposition. Peut-être n’y croit-on pas encore tout à fait, car il n’y a pas d’yeux si bien crevés que ceux des clairvoyants, payés pour être microscopes; mais la rue de Jérusalem rajeunit son personnel tout doucement. Parole d’honneur! j’y ai vu un chef de bureau qui n’a pas de besicles! Vous êtes tordus, tordus, tordus! On vous lorgne: il faut jouer votre va-tout, non pas demain, mais aujourd’hui.

– Vous nous aurez dénoncés! gronda Adèle.

– Toi, marquis, riposta le colonel sans se fâcher, tu ne valais pas le Marchef, mais enfin, tu faisais encore un tueur assez propre. Pourquoi diable as-tu changé le vilain bonhomme que tu étais en horrible vieille femme? Marguerite, à la bonne heure, voilà un général d’armée! seulement elle a peur depuis qu’elle a gagné un vrai titre de comtesse au loto! Samuel encore, passe, quoiqu’il ait toujours été trop prudent; mais toi, Tupinier, hyène enragée, tu fais le mal pour le mal, ce qui est le comble de la bêtise, tu te mets en colère, tu te venges!… Ne réplique pas! je sais ton histoire de cette nuit avec le pauvre Manchot…

– Il trahissait… voulut dire Adèle.

– Tais-toi! tu as fait ripaille de sang, chacal! Chien ivre, cuve ta curée! Ta pendule est-elle juste? Cinq heures de nuit! Dépêchons! Nous n’avons que le temps.

Le vieux se campa commodément dans son fauteuil et reprit d’un ton tranchant:

– Vous avez gâté la comédie, pauvres hères que vous êtes; passez franchement au mélodrame: vous vous entre-mangerez au dénouement, si vous voulez. La fille de papa Morand vous échappe, quoique Tupinier n’ait pas menti tout à l’heure en disant qu’il l’a vue, cette nuit. Vous ne pouvez rien contre elle: peut-être que je la protège. Reste l’héritier de M. le duc de Clare qui vint mourir dans cette maison même il y a onze ans et qui me confia ses papiers de famille comme au seul honnête homme qu’il eût connu en ce monde, hé hé hé! Voilà un homme de goût et de bon sens! Cet héritier-là vaut un demi-million de revenus, c’est encore un assez joli denier, dites donc. Il faut qu’aujourd’hui même ce joli garçon-là soit réglé!

– Il y a deux jeunes gens à l’hôtel de Souzay, objecta Marguerite, duquel parlez-vous?

Adèle haussa les épaules.

– De peur de se tromper… commença-t-elle avec son hideux sourire. Mais le colonel l’interrompit et dit:

– Attention! il faut choisir, absolument! on ne vous en donne qu’un sur deux.

– Lequel? demanda encore Marguerite.

– Le légitime. L’autre est sous ma protection.

– Mais comment savoir lequel est le légitime?…

– Ah! povera! interrompit le fantôme, as-tu vieilli tant que cela? Ne sais-tu plus voir à travers les yeux d’une mère, placée entre ses deux fils, lequel est l’enfant de son amour?

Il jeta un coup d’œil à la pendule et, sans attendre la réponse, il ajouta:

– Ne m’interrompez plus. Le Manchot a parlé, et il a trouvé, cette fois, des oreilles pour l’entendre. La police est en éveil. Si vous m’en croyez, vous aurez quitté cet hôtel avant le jour, et demain soir vous serez de l’autre côté de la frontière. Premier point.

Seconde question: Je suppose que vous ne serez pas embarrassés pour trouver un jeune gars de vingt-cinq ans pour porter le nom de Clare. Aujourd’hui même, l’acte de naissance de ce garçon-là sera à l’hôtel de Souzay. Attendez le soir, si vous voulez (mais alors, cachez-vous bien d’ici-là!), mettez sur pied la bande, cernez l’hôtel de la rue Pigalle, vous n’avez plus rien à ménager, envoyez le petit duc auprès de son père défunt, et vous emporterez au bas mot quatre cent mille livres de rentes dans votre chaise de poste, voilà.

Il se leva.

Autour de lui tous les regards étaient sombres.

Marguerite dit:

– Nous n’emporterons qu’un procès. Père, vous gagneriez peut-être cette partie, vous à qui rien n’a jamais résisté; mais nous…

– Allons donc! fit le colonel qui semblait plus gaillard au milieu de l’abattement général, c’est simple comme bonjour. Quand le petit duc que vous allez fabriquer reviendra de l’étranger avec ses papiers, tout ira sur des roulettes… Est-ce que cette jolie duchesse Angèle est toujours appétissante? Eh! marquis! quel bouton de rose autrefois! Elle ne pouvait pas te souffrir, pauvre Amour!

Adèle fronça le sourcil.

Le fantôme se campa sur la hanche d’un air vainqueur et poursuivit avec un geste d’adorable fatuité.

– On a été jeune très longtemps, je parle de moi, et ce pauvre Dr Abel Lenoir n’y voyait que du feu. Marquis, toi, tu en étais pour tes frais. Ah! je me souviens toujours avec plaisir de cette chère Angèle, quels yeux! et j’ai des raisons absolument particulières pour m’intéresser à celui de ses fils qui… Enfin, c’est entendu; je vous défends de toucher à ce jeune homme-là. Vous n’avez droit qu’au vrai duc… La pendule va-t-elle bien?

L’aiguille marchait vers six heures.

Les membres de la bande Cadet n’avaient pas échangé entre eux une parole, mais leurs regards causaient terriblement.

– Vous nous quittez déjà, Père? demanda Marguerite.

– Chez nous, là-bas, dans ce quartier du Père-Lachaise, répondit le colonel en ricanant, on ne rentre jamais après l’aube.

Marguerite reprit:

– Vous nous quittez sans nous apporter d’autre secours que ce conseil dérisoire, vous qui êtes si riche!

– Si riche de notre argent à nous! ajouta le Dr Samuel dont les dents grinçaient.

Et Adèle Jaffret gronda:

– Nous pourrions nous retirer bien tranquilles, si nous avions seulement la dixième partie de ce que vous nous devez, colonel Bozzo!

Pendant que ces choses étaient dites, le bon Jaffret, d’un côté, Comayrol, de l’autre, sans remuer les pieds d’une façon appréciable, exécutaient fort adroitement une sorte de mouvement tournant.

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